HOMÉLIE XLII
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QUARANTE-DEUXIÈME HOMÉLIE. Ces hommes s'étant donc levés de ce lieu, tournèrent les yeux vers Sodome et Gomorrhe. (Gen. XVIII, 18.)

 

ANALYSE.

 

1. La vertu dépend de la volonté. Le secours de Dieu ne fait pas défaut à celui qui fait tout ce qui dépend de lui. — 2. On remédie plus facilement aux maux de l'âme qu'à ceux du corps. Dieu admet Abraham dans la confidence de ses desseins, tant il honore le juste. — 3-4. Le bruit des impuretés de Sodome est monté jusqu'à Dieu, qui vient les voir d'abord, pour les punir ensuite. Ne condamner personne sans l'entendre; épargner la réputation du prochain. — 5. Les pécheurs qui n'auront subi aucune punition ici-bas, seront plus sévèrement punis dans l'autre monde. Dieu supporte les méchants à cause des justes. — 6-7. Exhortation morale.

 

1. La lecture d'hier nous a appris, mes bien-aimés, l'admirable manière dont ce juste exerçait l'hospitalité. Voyons aujourd'hui la suite des événements; apprenons ce qu'il y avait dans ce patriarche , de bonté et d'affection compatissante; car ce juste a possédé en perfection toutes les vertus. Il n'avait pas seulement pour lui la bonté, le respect des devoirs de l'hospitalité, l'affection qui compatit aux douleurs, mais de plus, il a montré toutes les autres vertus. S'il fallait prouver sa patience, vous verriez qu'il s'est élevé sur la plus haute cime du courage; s'il fallait prouver son humilité,vous verriez encore que pour l'humilité il ne le cède à personne, qu'il surpasse tous les hommes; s'il fallait prouver sa foi, c'est par là surtout, qu'il mérite plus que tous les hommes, un nom glorieux. Son âme est comme une image vivante où brille la diversité des couleurs de la vertu. Quand nous voyons un seul homme les réunir toutes en lui, quelle pourra être notre excuse à nous , qui en sommes si dépourvus que nous n'en pratiquons pas une seule? ce n'est pas faute de pouvoir, mais faute de vouloir, que nous sommes ainsi dépourvus de tous les biens de l'âme; et ce qui le démontre d'une manière manifeste , c'est qu'on trouve un grand nombre d'hommes de la même nature que nous, brillants de l'éclat de la vertu. Considérez ceci encore, que ce (282) patriarche a vécu avant la grâce, avant la loi; c'est de lui-même, par les seules ressources de sa propre nature, par la science qui était en lui, qu'il est parvenu à ce faîte de la vertu; et c'est là ce qui nous enlève toute excuse. Mais, peut-être, dira-t-on, il a joui auprès de Dieu des plus grandes faveurs; Dieu a pris de ce patriarche, de toutes ses affaires un soin tout particulier. Vérité que je reconnais; mais, s'il n'avait pas été le premier à faire ce qui dépendait de lui, il n'aurait pas obtenu du Seigneur de si grands dons. C'est pourquoi ne remarquez pas seulement les dons qu'il a reçus, mais remarquez, observez bien chaque instant de sa vie, et vous verrez qu'il a été le premier à prouver sa vertu, et que c'est par là qu'il a mérité le secours divin. Nous avons souvent mis cette vérité sous vos yeux; quand ce patriarche sortait de son pays, il n'avait pas reçu comme un héritage de ses ancêtres, la semence de la foi; c'est de lui-même qu'il montra une âme remplie de l'amour de Dieu. Cet homme qui vient d'être transporté hors de la Chaldée, et qui reçoit tout à coup l'ordre de se diriger dans un autre pays, de préférer à sa patrie, une contrée étrangère, il n'hésite pas, il ne diffère pas; aussitôt que l'ordre est donné, il l'accomplit, et cela sans savoir où s'arrêtera sa course errante; et il fait diligence; et il se presse, et il regarde des choses qui sont tout à fait incertaines comme certaines, parce que l'ordre de Dieu lui paraît toujours ce qui mérite avant tout d'être respecté.

Voyez-vous comme dès le commencement, dès les premiers préludes de sa vie, il contribue de ce qu'il a en lui, et mérite parce qu'il met du sien, d'obtenir chaque jour l'abondance des fruits du Seigneur. Faisons de même nous aussi, mes bien-aimés, si nous voulons jouir de la grâce d'en-haut; imitons le patriarche, n'hésitons pas à marcher où se montre la vertu ; pratiquons-la toujours, de manière à charmer cet oeil qui ne connaît pas le sommeil, et à nous concilier la bienveillance qui décerne les larges salaires. Celui qui connaît nos secrètes pensées, en voyant que nous avons l'âme saine, que nous nous dépouillons avec ardeur pour les luttes de là vertu, nous fournit aussitôt la force qui vient de lui, qui rend nos fatigues légères, qui soutient notre infirmité, la réconforte et nous assure les glorieuses couronnes. Dans les joutes que l'on va voir à Olympie, certes on ne rencontre rien de pareil : le gymnasiarque est là, simple spectateur de ceux qui luttent, sans pouvoir les aider d'aucune manière; il ne fait qu'attendre que la victoire se déclare. Notre-Seigneur, au contraire, n'agit pas de même; il partage avec nous la lutte; il nous tend la main à côté de nous, il combat aussi, et on dirait qu'il s'efforce par tous les moyens, de nous livrer notre adversaire; qu'il fait tout pour nous assurer la supériorité dans le combat, la victoire, qui mettra sur notre tête la couronne qui ne se flétrit,pas. En effet, dit le texte : Tu mettras sur ta tête une couronne de grâces. Voyez encore : dans ces combats à Olympie, qu'est-ce que la couronne après la victoire ? quelques feuilles de laurier , quelques applaudissements, quelques cris du vulgaire , toutes choses qui , le soir, venant, se flétrissent et meurent. Mais la couronne; comme récompense de la vertu et des sueurs généreuses , n'a rien de commun avec les choses des sens, avec les choses du siècle; elle ne connaît pas la destruction comme nos corps; couronne impérissable, immortelle, dont la durée s'étend à travers les siècles des siècles. Fatigue d'un instant bien court, récompense infinie, sur laquelle le temps ne peut rien, et qui ne se flétrit jamais. Et ce qui le prouve, voyez que d'années se sont passées, que de générations depuis qu'on a vu ce patriarche parmi les vivants; et on croirait qu'il vivait hier, qu'il vit encore. Tel est l'éclat des couronnes que sa vertu lui a méritées; et jusqu'à la consommation des temps, il est, pour tous les sages, le sujet d'un éternel enseignement.

2. Eh bien donc ! puisque telle. est la vertu de cet homme, imitons-le, réveillons-nous; il est bien tard, mais enfin reconnaissons la noblesse que nous portons en nous; imitons le patriarche, pensons à notre salut; appliquons tous nos soins, non-seulement à la santé de notre corps, mais à guérir les diverses maladies de notre âme. Si nous voulons pratiquer la sagesse, si nous voulons nous réveiller, il nous sera plus facile de guérir les maladies de notre âme que celles de notre corps. Toutes les fois qu'une affection nous trouble, représentons-nous dans un saint recueillement , le jour. du jugement redoutable ; ne nous contentons pas de regarder la volupté présente; considérons les tortures dont elle sera suivie; et aussitôt notre âme chassera, (283) expulsera la volupté. Donc, plus de négligence; comprenons bien que la vie est une lutte, un combat; qu'il faut, comme dans une mêlée, que nous affrontions l'ennemi; faisons-nous chaque jour une âme nouvelle; rendons à notre âme sa jeunesse, retrempons sa vigueur; méritons le secours d'en-haut, qui nous donnera la force de briser aussitôt la tête du monstre, je veux dire de l'ennemi de notre salut. C'est le Seigneur lui-même qui nous a fait cette promesse : Vous voyez que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les serpents et les scorpions, et toute la puissance de l'ennemi. (Luc, X, 19.) Soyons donc vigilants, je vous en conjure, suivons les traces de ce patriarche qui nous mène à la vertu, afin de mériter les mêmes couronnes, de nous réunir dans son sein, de fuir la gêne éternelle, d'obtenir les biens ineffables. Mais maintenant , pour rendre votre émulation plus active, pour vous provoquer davantage à imiter ce juste, voyons, mes bien-aimés, nous allons vous entretenir encore de son histoire ; attaquons la suite des événement. Donc, après cette large et généreuse hospitalité qu'il pratiqua, non pas en servant à ses hôtes des mets somptueux se succédant sans relâche, mais en leur montrant le généreux empressement de son coeur, il reçut aussitôt le salaire de l'hospitalité; il apprit quel était ce personnage qu'il voyait en sa présence, et combien grand était son pouvoir. Les hôtes se retirent, se préparant à renverser Sodome ; le patriarche les suit, les accompagne pour leur faire honneur , dit le texte; voyez la clémence du Seigneur, combien est grande son indulgence et sa bonté. Il honore le juste, et en même temps, il met à découvert la vertu cachée de son âme. Ces hommes s'étant donc levés, dit le texte, de ce lieu, ils tournèrent les yeux vers Sodoihe et Gomorrhe.

C'est des anges qu'il est question. Dans le lieu dont il s'agit, dans la tente d'Abraham, parurent, en même temps, et des anges et leur Seigneur, Dieu. Ensuite, ces anges furent envoyés comme des ministres pour renverser ces villes; mais le Seigneur demeura, et, comme un ami qui converse avec un ami, il confia à Abraham ce qu'il était sur le point de faire. De là vient qu'après le départ des anges Alors, dit le texte, le Seigneur dit : Je ne cacherai pas à Abraham, mon serviteur, ce que je vais faire. (Ibid. XVII.) Grande condescendance de la part de Dieu; honneur pour le juste, honneur insigne au-dessus de tout discours. Voyez en effet, comme il lui adresse la parole. On dirait un homme parlant à un homme. Dieu nous montre par là de quel honneur il juge digne les hommes vertueux; et ne croyez pas que cet honneur insigne, accordé à l'homme juste, ne soit qu'un effet de la Divine Bonté; remarquez : la sainte Ecriture nous enseigne que le juste lui-même est la première cause de l'honneur qui lui est fait, parce qu'il a accompli, avec un grand zèle, les commandements divins. En effet, une fois que Dieu a dit : Je ne cacherai pas à Abraham, mon serviteur, ce que je ferai, il ne dit pas tout de suite ce qui arrivera. Or, il était conséquent de ménager une transition pour ne pas dire brusquement qu'il allait incendier Sodome. Attention ! ne passons pas ici légèrement, il n'y a pas une syllabe, pas une lettre dans la divine Ecriture qu'il faille passer légèrement. Quel honneur, dites-moi, pour Abraham , dans ces paroles que Dieu prononce : Abraham, mon serviteur! Quelle affection, quelle tendresse ! Voilà ce qui rehausse le plus l'honneur fait au juste, ce qui donne le plus de prix à cet honneur. Ensuite, comme je viens de le dire, après que le Seigneur a dit : Je ne cacherai pas, il ne dit pas tout de suite ce qui allait arriver, mais que dit il? Pour nous apprendre que ce n'est pas sans raison, à la légère, qu'il lui montre tant d'affection, Dieu dit : Abraham doit être le chef d'un peuple très-grand et très-nombreux, et toutes les nations de la terre seront bénies en lui. Car je sais qu'il ordonnera à ses enfants, et à toute sa maison, après lui, de garder les voies du Seigneur et d'agir selon l'équité et la justice, afin que le Seigneur accomplisse en faveur d'Abraham tout ce qu'il lui a promis. (Ibid. 18, 19.) Ah ! quelle grandeur de la bonté du Seigneur ! comme il était sur le point de détruire Sodome, il commence par rassurer le patriarche; il lui inspire la confiance, il lui promet une très-grande bénédiction; il lui annonce que lui-même sera le père d'un grand peuple; il lui apprend que ce sera là la récompense de sa piété. Considérez, en effet, combien est grande la vertu du patriarche, puisque Dieu dit de lui : Je sais qu'il ordonnera à ses enfants de garder les voies du Seigneur. C'est là un grand accroissement ajouté à la vertu. En effet, il n'est pas récompensé (284) seulement pour la vertu qu'il a pratiquée lui-même; mais, comme il l'a recommandée à ses enfants, il est récompensé encore à ce titre, et largement, et c'est avec raison, puisqu'il est devenu, pour tous les descendants, le maître, le docteur de la vertu. En effet, celui qui donne les commencements, qui fournit les prémices, est aussi la cause de ce qui se produit plus tard.

3. Et voyez la bonté du Seigneur : il ne le récompense pas seulement pour sa vertu passée, mais encore pour sa vertu à venir. Car je sais, dit le texte, qu'il ordonnera à ses fils. Je connais par avance, dit-il, l'âme de cet homme juste; voilà pourquoi je le récompense aussi par avance. Dieu connaît, en effet, les secrètes pensées de nos coeurs; et quand il voit que nous n'avons que des pensées sages, que notre âme est saine, il nous tend la main; avant le travail, il nous récompense, afin de nous encourager. Vous verrez que c'est la conduite qu'il tient à l'égard de tous les justes. Il connaît la faiblesse de la nature humaine; il ne veut pas que l'homme se décourage dans les difficultés, et, au milieu des fatigues, il lui apporte son secours, et il lui donne les récompenses qu'il lui réserve, afin de soulager sa fatigue, et de raviver son zèle. Car je sais, dit le texte, qu'il ordonnera à ses fils, et ils garderont les voies du Seigneur. Il ne prédit pas seulement la vertu du père, il ordonnera, mais aussi la vertu des enfants, et ils garderont les voies du Seigneur; montrant, par là, Isaac et Jacob; les voies du Seigneur, c'est-à-dire les préceptes et les commandements. De telle sorte qu'ils vivront selon l'équité et la justice : préférant la justice à tout, s'abstenant de toute injustice. La justice, en effet, c'est la plus grande de toutes les vertus; voilà pourquoi se réa lise ront toutes les choses prédites par le Seigneur.

Ce n'est pas tout, je crois que le texte veut insinuer encore une autre pensée, quand il dit : Abraham doit être le chef d'un peuple très-grand et très-nombreux. C'est comme s'il disait: Toi, qui embrasses la vertu, qui te soumets à mes ordres, qui. montres ton obéissance, tu seras le chef d'un peuple très-grand et trèsnombreux; mais ces impies qui habitent le pays de Sodome, périront tous. Car, de même que la vertu opère le salut de ceux qui la pratiquent; de même la malignité leur attire la mort. Maintenant, après ces bénédictions, après ces éloges pour inspirer de la confiance à l'homme juste, il commence ce qu'il voulait dire, et il dit : Le cri de Sodome et de Gomorrhe s'augmente de plus en plus, et leur péché est monté jusqu'à son comble. Je descendrai et je verrai si leurs oeuvres répondent à ce cri qui est venu jusqu'à moi, pour savoir si cela est ainsi, ou si cela n'est pas. (Ibid. 20, 21.) Paroles terribles: Le cri, dit-il, de Sodome et de Gomorrhe. D'autres villes aussi ont péri en même temps, mais c'étaient là les plus célèbres; pour cette raison il les nomme seules. S'augmente de plus en plus, et leur péché est monté jusqu'à son comble. Voyez que de maux amoncelés. Il ne s'agit pas ici seulement de beaucoup de clameurs et de cris, mais de l'excès de l'iniquité; car ces paroles : Le cri de Sodome et de Gomorrhe s'augmente de plus en plus, signifient, je crois que les habitants, outre cette perversité inexprimable, impossible à excuser qui a flétri leur nom, commettaient encore mille autres actions coupables ; que les plus forts s'entendaient pour écraser les plus faibles; les riches pour écraser les pauvres. Ce n'était pas seulement un grand cri de douleur, mais leurs péchés n'étaient pas des péchés ordinaires, ils étaient grands, ils étaient énormes; car ces hommes avaient imaginé une étrange manière de transgresser toutes les lois, des nouveautés incroyables dans des commerces criminels. Et tel était l'entraînement de la corruption, que tous étaient remplis de toute espèce de vices, qu'il n'y avait. plus d'espoir de les corriger; il ne restait plus qu'à les faire disparaître, qu'à les supprimer. Leur maladie était incurable; les médecins n'y pouvaient rien. Le Seigneur ensuite veut montrer aux hommes, que, si grands, si manifestes que soient les péchés, la sentence toute. fois ne doit pas être prononcée avant que la preuve ait été faite en toute évidence. De là ces paroles : Je descendrai donc, et je verrai si leurs oeuvres répondent à ce cri, qui est venu jusqu'à moi; je descendrai pour voir si cela est ainsi, ou si cela n'est pas.

Que signifient ces paroles ? Pourquoi cette réserve : Je descendrai, dit-il, et je verrai? Le Dieu de l'univers se transporte-t-il donc d'un lieu dans un autre? Loin de nous cette pensée ! Ce n'est pas là ce qu'il veut faire entendre; mais, comme je l'ai dit, il veut, dans un langage approprié à la grossièreté de notre esprit, nous apprendre qu'il faut beaucoup de soin en ces sortes de choses; que les pécheurs ne (285) doivent pas être condamnés seulement par ouï dire; que la sentence ne doit être portée qu'après que la preuve a été faite. Ecoutons cette leçon, tous tant que nous sommes. Elle ne regarde pas seulement les juges qui siègent sur leur tribunal; ils ne sont pas seuls soumis à cette loi, mais personne parmi nous, ne doit, sur une accusation sans preuve, condamner le prochain. Voilà pourquoi le bienheureux Moïse, inspiré de l'Esprit-Saint, nous donne cet avertissement : Vous ne recevrez point une parole vaine. (Exode, XXIII, 1.) Et le bienheureux Paul écrivait: Pourquoi juges-tu ton frère? (Rom. XIV,10); et le Christ, en donnant ses préceptes à ses disciples, et faisant la leçon à la multitude des Juifs, à leurs scribes et à leurs pharisiens Ne jugez point, leur disait-il, afin que vous ne soyez point jugés. (Matth. vii, 1.) Pourquoi donc, dit-il, avant le temps, te saisis-tu de la prérogative du juge? Pourquoi fais-tu venir d'avance le jour de la suprême épouvante? Tu veux exercer les fonctions de juge? Sois donc ton juge à toi-même, le juge de tes fautes. Personne ne t'en empêche; par là tu corrigeras tes péchés, et il n'y aura pour toi aucun inconvénient. Que si, négligeant tes propres affaires, tu trônes et juges les autres, c'est que tu ne sens pas que tu rends plus lourd, pour toi, le fardeau de tes péchés. C'est pourquoi, je vous en prie, rejetons bien loin de nous l'habitude de condamner les autres. Sans doute vous n'êtes pas officiellement un juge; mais vous vous êtes fait juge par la pensée ; et vous êtes tombé sous le coup du péché, lorsque, sans aucune preuve, et souvent sur un simple soupçon et sur une accusation sans valeur, vous portez une condamnation. Aussi, le bienheureux David s'écriait : Je persécutais celui qui médisait en secret de son prochain. (Ps. C, 5.)

4. Voyez-vous la perfection de la vertu? non-seulement il n'accueillait pas les paroles, mais il chassait loin de lui celui qui voulait médire de son frère. Eh bien ! donc, nous aussi, si nous voulons diminuer le nombre de nos péchés, observons; avant toutes choses, cette règle; ne condamnons pas nos frères, n'accueillons pas leurs détracteurs, ou plutôt, imitant le Prophète, chassons-les, montrons-leur toute notre aversion. C'est là, je crois, ce qu'insinuait le prophète Moïse, en disant : Vous ne recevrez point une parole vaine. Voilà aussi pourquoi le Seigneur, en cette occasion, a employé un langage approprié à la grossièreté de notre esprit, et cela pour le plus grand profit de nos âmes. Il dit en effet : Je descendrai et je verrai. Pourquoi donc? il avait besoin de connaître? Il ne savait pas la grandeur des péchés? ii ignorait que la corruption était impossible à corriger? Loin de nous cette pensée. Mais, c'est comme une justification qu'il apporte à ceux qui auraient plus tard l'audace de l'accuser. II montre l'obstination dans le vice, le manque absolu de vertu, la grandeur de sa patience. Peut-être y a-t-il encore un autre dessein : il veut fournir, au juste, l'occasion de faire paraître sa miséricorde, sa bonté, son affection pour les autres hommes. Les anges en effet, je vous l'ai dit, étaient partis pour Sodome; le patriarche était resté en la présence du Seigneur: Et s'approchant, dit le texte, Abraham lui dit : Perdrez-vous le juste avec l'impie? (Ibid. 23.) O confiance de l'homme juste ! Disons mieux, ô grandeur de sa miséricorde ! c'est comme un homme que le vin de la miséricorde enivre, et qui ne sait ce qu'il dit. Et la divine Ecriture, nous montrant l'excès de sa crainte, le tremblement avec lequel il verse ses prières, dit : Et s'approchant, Abraham lui dit : Perdrez-vous le juste avec l'impie? Que faites-vous, ô bienheureux patriarche? est-ce que le Seigneur a besoin d'être prié par vous, pour ne pas commettre une injustice ? En vérité, gardons-nous de telles pensées. Quant à lui, il ne parle pas comme si le Seigneur était capable d'une telle action, mais c'est qu'il n'osait pas plaider ouvertement pour le fils de son frère. Il fait donc entendre, dans l'intérêt de tous, une prière commune, parce qu'il veut sauver celui-ci, avec les autres; avec celui-ci, sauver aussi les autres; et il commence son plaidoyer, et il dit : S'il y a cinquante justes dans cette ville, est-ce que vous les perdrez? Ne pardonnerez-vous pas à la ville entière, à cause de cinquante justes, si on les y trouve? Non, sans doute, vous êtes bien éloigné d'agir de la sorte; de perdre le juste avec l'impie; de confondre les bons et les méchants. Non, sans doute : vous, qui jugez toute la terre, vous ne feriez pas un jugement ? (Gen. XVIII, 24, 25.) Voyez comme cette prière révèle la piété, l'amour de Dieu; il reconnaît celui qui est le juge de la terre entière, et il le prie, pour que le juste ne périsse pas avec l'injuste. Alors le Seigneur, plein de douceur et de bonté, accepte sa demande et lui dit : Je fais ce que tu as dit, (286) et je consens à ta demande : Si je trouve cinquante justes dans la ville, je pardonnerai, à cause d'eux, à toute la contrée; j'accorderai cette grâce, dit-il, à cinquante justes, si on les trouve; j'accorderai, aux autres, leur grâce; j'accomplirai ce que tu demandes.

Mais voyons cet homme juste . il s'enhardit, et, reconnaissant la clémence de Dieu, lui présente, de nouveau, une autre prière en ces mots : Maintenant que j'ai commencé à parler à mon Seigneur, moi, qui ne suis que terre et que cendre. (Ibid. 27.) Ne croyez 'pas, dit-il, Seigneur, que j'ignore qui je suis; que je veuille dépasser la mesure; abuser d'une si grande confiance; je sais bien que je suis terre et cendre; mais, de même que je sais cela, je sais, ce qui est pour moi manifeste aussi, je n'ignore pas l'abondance, la grandeur de votre . clémence, la richesse de votre bonté; je sais que vous voulez que tous les hommes soient sauvés. Car , après les avoir tirés du néant, après les avoir faits, comment voudriez-vous les perdre, n'était le grand nombre de leurs péchés? C'est pourquoi je vous prie, et vous supplie encore : S'ils ne se trouvaient pas ait nombre de cinquante, s'ils n'étaient que quarante-cinq justes dans la ville; est-ce que vous ne sauveriez pas la ville? Et le Seigneur dit : Si on en trouve quarante-cinq, je ne la perdrai pas. Qui saurait dignement louer le Seigneur, le Maître de l'univers ; célébrer, comme il convient, tant de patience , tant d'indulgence? Qui pourrait louer dignement ce bienheureux juste, qu'une telle confiance anime? Et, dit le texte, Abraham lui dit encore : Si on y trouve quarante justes? Et Dieu dit : Je ne perdrai point la ville si j'y trouve quarante justes. (Ibid. 28, 29.) Ensuite Abrabam ayant peur, pour ainsi dire , de lasser l'ineffable patience de Dieu, et craignant aussi, peut-être, que sa prière ne parût par hasard dépasser les justes bornes : Oserai-je, dit-il, Seigneur, parler encore? Si on y trouve trente justes? Il voit Dieu disposé à la miséricorde; il cesse alors de diminuer graduellement; il ne se contente pas de retirer cinq justes, il en supprime dix, et il continue ainsi son plaidoyer : Si on en trouve trente? et le Seigneur dit : Je ne perdrai point la ville, si j'y trouve trente justes. Remarquez la constance d'Abraham; on croirait qu'il est lui-même sous le coup de la sentence, à voir avec quelle chaleur il cherche à soustraire au châtiment le peuple de Sodome ; et il dit : Puisqu'il m'est permis de parler à mon Seigneur, si on y trouve vingt justes ?et Dieu dit : Je ne perdrai pas la ville, si j'y trouve vingt justes. (Ibid. 30, 31.) Au-dessus de tout discours, au-dessus de toute pensée, est la bonté du Seigneur. Qui de nous, au milieu des vices sans nombre qui le travaillent, voudrait, quand il condamne le prochain, qui lui ressemble, user d'une telle indulgence, d'une si affectueuse douceur?

5. Cependant ce juste, qui voit que le Seigneur est riche en bonté , ne s'arrête pas là; il recommence à parler: Seigneur, si je vous parlais encore une fois ? (Ibid. 32.) C'est qu'il voyait une patience ineffable, et il avait peur de provoquer contre lui l'indignation de Celui qu'il implorait; donc il dit : Seigneur, si je.... je suis téméraire ? Je montre, peut-être, trop peu de respect ? Je mérite, peut-être, une condamnation si je parle encore une fois? Vous qui m'avez montré tant de bonté, encore une seule prière; accueillez-la : Si, dans cette ville, on en trouve dix?-et Dieu dit: je ne perdrai pas la ville si j'en trouve dix. Et, comme il avait commencé par dire : Si je vous parlais encore une fois : Le Seigneur, dit le texte, s'en alla après avoir cessé de parler à Abraham, et Abraham retourna, chez lui. (Ibid. 33.) Voyez-vous la complaisance du Seigneur, à s'abaisser à notre infirmité ?Voyez-vous la charité de l'homme juste? Comprenez-vous la force de ceux qui marchent dans la voie de la vertu? Si on trouve, dit-il, dix justes, par égard pour eux j'accorde, à tous, la rémission de leurs péchés. Avais-je tort de vous dire que tout cela se faisait, pour enlever à l'impudence des contradicteurs tout prétexte dans l'avenir? Il ne manque pas en effet d'insensés, à la langue sans frein, pour critiquer le Seigneur, et qui osent dire: Pourquoi cet incendie de Sodome? Si on les avait attendus , peut-être se seraient-ils convertis. Voilà pourquoi l'Ecriture nous montre le débordement de la corruption, et, dans une si grande multitude, une, telle pénurie de vertu qu'il fallait un autre déluge, aussi énergique que le premier qui avait saisi la terre. Mais la promesse de Dieu est formelle ; un supplice de ce genre ne sera plus infligé. Voilà pourquoi Dieu invente un autre mode de châtiment, qui lui sert, à la fois, de punition pour ces infâmes, et d'éternel. enseignement pour tous les âges à venir. Comme ils avaient bouleversé les lois de la nature, inventé des commerces (287) étranges, contraires à toute loi, Dieu leur inflige un supplice, étrange comme leur iniquité; il frappe de stérilité les entrailles de leur terre; il laisse aux générations à venir un monument éternel, qui leur crie de ne pas recommencer les mêmes attentats , pour ne pas encourir la même expiation. Permis à qui voudra, d'aller voir ces lieux sinistres, d'entendre, pour ainsi dire, la terre même jetant un grand cri, de la voir, après tant d'années, montrant les traces de son supplice, qui,semble d'hier ou d'aujourd'hui, tant se manifeste encore aux yeux l'indignation du Seigneur. Aussi, je vous en conjure, que le supplice d'autrui nous serve à nous rendre la sagesse et la vertu.

Mais peut-être dira-t-on , eh bien ! pourquoi ont-ils été punis? N'y a-t-il pas, de nos jours encore, un grand nombre de pareils criminels que l'on ne punit pas? Oui, mais, l'antique supplice aggravera le châtiment de ceux qui renouvellent ces infamies. Si le sort des pécheurs d'autrefois ne parle pas assez haut pour nous corriger, si nous ne mettons pas à profit la patience de Dieu, considérez quelle rigueur nous ajoutons, pour nous-mêmes, à la flamme inextinguible ; quel ver cruellement rongeur nous nous apprêtons. Cependant , comme la grâce de Dieu permet qu'il y ait de nos jours encore un grand nombre d'hommes vertueux pour apaiser le Seigneur, ainsi que l'a fait alors ce patriarche;. quelle que soit , quand nous nous replions sur nous-mêmes , quand nous voyons notre engourdissement, l'idée que nous concevons de l'étrange rareté de la vertu, il n'en est pas moins vrai que c'est ït la vertu de ces hommes que nous devons la patience manifestée par Dieu envers les autres. Vous faut-il une preuve, que nous devons à la faveur dont ces hommes jouissent auprès de Dieu, la patience qui nous supporte? écoutez, dans notre histoire d'aujourd'hui, les paroles que le Seigneur adresse au patriarche : Si je trouve dix justes, je ne perdrai pas la ville. Et que parlé-je de dix justes ?.On ne trouva pas, dans ce lieu, un seul homme, pur de la corruption, excepté Loth, le seul juste, et ses deux filles. Pour sa femme, par égard pour lui, peut-être, elle échappa au châtiment de la ville, mais ce fut pour subir bientôt la juste punition de son indolence. Il n'en est pas de même de nos jours, grâce à la miséricorde de Dieu; aujourd'hui que la piété a grandi, un nombre considérable de personnes, même au milieu des villes, de personnes qu'on ignore, peuvent apaiser le Seigneur. Il en est d'autres, sur les montagnes, et dans les cavernes, et ces vertus de quelques saints peuvent couvrir la malignité des peuples. La bonté du Seigneur est grande, et souvent il accorde, même en faveur d'un petit nombre, le salut à des multitudes. Et que dis-je, à cause d'un petit nombre de justes? Souvent, lorsqu'il ne se trouve pas dans la vie présente un juste, il regarde la vertu des morts, et il s'émeut pour les vivants, et sa voix leur crie : Je protégerai cette ville, ci cause de moi, et de David, mon serviteur. (Rois, XIX, 34.) Paroles qui reviennent à dire : quoiqu'ils soient indignes du salut , qu'ils n'aient aucun droit d'y prétendre, toutefois parce que j'aime la miséricorde, parce que je suis prompt à la piété, prompt à écarter le malheur, à cause de moi-même, et à cause de David mon serviteur, je les protégerai ; et celui qui est mort depuis tant d'années, est, pour eux, l'auteur du salut qu'ils avaient perdu par leur propre mollesse. Comprenez-vous la clémence du Seigneur; l'estime qu'il fait des hommes vertueux? il les honore, il les distingue, un seul à ses yeux, balance toute une multitude. Voilà pourquoi Paul, à son tour, disait: Ils étaient vagabonds, couverts de peaux de brebis, et de peaux de chèvres, abandonnés, affligés, persécutés, eux dont le monde n'était pas digne. (Hébr. XI, 37, 38.) Le monde entier, dit-il, l'univers entier, ne mérite pas d'être comparé à ces vagabonds, qui vont de côté et d'autre , en proie aux afflictions, aux persécutions, montrant leur nudité , vivant dans des cavernes, tout cela pour Dieu.

6. Donc, mon bien-aimé, quand vous voyez un homme, des haillons sur le corps, mais dont l'âme s'est fait de la vertu, un manteau, ne méprisez pas ce qui se montre aux yeux; reconnaissez le luxe de l'âme, la gloire du dedans; attachez vos regards à la vertu resplendissante en lui. Tel était le bienheureux Elie, qui n'avait pour vêtement qu'une peau de mouton ; et la pourpre d'Achab avait besoin de cette peau de mouton. Voyez l'indigence d'Achab, et la richesse d'Elie ? Voyez, entre leur pouvoir, la différence. Cette peau de mouton a fermé le ciel, a défendu à la pluie de descendre; la langue du prophète a été pour le ciel un frein; et, pendant trois ans et six mois, il n'y a pas eu de pluie. Ce roi, au contraire, avec son (288) manteau de pourpre, le diadème au front, allait partout, cherchant le prophète, et à ce roi son royal pouvoir ne servait Ae rien. Et maintenant, considérez la bonté du Seigneur. Comme il vit le zèle ardent de son prophète, et le rigoureux châtiment qui frappait toute la terre, pour le soustraire à ces douleurs, pour qu'il ne partageât pas la punition due à la malignité, il lui dit : Allez à Sarepta, chez les Sidoniens, là je commanderai à une femme veuve de vous nourrir. Elie aussitôt s'en alla à Sarepta. (III Rois, XVII, 9, 10.) Voyez, mon bien-aimé, la grâce de l'Esprit : hier, tout notre entretien a été consacré à l'hospitalité; aujourd'hui cette veuve hospitalière sera le complément de notre discours. Et il alla, dit le texte, auprès de cette veuve, et il l'aperçut ramassant du bois, et il dit : donnez-moi un peu d'eau et je boirai; cette femme obéit. Et il lui dit encore: Faites-moi des pains sous la cendre, et je mangerai. (Ibid. 11.) Cette femme lui découvre son extrême indigence, disons mieux, son ineffable opulence. Car la grandeur de sa pauvreté révèle la grandeur de ses richesses. Et elle lui dit : Votre servante n'a plus qu'une poignée de farine et un peu d'huile, dans un vase; et nous mangerons, mes enfants et moi; et nous mourrons. (Ibid. 12.) Paroles d'une tristesse touchante, qui attendriraient une pierre. Nous n'avons plus, dit-elle, aucun espoir de salut; à nos portes, la mort; nous n'avons plus, pour nous soutenir, que ce qui suffira, à peine, à mes enfants et à moi; j'ai fait ce que je pouvais; je vous ai donné de l'eau. Mais maintenant, voulez-vous comprendre tout ce qu'il y a, dans cette femme, de vertu hospitalière, et tout ce qu'il y a de sainte confiance,dans l'homme juste, voyez ce qui arrive. Quand le prophète eut bien tout reconnu (or rien ne se faisait, qu'afin de nous révéler la vertu de cette femme, car Dieu qui avait dit : Je commanderai à une femme de vous nourrir, c'était lui, qui, en ce moment opérait par l'entremise de son prophète), l'homme de Dieu dit : Faites pour moi d'abord, et je mangerai; et ensuite, pour vos fils.

Ecoutez toutes, ô femmes, vous chez qui les richesses abondent, et qui dépensez votre opulence à tant de choses inutiles, et qui, après avoir bien joui de vos frivolités, ne pouvez pas vous décider à donner deux oboles à l'indigent, ou à l'homme vertueux et pauvre, qui sous implore au nom de Dieu. Cette veuve ne possède rien de votre luxe ; elle n'a qu'une poignée de farine, et déjà elle croit assister à la mort de ses enfants. A ces mots du prophète : Faites pour moi d'abord, et ensuite pour vous et pour vos enfants, elle ne s'indigne pas, elle n'hésite pas, elle fait ce qui lui est commandé; elle nous montre à tous, que nous devons pré• férer, à notre bien-être, le soin des serviteurs de Dieu; que nous devons nous appliquer à mériter le salaire considérable dont nous serons récompensés quand nous aurons accompli ce devoir. Contemplez cette veuve; pour une poignée de farine, pour un peu d'huile, quel grenier inépuisable elle s'est construit! (III Rois, XVII, 14.) Après qu'elle eut nourri le prophète, elle vit que rien ne manquait, ni à sa poignée de farine, ni à l'huile qu'elle avait dans son vase; et cependant la famine dévorait toute la terre. Or, voilà qui est un sujet d'admiration, d'étonnement, c'est que, dès cet instant elle n'avait plus que faire de se fatiguer; elle trouvait toujours sous sa main, et la farine et l'huile; elle n'avait pas besoin de cultiver les champs, d'associer les boeufs à ses travaux: pas besoin d'aucun autre labeur; il lui était donné de jouir de cette merveilleuse abondance qui démentait la nature. Et il y avait un roi, couronne en tête, qui s'inquiétait, qui soutirait de la faim, tandis que cette veuve, privée de toutes ressources, mérita, pour avoir accueilli le prophète, et obtint un inépuisable trésor. Voilà pourquoi le Christ disait: Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète, recevra la récompense du prophète. (Math. X, 41.) Vous avez vu hier ce qu'a valu au patriarche l'hospitalité généreusement pratiquée par lui, et l'empressement et l'ardeur de son zèle; voyez maintenant cette femme de Sidon, possédant tout à coup de grandes richesses; c'est que la langue du prophète, qui commandait au ciel, fit en sorte que cette poignée de farine et ce vase d'huile devinssent des sources d'une intarissable richesse.

7. Hommes et femmes, imitons donc cette veuve; je voudrais, oui, je voudrais vous conduire, vous élever jusqu'à ce prophète, vous enflammer de son zèle, vous inspirer le désir d'égaler sa vertu. Mais cette vertu vous paraît lourde à portes ; ce n'était pourtant qu'un homme, revêtu de chair comme nous, de la même nature que nous; mais il contribua largement des ressources de son âme; il sut ce que c'est que d'embrasser la vertu; par là il obtint la grâce d'en-haut. Tournons ailleurs (289) nos regards en attendant ; imitons si vous voulez, cette femme, et par ce moyen, peu à peu nous parviendrons jusqu'à l'imitation du prophète. Imitons donc son hospitalité généreuse; à l'avenir plus de prétextes tirés de notre indigence. Si indigent 'qu'on soit, on ne le sera jamais plus que cette femme, qui n'avait d'aliments que pour un jour, et qui, même dans cette extrémité, accorda au prophète, sans hésiter, ce qu'il lui demandait, s'empressa d'obéir, et tout de suite, reçut sa récompense. Car voilà la conduite de Dieu; il donne beaucoup, après avoir peu reçu. Car enfin, parlez, je vous en prie, a-t-elle donné autant qu'elle a reçu? Mais Notre-Seigneur ne regarde pas à -la quantité dans le don; il ne voit que la munificence de la volonté. Voilà ce qui fait que de petites choses deviennent de grandes choses ; que souvent aussi, de grandes choses perdent tout leur prix, lorsque la vive ardeur de l'âme ne répond pas à la conduite. Voilà pourquoi cette veuve de l'Evangile, au milieu de tant de gens qui faisaient des offrandes, qui en apportaient tant dans le trésor, avec ses deux petites. pièces de monnaie, a vaincu tous les riches. (Luc, XXI, 3, 4.) Elle ne donna pas plus que les autres, mais elle montra plus que les autres la libéralité de la volonté; les autres, en effet, dit le Seigneur, faisaient l'aumône de leur superflu, cette veuve apporta tout ce qu'elle possédait, toute sa subsistance; tout ce qui la faisait vivre, dit le texte , elle le jeta dans le trésor.

Eh bien ! sommes-nous vraiment des hommes? imitons au moins ces femmes; qu'il ne soit pas dit que nous ne les valons pas; ne réduisons pas notre empressement à dépenser, pour nos jouissances particulières, tous ce que nous possédons ; sachons aussi montrer que nous prenons grand soin des indigents ; soignons-les avec ardeur , avec le zèle joyeux d'une affection sincère. Quand l'agriculteur jette les semences sur la terre , il ne le fait pas avec tristesse, mais gaiement et joyeusement, comme s'il voyait déjà les gerbes qu'il se promet, et il prend plaisir à jeter la semence dans le sein de la terre. Faites de même, mes bien-aimés, ne considérez pas seulement, ni le pauvre qui reçoit, ni la dépense que vous. faites; pensez donc que celui qui reçoit de vos mains, est un être visible, mais qu'il y en a un autre, qui regarde comme fait à lui-même ce que l'on fait au premier. Et cet autre n'est pas un personnage vulgaire , c'est le Maître du monde entier, le Seigneur de toutes les créatures, Celui qui a fait et le ciel et la terre. Et cette dépense produit de gros intérêts; et, non-seulement elle ne diminue pas votre avoir, mais elle l'augmente si vous avez la foi et l'allégresse de la charité; je veux dire, ce qui est de tous les biens le principal; ajoutez à ces revenus, à ces bénéfices que vous vaut votre dépense, ajoutez-y encore, que vos péchés vous sont pardonnés. Quel bien pourrait égaler celui-là ? Donc, si nous voulons devenir vraiment riches, ajouter à nos richesses la rémission de nos péchés, versons, dans les mains des indigents, tous nos trésors; envoyons-les avant nous dans le ciel, où il n'y a ni voleur, ni larron, ni bandit perçant les murailles, ni serviteur infidèle, ni quoi que ce puisse être qui nous enlève notre richesse. Car de cet heureux séjour, n'approche aucun de tous ces dangers; il suffit pour nous, de ne pas poursuivre la vaine gloire, mais de marcher, en suivant les lois du Christ, non pas pour obtenir les louanges des hommes, mais pour être loués par le commun Seigneur de tous les êtres; pour qu'il ne soit pas dit que nous ne faisons que des dépenses sans aucun profit. Voulons-nous mettre nos richesses à l'abri de toutes les convoitises? transportons-les au ciel, par les mains des pauvres. Ce n'est qu'un frivole désir de gloire qui les consume; et comme la teigne et les vers rongent les tissus, ainsi fait la vaine gloire des richesses; les richesses s'acquièrent par la miséricorde. C'est pourquoi, je vous en conjure, ne nous bornons pas à faire des aumônes, mais sachons prendre toutes nos précautions, pour nous assurer de grands biens, en échange de peu de chose, à la place du fragile, l'incorruptible, en retour de ce qui est temporaire, l'éternel; et de plus, avec tous ces biens, la rémission de nos péchés, et le bonheur qu'aucune expression ne peut rendre ; et puisse-t-il devenir pour nous tous, notre partage, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartient, comme au Père et à l'Esprit saint et vivifiant, la gloire, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

 

 

 

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