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DEUXIÈME HOMÉLIE. Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. (Gen. I, 1.)

 

ANALYSE.

 

1. Le carême avec ses pratiques de pénitence est un temps très-favorable pour la prédication. — C'est pourquoi l'orateur se propose de l'employer à l'explication du livre de la Genèse. — 2. Le Seigneur, qui parlait aux patriarches, a voulu révéler à Moïse la création du monde, et nous la faire connaître par lui. —Écoutons donc ses paroles comme un oracle divin. — 3. Ici une raison trop curieuse deviendrait téméraire, et elle doit se soumettre humblement à la parole du Seigneur. — 4. Ces mots : «Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, » réfutent par avance les erreurs de Marcion et de Valentin ; et s'ils ne veulent pas s'en rapporter à l'Écriture, il faut les éviter et les fuir. — Moïse dit encore que la terre était informe et toute nue, afin de nous montrer Dieu comme l'auteur des biens qu'elle nous prodigue. — 5. L'orateur termine par quelques réflexions morales, et exhorte ses auditeurs à faire de ses instructions le sujet de leurs entretiens.

 

1. La vue de vos visages aimables me comble aujourd'hui de joie. Le père le plus tendre se réjouit moins au sein d'une nombreuse famille qui l'entoure de gloire, d'hommages et de fêtes, que je ne le fais moi-même en voyant cette belle réunion de chrétiens si pieux et si bien disposés. Vous brûlez d'un tel désir d'entendre la parole divine, que vous abandonnez les plaisirs de la table pour accourir à ce festin spirituel ; et c'est ainsi que vous réa lise z cette parole du Sauveur : L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. (Matth. IV, 4.) Imitons donc la conduite des laboureurs. Lorsqu'ils ont bien préparé un champ, et qu'ils en ont arraché les mauvaises herbes, ils y sèment le bon grain en abondance. Mais vos âmes ne sont-elles point un champ mystique, et la grâce divine ne les a-t-elle point épurées de toutes ces affections déréglées qui y entretenaient le trouble et le désordre? aujourd'hui vous avez étouffé tout désir des plaisirs de la table, et vous avez calmé les orages et les tempêtes du coeur et de la pensée, en sorte que la sérénité et la paix règnent dans votre esprit. Vous méprisez donc les jouissances sensuelles pour ne songer qu'aux biens spirituels, et sur les ailes de la pénitence vous vous élevez jusqu'au ciel. C'est pourquoi tout nous engage à vous adresser la parole, et à (8) vous développer le sens caché de quelques passages de nos saintes Ecritures. Si nous n'abordions ce sujet aujourd'hui que le jeûne et l'abstinence maintiennent l'âme dans le calme des bonnes pensées, quand pourrions-nous le faire? Serait-ce dans les jours de plaisirs, de bonne chère et de nonchalance ? Mais il y aurait alors imprudence de notre part; et vous-mêmes ne retireriez aucun fruit de nos discours , parce que votre esprit serait comme submergé sous d'épaisses ténèbres.

Quel temps au contraire plus favorable à nos instructions que ces jours où le corps ne s'insurge point contre l'âme qui est sa maîtresse, et où il se soumet facilement au joug ! Aujourd'hui il est plus docile et plus obéissant; il modère les appétits déréglés des sens, et se contient dans les bornes légitimes du devoir. Et en effet le jeûne produit la paix de l'âme, honore la vieillesse, instruit la jeunesse, enseigne la continence, et pare tout âge et tout sexe comme d'un riche diadème. Aujourd'hui ont cessé le tumulte et les cris, l'empressement des bouchers et les courses des cuisiniers. Nous sommes délivrés de toutes ces importunités, et la cité ressemble à une vertueuse et honnête mère de famille. Quand je réfléchis donc sur un changement si subit, et quand je me rappelle le mouvement et le tracas qui, hier encore, régnaient dans la ville, j'admire et je proclame la force et la puissance du jeûne. Comment a-t-il pu pénétrer ainsi dans la conscience de nous tous, transformer nos pensées et purifier nos âmes? tous reconnaissent ses lois, le magistrat et l'homme privé, le citoyen et l'esclave, l'homme' et la femme, le riche et le pauvre, le grec et le barbare. Mais pourquoi parler des magistrats et des citoyens lorsque l'empereur lui-même fléchit sous sa puissance non moins que le dernier de ses sujets? Aujourd'hui il n'y a aucune différence entre la table du riche et celle du pauvre; tous pratiquent également la frugalité, et bannissent le luxe et l'appareil des festins. Bien plus, on prend aujourd'hui un modeste repas avec plus de plaisir que l'on ne s'asseyait hier à une table chargée de mets exquis et de vins délicats.

2. Ces heureux préludes vous montrent, mes chers frères, quelle est là puissance du jeûne; et moi-même je commence aujourd'hui ce cours d'instructions, plein d'une nouvelle et plus grande joie, parce que je sais que je répandrai la bonne semence dans un champ fertile et bien préparé, en sorte que cette semence produira au centuple. Examinons donc, s'il vous plaît, quel est le sens du passage de la Genèse qui vient d'être lu. Mais prêtez-moi, je vous en conjure, une bienveillante attention; car ce ne seront ni mes pensées, ni ma parole, mais celles que l'Esprit-Saint m'inspirera pour votre utilité que vous entendrez.

Au commencement, dit Moïse, Dieu créa le ciel et la terre. Ici on demande avec raison pourquoi ce saint prophète, qui n'a vécu que plusieurs siècles après la création du monde, nous en raconte l'histoire. Certes il ne. le fait point au hasard et sans de graves motifs. Il est vrai que dans les premiers temps, le Seigneur, qui avait créé l'homme, parlait lui-même à l'homme en la manière que celui-ci pouvait l'entendre. C'est ainsi qu'il conversa avec Adam, qu'il reprit Caïn, qu'il donna ses ordres à Noé, et qu'il s'assit sous la tente hospitalière d'Abraham. Et même, lorsque le genre humain se fut précipité dans l'abîme de tous les vices, Dieu ne brisa pas toute relation avec lui, mais il traita dès lors les hommes avec moins de familiarité, parce qu'ils s'en étaient rendus indignes par leurs crimes; et lorsqu'il daigna renouer avec eux des rapports de bienveillance, et comme faire une nouvelle alliance, il leur parla par lettres, ainsi que nous le faisons à un ami absent. Or Moïse est le porteur de ces lettres, et voici quelle en est la première ligne. Au commencement Dieu créa le ciel et la terre.

Mais considérez, mon cher frère, combien ce saint prophète est grand et admirable. Les autres prophètes n'ont prédit que des événements .qui devaient se réa lise r dans un temps fort éloigné, ou assez proche; celui-ci au contraire qui n'a vécu que plusieurs siècles après la création du monde, a été inspiré d'en-haut de nous raconter l'œuvre du Seigneur. C'est pourquoi il entre ainsi en matière : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Ne semble-t-il pas nous dire à haute et intelligible voix : Sont-ce les hommes qui m'ont appris ce que je vais vous révéler? nullement, mais Celui-là seul qui a opéré ces merveilles, conduit et dirige ma langue pour vous les apprendre : je vous conjure donc d'imposer silence à tout raisonnement humain, et de ne point écouter ce récit comme s'il n'était que la parole de Moïse. Car c'est Dieu lui-même qui nous parle, et Moïse n'est que son interprète. Les raisonnements de l'homme, dit l'Ecriture, sont timides, et ses (9) pensées incertaines. (Sag. ix, 14.) Accueillons donc la parole divine avec une humble déférence, sans dépasser les bornes de notre intelligence, ni rechercher curieusement ce qu'elle ne saurait atteindre. Mais les ennemis de la vérité ne connaissent point c'es règles, et ils veulent apprécier toutes les oeuvres du Seigneur selon les seules lumières de la raison. Insensés ! ils oublient que l'esprit de l'homme est trop borné pour sonder ces mystères. Et pourquoi parler ici des oeuvres de Dieu, quand nous ne pouvons même comprendre les secrets de la nature et des arts? car dites-moi comment l'alchimie transforme les métaux en or, et comment le sable devient un cristal brillant. Vous ne sauriez me répondre; et lorsque vous ne pouvez expliquer les merveilles que la bonté divine permet à l'homme d'opérer sous vos yeux, vous présumeriez, ô homme, de scruter curieusement les ouvrages du Seigneur !

Quelle serait votre défense, et quelle excuse alléguer, si vous vous flattiez follement de comprendre des choses qui surpassent toute intelligence humaine ? car soutenir que la matière a donné l'être à toutes les créatures, et nier qu'un Dieu créateur les a tirées du néant, ce serait le comble de la folie. Aussi le saint prophète, pour fermer la bouche de l'insensé, commence-t-il son livre par ces mots Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Dieu créa : arrêtez donc toute curieuse recherche, humiliez-vous, et ajoutez foi à celui qui vous parle. Or c'est Dieu qui a tout fait, qui prépare toutes choses et qui les dispose selon sa sagesse. Et voyez comme l'écrivain sacré se proportionne à votre faiblesse; il omet la création des esprits invisibles, et il ne dit point : au commencement Dieu créa les anges et les archanges. Mais il n'agit ainsi que par prudence, et pour mieux nous disposer à recevoir sa doctrine. Et en effet il parlait au peuple juif qui ne s'attachait qu'aux biens présents et terrestres, et qui ne pouvait concevoir rien d'invisible et de spirituel. C'est pourquoi il le conduit par la vue des choses sensibles à la connaissance du Créateur, et lui apprend à contempler l'Ouvrier suprême dans ses couvres, en sorte qu'il sache adorer le Créateur, et ne point se fixer, ni s'arrêter à la créature. Malgré cette condescendance, ce même peuple n'a point laissé de se faire des dieux mortels, et de rendre les honneurs divins aux plus vils animaux. Mais jusqu'où n'eût-il point porté sa folie, si le Seigneur ne l'eût prévenu de tant de bontés et de ménagements?

3. Et ne vous étonnez point, mon cher frère, si Moïse en a usé de la sorte dès le principe, et dès les premiers mots, puisqu'il parlait à des juifs grossiers et sensuels. Car nous voyons saint Paul, sous l'ère nouvelle de la grâce, et alors même que l'Evangile avait fait de rapides progrès, adopter la même méthode dans son discours aux Athéniens, et les amener à la connaissance du vrai Dieu par le spectacle de la nature. Le Dieu, dit-il, qui a fait le monde et tout ce qui est dans le monde, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite point dans les temples bâtis par les hommes. (Act. XVII, 24.) Il suivait ici ce genre d'enseignement, parce qu'il s'adaptait au caractère de ses auditeurs; et c'était par l'inspiration de l'Esprit-Saint qu'il leur proposait ainsi la doctrine céleste. Mais il savait également varier sa parole selon la diversité des personnes, et leur instruction plus ou moins avancée. Considérez-le en effet écrivant aux Colossiens : il n'observe plus la même marche, et son langage est tout différent... En le Verbe, dit-il, tout a été créé dans le ciel et sur la terre, les choses visibles et invisibles, les trônes, les dominations, les principautés, les puissances; tout a été créé par lui et pour lui. (Col. I, 16.)

Jean, le fils du tonnerre, s'écrie : Tout a été fait par le Verbe, et sans lui rien n'a été fait. (Jean, I, 3.) Mais Moïse débute moins solennellement, et il a eu raison de le faire. Car il ne convenait point d'offrir des viandes solides à ceux qu'il fallait nourrir encore de lait. Les maîtres expliquent d'abord aux enfants qu'on leur confie, les premiers éléments des sciences; et puis ils les conduisent progressivement à des connaissances plus élevées. C'est aussi cette méthode qu'ont suivie Moïse, le Docteur des nations, et Jean, fils du tonnerre. Moïse, qui dans l'ordre des temps, est le premier instituteur de l'humanité, ne lui a proposé que les premiers éléments de la doctrine; Jean au contraire, et Paul qui lui ont succédé, ont pu développer à leurs disciples un enseignement plus parfait.

Nous comprenons donc les motifs qui ont porté Moïse à condescendre à la faiblesse de son peuple. Sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, il parlait aux Juifs le langage qui leur convenait; mais il ne laissa pas d'étouffer par ces mots : (10) Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, toutes les hérésies qui, comme un mauvais, grain, devaient pulluler dans l'Eg lise . C'est pourquoi, quand un manichéen vous dit que la matière préexistait, et quand Marcion, Valentin ou un païen vous soutiennent la même, opinion, répondez-leur qu'au commencement Dieu créa le ciel et la terre; mais s'ils récusent l'autorité de l'Ecriture, traitez-les comme des extravagants et des insensés. Et, en effet, comment excuser celui qui refuse de croire le Créateur de l'univers et qui taxe de mensonge la Vérité suprême? Il se cache sous de belles apparences et feint les dehors de la douceur; mais il rien est pas moins un loup sous une peau de brebis. Ne vous laissez donc point séduire; et vous devez même d'autant plus le haïr qu'il affecte envers un homme une conduite pleine d'égards, et déclare la guerre au Dieu, souverain Maître de l'univers. Hélas ! il ne s'aperçoit pas qu'il expose le salut de son âme. Pour nous, attachons-nous à la pierre ferme, et revenons à notre sujet : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Et d'abord, observez comme l'Etre divin se manifeste dans le mode même de la création; car, à l'opposé de l'homme, il commence par le couronnement de l'édifice : il déroule premièrement, les cieux, et place ensuite la terre au-dessous; il pose le haut du temple avant que d'en avoir établi les fondements. S'est-il jamais vu rien de pareil? et qui a jamais entendu un semblable récit? Mais Dieu commande, et tout cède à ses ordres. C'est pourquoi, loin de soumettre les couvres du Seigneur à la critique de notre raison, laissons-nous conduire, par la vue de ses ouvrages, jusqu'à l'admiration de l'ouvrier; car les perfections de Dieu sont devenues visibles, depuis la création du monde, par tout ce qui a été fait. (Rom. I, 20.)

4. Mais, si les ennemis de la vérité persistent à soutenir que le néant ne peut rien produire, adressons-leur cette question : Le premier homme a-t-il été formé de la terre ou de toute autre matière? - De la terre, répondront-ils unanimement. Qu'ils nous disent donc comment la chair de l'homme a pu se former de la terre ! Nous la pétrissons pour en façonner des briques,-des tuiles et des vases; mais est-ce ainsi que l'homme a été formé? Et comment, d'une seule et même matière, tirer tant de substances diverses : les os, les nerfs et les artères, la chair, la peau, les ongles et les cheveux? Ici, ils ne sauraient donner aucune réponse raisonnable. Et si, du corps, je passe aux aliments qui le nourrissent, je leur demanderai comment le pain que nous mangeons chaque jour, et qui est une substance homogène, se convertit en sang et en chyle, en bile et en diverses humeurs; car le pain conserve la blancheur de la farine, et le sang est rouge ou purpurin. Mais, si nos adversaires ne peuvent expliquer ces phénomènes qui chaque jour s'accomplissent sous leurs yeux, combien plus difficilement encore rendraient-ils raison des autres ouvrages du Seigneur ! C'est pourquoi, s'ils continuent à rejeter ces nombreuses démonstrations et s'ils persistent dans leur incrédulité, nous nous contenterons de leur opposer la même réponse et de redire : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Ce seul mot nous suffit pour renverser tous les retranchements de nos adversaires, et pour ruiner dans leur fondement tous leurs vains raisonnements. S'ils voulaient du moins cesser enfin cette opiniâtre résistance, ils pourraient rentrer dans la voie de la vérité.

Or, la terre était invisible et informe. Pourquoi le Seigneur, je vous le demande, a-t-il créé le ciel lumineux et parfait, et la terre informe? Certes, il n'a point agi sans raison, mais il a voulu nous révéler, par ce chef d'eouvre de la création, qu'il en a produit également les autres parties, et que ce n'est point impuissance de sa part si elles sont moins parfaites. Une autre raison de ce qu'il a créé la terre informe, c'est qu'elle est la mère et la nourrice du genre humain : nous naissons de son sein et nous vivons de ses productions; elle est la patrie et la sépulture de tous. les hommes, le centre qui nous réunit tous et la source qui nous enrichit de mille biens. Mais, de peur que le sentiment du besoin ne portât les hommes à lui rendre un culte idolâtrique, Moïse nous la montre informe et toute nue, afin que nous ne lui attribuions point sa fécondité, et que nous en rapportions la gloire à Celui qui l'a tirée du néant. Voilà pourquoi l'Ecriture dit que la terre était invisible et informe:

Mais peut-être vous ai-je fatigué, dès le commencement, par des raisonnements trop subtils; c'est pourquoi je crois utile de terminer ici ce discours, et néanmoins je conjure votre charité de conserver le souvenir de mes paroles et de les méditer souvent. Un repas frugal vous attend au sortir de cette réunion; eh bien ! (11) associez la nourriture spirituelle de l'âme à la nourriture matérielle du corps ! Que le mari répète quelque chose de nos instructions; que la femme écoute, que les enfants apprennent et que les serviteurs s'instruisent. Alors, chaque maison sera véritablement lin temple d'où s'éloignera le démon, cet esprit mauvais et ennemi de notre salut, et où reposeront, sur tous ceux qui l'habitent, la grâce de l'Esprit-Saint, la paix et l'union. Si je vois que vous n'oubliez point mes premières instructions et que vous en attendez impatiemment la suite, je . serai moi-même plus empressé de vous communiquer largement tout ce que le Saint-Esprit m'inspirera. Je verrai en effet ma parole germer heureusement dans vos âmes; et c'est ainsi que le laboureur, en voyant naître le grain qu'il a semé, contemple ses champs avec un nouveau plaisir et s'encourage lui-même à leur confier de nouvelles semences.

5. Voulez-vous donc augmenter en. nous le zèle de la parole sainte, faites-nous connaître que vous en gardez un souvenir fidèle et que vous vous appliquez à régler vos moeurs sur votre croyance. Que votre lumière, dit Jésus-Christ, luise devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. (Matth. V,16.) Ainsi, notre vie doit s'accorder avec les dogmes de notre religion; car la foi sans les oeuvres est morte (Jacq. II, 26), et les oeuvres sans la foi sont également mortes. Et, en effet,, une saine doctrine ne nous servira de rien si nous ne sanctifions notre conduite; et, de même, une vie régulière avec une croyance erronée ne nous sera point comptée pour le ciel. Il faut nécessairement joindre la bonne doctrine à une bonne vie, et l'homme prudent, dit le Sauveur, est celui qui écoute ma parole et la met en pratique. (Matth. VII, 24.) Vous voyez comme il veut et que nous écoutions sa parole et que nous la suivions avec soumission et fidélité. Aussi, déclare-t-il sage et prudent celui qui se distingue par des moeurs conformes aux préceptes de l'Evangile; celui, au contraire, qui se contente d'entendre la parole divine et qui n'en fait point la règle de sa conduite, est à juste titre appelé insensé. Et en effet, il bâtit sa maison sur un sable mouvant; c'est pourquoi cette maison s'écroule sous le choc des vents. Telles sont ces âmes lâches qui ne s'appuient point sur la pierre ferme. Car ici il n'est question ni de maison, ni d'édifice matériel, mais de notre âme et des tentations qui l'ébranlent; ce sont ces tentations que l'Evangile désigne, sous les noms de pluies, de vents et d'inondations. L'homme constant, sobre et vigilant les surmonte aisément, et plus les afflictions sont grandes, plus aussi s'augmentent sa force et son courage; mais l'homme faible et indécis plie au moindre souffle de la tentation : il vacille, se trouble et succombe, bien moins par suite de la violence des attaques que par l'effet d'une volonté molle et chancelante.

C'est pourquoi il importe que nous soyons sobres, vigilants et préparés à tout, modestes et retenus dans la prospérité, et soumis et prudents dans l'adversité; en sorte que dans toute situation nous baisions amoureusement la main miséricordieuse du Seigneur. Ces dispositions attireront sur nous l'abondance des grâces divines, et celles-ci nous feront traverser heureusement le cours de l'existence et acquérir de grands trésors pour la vie éternelle. Je vous la souhaite, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire, l'empire et l'honneur, avec le Père et l'Esprit-Saint, maintenant, toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

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