SERMON VI
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SERMON VI.

 

1. Voici la suite : « Pierre dit à Jésus : Seigneur, où allez-vous ? » Par ces paroles, Pierre répond à ce que le Seigneur avait dit plus haut : «Où je vais, vous n'y pouvez venir. L'apôtre n'avait pu entendre cette expression sans une grande douleur, et sa réplique se rapporte, non aux paroles actuelles de Jésus : « Je vous donne un commandement nouveau, » mais à celles qu'il avait proférées auparavant : « Où je vais, vous n'y pouvez venir ; » Seigneur, dit-il, « où allez-vous ?» Comme la main instruite palpe fréquemment le lieu où le corps souffre, de même la langue, amie du coeur, ne peut cacher l'amertume que le cœur ressent: ce que l'âme éprouve de souffrance au dedans, la langue le produit au dehors. Aussi la force de la douleur se ressent dans l'esprit, et se découvre par la voix qui se forme au palais au moyen de la langue. Voilà pourquoi la langue de Pierre ne pouvait cacher la douleur qu'il ressentait au fond de son coeur. Ayant entendu, « vous ne pouvez venir où je vais,» il écouta à peine les autres paroles de son maître. Aussitôt qu'eut été donné le double précepte de la charité, saisi d'un regret trop vif à la pensée de l'absence future de son maître, il interrompt le discours que Jésus faisait avec tant d'obscurité, et plein de tristesse il s'écrie : « Seigneur, où allez-vous? » C'est comme s'il s'écriait : cette mutuelle charité que vous nous recommandez, avec votre secours, nous la garderons pure, et sans atteinte, nous accomplirons tous les autres préceptes que vous nous donnerez. Mais ce mot que vous avez dit : « Vous ne pouvez venir où je vais, » nous a remplis d'une grande amertume. Et où allez-vous ? Pourquoi nous abandonner? à qui nous laissez-vous dans notre désolation? Je ne veux plus vivre sans vous, ne me quittez pas, ne m'abandonnez pas.

2. Le Seigneur lui dit: « Où je vais, tu n'y peux venir présentement tu me suivras plus tard. » Le sens de ces paroles est celui-ci : je ne te quitte pas, je ne t'abandonne pas; je marche devant toi: là où il n'y a pas de route, je t'ouvre un chemin; du sentier je te fais une voie battue; à la place de la crainte, je mets la sécurité, et au lieu de la mort, je place la vie. Tu es craintif, tu es tremblant, tu n'es pas encore fortifié, tu ne peux me suivre présentement. Je te précéderai à l'opprobre, au gibet, en mourant, en ressuscitant, en montant au ciel. Tu n'es pas propre à recevoir la récompense, parce que tu n'es pas encore prêt à souffrir le supplice. Tu ne peux me suivre; moi qui suis la vie, parce que tu n'es pas encore prêt à mourir pour moi: « Plus tard, tu me suivras. » J'enverrai en vous le Saint-Esprit que je vous ai promis, il vous confirmera : « Et vous serez mes témoins dans Jérusalem, dans toute la Judée, dans Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre (Act. I. 8.) : » Et alors tu seras prêt à venir à ma suite, Pierre réplique «Pourquoi ne puis-je vous suivre tout de suite? » Je ne crains pas le châtiment, je ne crains pas la mort : « Je suis prêt à aller avec vous au supplice et à la mort. » Que dites-vous, « que je ne puis vous suivre actuellement ? Je donnerai ma vie pour vous. » Le Seigneur lui dit « Tu donneras ta vie pour moi? Tu te trompes, Pierre, tu n'es pas encore prêt, tu n'es pas encore revêtu de la vertu d'en haut. Quand cette force sera descendue en toi; alors tu livreras ton âme à la mort. Mais le moment n'est pas loin où, par crainte de la mort, tu renieras la vie, et tueras ton âme; où tu nieras d'être mon disciple, et tu feras périr ton esprit: l'heure et le  temps approchent, où tu jureras ne point me connaître, afinde pouvoir échapper au péril : le coq ne chantera pas, que tu ne m'aies renié trois fois. Quelques belles protestations que tu fasses sonner, « avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. » Voici ce sens : avant que le coq chante, tu me renieras. Et ce renoncement aura lieu trois fois, soit avant le premier chant du coq, soit avant le second.

3. A ces mots, la crainte, la frayeur et une grande douleur s'emparèrent de tous les disciples. Cela n'est pas étonnant. Ils avaient entendu le Seigneur dire à Pierre : « Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois ; » Pierre était remarquable parmi eux par l'éclat de sa sainteté, par la ferveur de son amour et par l'énergie de sa foi; il avait déjà confessé que Jésus était le Fils de Dieu par ces paroles qu'il lui avait adressées: « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant (Matth. XVI. 16), » et ils redoutaient qu'il ne leur arrivât le même malheur qu'à lui. Et qu'un homme si grand dût le renier, ils avaient quelque incertitude, sur ce point et ils ne croyaient point parfaitement que leur, maître ressuscitât le troisième jour d'entre les morts. A cela s'ajoutait la pensée que ce même Seigneur qu'ils entendaient présentement s'entretenir avec eux, devait bientôt mourir. Ce fut alors la tristesse, le deuil et la même plainte de tous. Ils étaient certains de l'absence que leur aimable Seigneur allait faire, de la mort qu'il était sur le point de subir, ils le voyaient encore en vie, et néanmoins ils le pleuraient déjà comme mort. Ils se rappelaient alors les flots très-suaves de la doctrine qu'ils avaient reçue de lui ; la santé qu'il avait rendue aux malades, la vie qu'il avait redonnée aux morts, la très-tendre et très-exquise bonté qu'il avait toujours montrée pour eux, et ils se voyaient, si subitement privés de lui. Alors ils pleuraient très-amérement, mes frères, et croyez-moi, ils ne pouvaient plus se consoler.

4. Les voyant verser des larmes si amères, le Seigneur voulut les consoler de sa mort ; mais je pense qu'il ne le voulut pas alors, et qu'il les excitait plutôt alors à la tristesse, lorsqu'il leur disait : « Que votre coeur ne se trouble pas (Joan. XIV. 1). Je serais étonné s'il ne frémit pas en esprit, s'il ne se troubla pas lui-même en disant à ses disciples en pleurs : Que votre « coeur ne se trouble pas. » Je le crois, c'est pourquoi,je le dis, mon béni Seigneur Jésus-Christ dit en tout temps à ses disciples qui pleurent : « Que votre cœur ne se trouble pas. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » Comme s'il leur disait ne vous troublez pas de mon absence, que ma mort ne vous affecte point. J’ai le pouvoir de quitter la vie et de la reprendre. Trois jours mon corps restera mort dans le tombeau, et après ces trois jours, il ressuscitera immortel et impassible. Jonas resta trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine et le Fils de l'homme ressuscitera des morts le troisième jour. « Que votre coeur ne se trouble point moi qui ai ressuscité Lazare, je puis ressusciter mon corps ; moi qui ai ressuscité le fils de la veuve, après trois jours la mort n'aura plus d'empire sur moi. « Vous croyez en Dieu? Croyez aussi en moi.» Ne craignez rien à l'occasion de la mort de mon corps: je suis Dieu, je le ressusciterai. Les oeuvres que j'ai opérées rendent témoignage de moi. Si vous croyez en Dieu, conséquemment vous devez croire en moi, parce, que je suis Dieu. Et pour qu'ils ne doutassent pas qu'ils demeuraient eux aussi en Dieu avec Jésus-Christ pour la vie éternelle, le Seigneur continue et dit :

5. « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. » Le sens de ces paroles est celui-ci : Vous régnerez avec moi dans la vie éternelle en laquelle il y a plusieurs demeures, c'est-à-dire plusieurs dignités. En cet heureux séjour, autre est la clarté du soleil, autre celle de la lune, autre celles des étoiles. La maison de Dieu le Père, c'est la prédestination et sa prescience. En cette maison, chaque âme parfaite obtient son séjour au moyen du denier qui est compté et donné également à tous, car il est la mesure égale et non diverse de la vie de l'éternité : Ou, d'une autre façon : La maison de mon Père est le temple de Dieu, le royaume de Dieu, c'est-à-dire les hommes justes, entre lesquels il existe beaucoup de différences. Et ce sont là les demeures de cette maison, c'est-à-dire les dignités qui sont préparées dans la prédestination, comme l'Apôtre le dit: « Il nous a choisis avant la création du monde » par la prédestination (Éph. I.); mais ces dignités, il faut les attendre des bonnes oeuvres. Aussi l'Apôtre ajoute: « Ceux qu'il a prédestinés, il les a appelés; et ceux qu’il a appelés, il les a purifiés (Rom. VIII. 32). » Et c'est ce que dit le Seigneur: si nonobstant cela, « je vous avais dit que je vais vous préparer une place : si je m'en vais et si je vous prépare une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi. » Le sens est celui-ci : En la maison de mon Père, il y a diverses récompenses selon les mérites; si néanmoins, c'est-à-dire, si ces mérites n'existaient pas, « je vous aurais dit » que je vais vous préparer une place. Mais parce qu'elles s'y trouvent préparées par la prédestination, il n'est pas nécessaire que je vous y en prépare d'autres. Mais comme ces mérites ne sont pas encore acquis par les oeuvres, le Seigneur ajoute : « Mais si je m'en vais et vous prépare une place, ie viendrai encore et vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez vous-mêmes. C'est comme sil disait : Vous avez un séjour dans la maison de mon Père en vertu de la prédestination : mais je vais à mon Père et je vous le préparerai par les bonnes oeuvres. Vous avez en cette maison une demeure éternelle, mais vous n'y pouvez arriver que par un grand travail. Cette demeure, vous l'avez seulement parle don et la grâce de Dieu; mais je veux que vous m'en soyez aussi redevables. Je me retire de vous selon la divinité, et je vous préparerai, selon l’humanité, cette béatitude ineffable que je vous ai disposée selon la divinité, depuis l'origine du monde. Ces joies inexprimables, vous ne pouvez les goûter d'aucune façon, si auparavant je n'ai quitté et repris mon corps de chair. Je monterai au ciel, je,vous enverrai le Saint-Esprit qui vous apprendra à agir par les oeuvres et l'action de grâces, de telle sorte que vous ayez droit, par vos efforts, à ce royaume de l'éternelle félicité qui vous a été préparé en vertu de la prédestination.

6. Le Seigneur Jésus prépare chaque jour une place à ses fidèles, en offrant à Dieu son Père sa chair qui a souffert pour le salut du genre humain ; et ainsi il nous fait obtenir, par son humanité, le lieu qu'il nous avait préparé par sa divinité. Toutes les fois que nous faisons quelque bonne oeuvre, prière, jeûne, lecture, méditation, larmes versées sur nos péchés, ou causées par le désir de voir Jésus-Christ, visite des infirmes, secours distribués aux indigents et autres saintes actions qu'il est trop long d'énumérer, toujours nous est préparée, en retour, la bienheureuse demeure du paradis par les mains de celui qui a dit : « Sans moi vous ne pouvez rien faire. » Mais il nous y introduira si nous vivons en sa foi et en son amour, lorsqu'il viendra rendre à chacun selon ses mérites. Et c'est là ce qu'il assure : « Je viendrai de nouveau, et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez vous aussi » . Paroles qui reviennent à dire ; j'apparaîtrai dans le jugement et vous introduirai en ces demeures pour que vous y restiez éternellement avec moi. O souveraine, ô pleine félicité, habite avec Jésus-Christ ! qui pourra parvenir à une si glorieuse béatitude! qui sera assez fortuné pour régner avec le Christ pour voir sa gloire et contempler sa beauté !

7. O Jésus, Jésus, que je voudrais mériter de vous voir, ô mon Jésus ! Je crois en Dieu, je crois en vous, et néanmoins mon coeur est grandement troublé. Il ne le serait pas si j'avais entendu tomber de votre bouche ces paroles,: « que votre cœur ne s'inquiète, point ». Mais à présent mon âme est grandement agitée, parce que je ne puis vous voir tout de suite; je ne veux, je ne désire, je ne cherche, il ne me faut pas autre chose que de vous voir, vous mon Seigneur et mon Dieu : Je vous cherche et ne vous trouve point ; je vous appelle et vous ne me répondez pas. Je brûle de vous voir et je n'y puis parvenir; vous êtes pourtant tout ce que je désire. Vous m'êtes témoin, ô Vérité souveraine, que mon coeur est grandement troublé : mais j'ai confiance en votre miséricorde, mon âme vous verra et sera rassasiée de vous, et par vous, et dans vous et pour vous, mais en vertu de mes mérites, mais par l'effet de vos bontés si grandes et si nombreuses, je vous verrai, Dieu mon Sauveur, et lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu. Mais je vous conjure par , vous-même et par celle qui ;vous a donné le jour, quand vous paraîtrez pour ce terrible jugement; attirez-moi à vous, afin que là où vous êtes en ce moment, je puisse m'y trouver avec vous et avec vos disciples à qui vous avez dit, étant sur le point d'aller à votre Père : «Et vous savez où je vais, et vous en connaissez le chemin ». Ils savaient, en effet, que vous alliez vers votre Père et que vous étiez la voie qui mène à lui, vous qui vivez et régnez avec le même Père en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

 

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