Seconde partie
LE SOLEIL SPIRITUEL
 

Le Divin Amour et la Divine Sagesse
apparaissent dans le monde spirituel comme soleil.

    83. Il y a deux mondes, le spirituel et le naturel, qui sont absolument distincts. L'un ne tire rien de l'autre, mais ils communiquent seulement par les correspondances dont la qualité a été montrée ailleurs en plusieurs endroits. Ainsi la chaleur dans le monde naturel correspond au bien de la charité dans le monde spirituel, et la lumière dans le monde naturel correspond au vrai de la foi dans le monde spirituel. A première vue, la chaleur et le bien de la charité, la lumière et le vrai de la foi apparaissent absolument distincts, aussi distincts que deux choses complètement différentes, cependant la chaleur spirituelle est ce bien, et la lumière spirituelle est ce vrai. Bien que ces choses soient ainsi distinctes en elles-mêmes, elles font néanmoins un par la correspondance, et le font au point que les esprits et les anges qui sont chez l'homme perçoivent la charité au lieu de la chaleur, et la foi au lieu de la lumière, lorsque l'homme lit ces mots dans la Parole. Cet exemple a été rapporté, afin qu'on sache que les deux mondes, le spirituel et le naturel, sont tellement distincts, qu'ils n'ont rien de commun entre eux, mais qu'ils ont été créés de telle façon qu'ils communiquent et même sont conjoints par les correspondances.

    84. Puisque ces deux mondes sont ainsi distincts, on peut voirclairement que le monde spirituel est sous un autre soleil que le monde naturel. Car dans le monde spirituel il y a chaleur et lumière comme dans le monde naturel ; mais la chaleur spirituelle est le bien de la charité, et la lumière spirituelle est le vrai de la foi. Comme la chaleur et la lumière ne peuvent avoir qu'un soleil pour origine, il devient évident que le soleil du monde spirituel est différent de celui du monde naturel. Il devient aussi évident que le soleil du monde spirituel est tel dans son essence, que la chaleur et la lumière spirituelles peuvent exister d'après lui, et que le soleil du monde naturel est tel dans son essence, que la chaleur et la lumière naturelles peuvent exister, d'après lui. Tout ce qui est spirituel se réfère au bien et au vrai, et ne peut venir que du Divin Amour et de la Divine Sagesse, car tout bien appartient à l'amour et tout vrai appartient à la sagesse. Tout homme sage peut voir que tout spirituel n'a pas d'autre origine.

    85. On a ignoré jusqu'à présent qu'il y a un autre soleil que celui du monde naturel, parce que l'homme a tellement identifié son spirituel à son naturel, qu'il a perdu la notion du spirituel, et par conséquent n'a plus su qu'il existe un monde spirituel différent du monde naturel, et dans lequel sont les esprits et les anges. Comme le monde spirituel est resté si longtemps caché aux habitants du monde naturel, il a plu au Seigneur d'ouvrir les yeux de mon esprit, afin que je voie les choses qui sont dans ce monde comme je vois celles qui sont dans le monde naturel, et que j'en donne une description, ce qui a été fait dans le traité Le Ciel et l'enfer, où, dans un article spécial, il a aussi été parlé du soleil de ce monde. En effet, je l'ai vu, et il m'est apparu dans une dimension semblable à celle du soleil du monde naturel, il était pareillement igné, mais plus brillant. Il m'a été donné de connaître que le ciel angélique tout entier est sous ce soleil ; et que les anges du troisième ciel le voient continuellement, les anges du second ciel très souvent, et les anges du premier ou dernier ciel quelquefois. On verra dans la suite que toute chaleur et toute lumière chez les anges, ainsi que toutes les choses qui apparaissent dans ce monde proviennent de ce soleil.

    86. Ce Soleil n'est pas le Seigneur Lui-même, mais il procède du Seigneur. Il est le Divin Amour et la Divine Sagesse qui procèdent de Lui, et qui apparaissent comme Soleil dans ce monde. Il a été montré dans la première partie, que l'amour et la sagesse dans le Seigneur sont un, il est donc dit que ce Soleil est le Divin Amour ; en effet, la Divine Sagesse appartient au Divin Amour, par conséquent elle est aussi l'Amour.

    87. Ce Soleil apparaît devant les yeux des anges comme igné, parce que l'amour et le feu se correspondent. Comme de leurs yeux ils ne peuvent voir l'amour, à sa place ils voient ce qui y correspond. En effet, les anges ont comme les hommes un interne qui pense, qui est sage, veut et aime ; et un externe qui sent, voit, parle et agit. Tous les externes sont des correspondances des internes, mais elles sont spirituelles et non naturelles. Le Divin Amour aussi est senti comme un feu par les spirituels, et pour cette raison, lorsque le feu est nommé dans la Parole il signifie l'amour, et le feu sacré dans l'église israélite le signifiait. Dans les prières qu'on adresse à Dieu, cette formule est aussi couramment employée : Que le feu céleste, c'est-à-dire, que le Divin Amour, embrase les cœurs !

    88. Puisqu'une telle différence existe entre le spirituel et le naturel, ainsi qu'il a été montré au N° 83, rien de ce qui procède du Soleil du monde naturel ne peut par conséquent passer dans le monde spirituel, c'est-à-dire, rien de sa lumière et de sa chaleur, ou rien d'aucun objet de la terre la lumière du monde naturel y est obscurité, et sa chaleur y est la mort. Néanmoins la chaleur du monde peut être vivifiée par l'influx de la chaleur du ciel, et la lumière du monde peut être embrasée par l'influx de la lumière du ciel. L'influx se fait par les correspondances, et ne peut se faire par la continuité.

Une chaleur et une lumière procèdent du soleil
qui existe d'après le
Divin Amour et la Divine Sagesse

    89. Dans le monde spirituel, où sont les anges et les esprits, il y a aussi une chaleur et une lumière, comme dans le monde naturel, où sont les hommes. De même la chaleur est sentie comme chaleur, et la lumière est vue comme lumière. Néanmoins la chaleur et la lumière du monde spirituel et celles du monde naturel n'ont absolument rien de commun, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, N°s 83 et suiv., elles diffèrent entre elles comme le vivant et le mort. La chaleur et la lumière du monde spirituel qui procèdent du Soleil qui est pur Amour, sont en elles-mêmes vivantes ; et la chaleur et la lumière du monde naturel qui procèdent du soleil qui est le pur feu, sont en elles-mêmes mortes. De plus l'amour est vivant, et le Divin Amour est la Vie elle-même et le feu est mort, et le feu solaire est la mort elle-même; il peut être appelé ainsi, parce qu'en lui il n'y a absolument rien de la vie.

    90. Comme le spirituel convient au spirituel, et le naturel au naturel, les anges, parce qu'ils sont spirituels, ne peuvent vivre dans une autre chaleur et dans une autre lumière que dans la chaleur et la lumière spirituelles, et les hommes ne peuvent vivre dans une autre chaleur et dans une autre lumière que dans une chaleur et une lumière naturelles. Si l'ange recevait la plus petite parcelle de chaleur et de lumière naturelles, il périrait, car cela est en complet désaccord avec sa vie. Chaque homme est un esprit quant aux intérieurs de son mental. Quand l'homme meurt, il sort entièrement du monde de la nature, laisse tout ce qui appartient à la nature, et entre dans un monde où il n'y a rien de la nature. Dans ce monde-là il vit complètement séparé de la nature, au point qu'aucune communication ne peut se faire par la continuité, c'est-à-dire, comme entre un plus pur et un plus grossier, mais il y en a une comme entre un antérieur et un postérieur, et cette communication n'a lieu que par les correspondances. Il s'ensuit que la chaleur et la lumière spirituelles ne sont pas une chaleur et une lumière naturelles plus pures, mais qu'elles sont d'une essence absolument différente, car la chaleur et la lumière spirituelles tirent leur essence du Soleil qui est le pur Amour, donc la Vie même, tandis que la chaleur et la lumière naturelles tirent leur essence du soleil qui est le pur feu, dans lequel il n'y a absolument rien de la vie, comme il a été dit ci-dessus.

    91. Puisqu'il y a une telle différence entre la chaleur et la lumière des deux mondes on voit bien clairement pourquoi ceux qui sont dans un monde ne peuvent voir ceux qui sont dans l'autre ; car les yeux de l'homme qui voit d'après la lumière naturelle sont de la substance de son monde, et les yeux de l'ange sont de la substance de son monde, ils sont donc formés de part et d'autre pour recevoir d'une manière adéquate leur lumière. On peut ainsi voir dans quelle profonde ignorance sont ceux qui n'admettent pas que les anges et les esprits soient des hommes, parce qu'ils ne les voient pas de leurs yeux.

    92. Jusqu'à présent on a ignoré que les anges et les esprits sont dans une tout autre lumière et une tout autre chaleur que les hommes, on a même ignoré qu'il y a une autre lumière et une autre chaleur. En effet, par la pensée, l'homme n'a pas pénétré au-delà des intérieurs ou des choses plus pures de la nature. En conséquence beaucoup d'hommes se sont figuré que les demeures des anges et des esprits sont dans l'éther, parfois dans les étoiles, ainsi au-dedans de la nature, et non au-dessus ou en-dehors de la nature. Cependant les anges et les esprits sont absolument au-dessus ou en-dehors de la nature, et dans leur monde, qui est sous un autre soleil. Comme dans ce monde les espaces sont des apparences, ainsi qu'il a été démontré ci-dessus, on ne peut par conséquent dire qu'ils sont dans l'éther ni dans les étoiles. En fait, ils sont en compagnie de l'homme, conjoints à son esprit par l'affection et la pensée ; et parce qu'il est esprit, l'homme pense et veut d'aprèsl'esprit. Le monde spirituel est donc là où est l'homme, et nullement distant de lui. En un mot, tout homme, quant aux intérieurs de son mental, est dans le monde spirituel au milieu des esprits et des anges qui y sont, et il pense d'après la lumière de ce monde et aime d'après la chaleur de ce Monde.

Le soleil du monde spirituel n'est pas Dieu,
mais il est le procédant du Divin Amour
et de la Divine Sagesse de Dieu-Homme
il en est de même de la chaleur et
de la lumière procédant de ce soleil.

    93. Par ce Soleil visible pour les anges, d'après lequel ils ont la chaleur et la lumière, il n'est pas entendu le Seigneur Lui-même, mais il est entendu le premier procédant du Seigneur, c'est-à-dire le plus haut degré de la chaleur spirituelle. Le plus haut degré de la chaleur spirituelle est le feu spirituel, qui est le Divin Amour et la Divine Sagesse dans leur première correspondance. Pour cette raison ce Soleil apparaît igné, il apparaît igné pour les anges et non pour les hommes ; le feu qui est feu pour les hommes n'est pas spirituel, mais naturel. Entre le feu spirituel et le feu naturel il y a la même différence qu'entre le vivant et le mort. C'est pourquoi le Soleil spirituel par la chaleur vivifie les êtres spirituels et renouvelle les choses spirituelles. Le soleil naturel agit de même, il est vrai, sur les êtres naturels et sur les choses naturelles, toutefois non d'après lui-même, mais par l'influx de la chaleur spirituelle, à laquelle il porte un secours subsidiaire.

    94. Ce feu spirituel dans lequel est aussi la lumière dans son origine, devient une chaleur et une lumière spirituelles qui décroissent en procédant, et le décroissement se fait par des degrés, dont il sera parlé dans la suite. Les anciens l'ont représenté par des cercles brillants de feu et resplendissants de lumière autour de la tête de Dieu ; cette représentation est encore faite aujourd'hui, quand en peinture on présente Dieu comme Homme.

    95. D'après l'expérience on voit manifestement, que l'amour produit la chaleur, et la sagesse la lumière. L'homme devient br°lant quand il aime, et voit les choses comme dans la lumière quand il pense d'après la sagesse. Il est donc évident que le premier procédant de l'amour est la chaleur, et que le premier procédant de la sagesse est la lumière. Il est évident que ce sont aussi des correspondances, car la chaleur n'existe pas dans l'amour lui-même ; mais d'après l'amour elle existe dans la volonté et par suite dans le corps ; et la lumière n'existe pas dans la sagesse, mais elle existe dans la pensée de l'entendement et par suite dans le langage. L'amour et la sagesse sont donc l'essence et la vie de la chaleur et de la lumière. La chaleur et la lumière sont des procédants, et comme elles sont des procédants, elles sont aussi des correspondances.

    96. Chacun peut savoir en observant les pensées de son mental, que la lumière spirituelle est absolument distincte de la lumière naturelle. Quand le mental pense, que ce soit au milieu de la nuit ou pendant le jour, il voit ses objets dans la lumière, et ceux qui pensent spirituellement voient des vrais. Pour cette raison la lumière se réfère à l'entendement, et on dit de l'entendement qu'il voit, car on dit couramment qu'on voit, c'est-à-dire qu'on comprend ce qu'un autre veut exprimer. L'entendement étant spirituel, ne peut voir d'après la lumière naturelle, parce que la lumière naturelle n'est pas inhérente à l'homme, mais elle s'en va avec le soleil. Il est donc évident que l'entendement jouit d'une lumière différente de celle dont jouit l'œil, et que cette lumière est d'une autre origine.

    97. Qu'on se garde de penser que le Soleil du monde spirituel soit Dieu Lui-même. Dieu Lui-même est Homme. Le premier procédant de son Amour et de sa Sagesse est l'igné spirituel qui apparaît devant les anges comme Soleil. C'est pourquoi lorsque le Seigneur se manifeste aux anges en personne, Il se manifeste comme Homme, parfois dans le Soleil et parfois hors du Soleil.

    98. D'après cette correspondance, le Seigneur dans la Parole, est appelé non seulement Soleil, mais aussi Feu et Lumière. Par le Soleil est entendu le Seigneur quant au Divin Amour et à la Divine Sagesse ensemble ; par le Feu, le Seigneur quant au Divin Amour ; et par la Lumière, le Seigneur quant à la Divine Sagesse.

La chaleur spirituelle et la lumière spirituelle
en procédant du Seigneur comme Soleil font un,
comme son Divin Amour et
sa Divine Sagesse font un

    99. Dans la première partie, il a été dit comment le Divin Amour et la Divine Sagesse dans le Seigneur font un ; la Chaleur et la Lumière font pareillement un, parce qu'elles en procèdent, et les choses qui en procèdent font un en vertu de la correspondance ; en effet, la chaleur correspond à l'amour et la lumière à la sagesse. En conséquence, comme le Divin Amour est le Divin Etre, et la Divine Sagesse le Divin Exister (voir N°s 14 à 16), de même la Chaleur spirituelle est le Divin procédant du Divin Etre, et la Lumière spirituelle le Divin procédant du Divin Exister. Et comme par cette union le Divin Amour appartient à la Divine Sagesse, et la Divine Sagesse au Divin Amour (voir N°s 34 à 39), de même la Chaleur spirituelle appartient à la Lumière spirituelle, et la Lumière spirituelle à la Chaleur spirituelle ; et parce qu'il y a une telle union, il s'ensuit que la chaleur et la lumière en procédant du Seigneur comme Soleil sont un. Mais, dans la suite, on verra qu'ils ne sont pas reçus comme un par les anges ni par les hommes.

    100. La chaleur et la lumière qui procèdent du Seigneur comme soleil, sont ce qui est éminemment appelé le spirituel, et elles sont appelées le spirituel au singulier, parce qu'elles sont un. Ainsi lorsqu'il est dit le spirituel dans ce qui suit, il est entendu l'une et l'autre ensemble. C'est à cause de ce spirituel que tout ce monde est appelé spirituel. Toutes les choses de ce monde tirent leur origine de ce spirituel, et par suite leur dénomination. Cette chaleur et cette lumière sont appelées le spirituel, parce que Dieu est appelé Esprit, et Dieu comme Esprit est ce Procédant. Dieu d'après son Essence Même est appelé Jéhovah ; mais par ce Procédant, il vivifie et illustre les anges du ciel et les hommes de l'église. Pour cette raison il est dit que la vivification et l'illustration sont faites par l'Esprit de Jéhovah.

    101. Que la chaleur et la lumière, c'est-à-dire, le spirituel procédant du Seigneur comme soleil, fassent un, on peut le démontrer par la chaleur et la lumière qui procèdent du soleil du monde naturel. Ces deux dernières aussi font un en sortant du soleil ; pourtant elles ne font pas un sur terre, non à cause du soleil, mais à cause de la terre, car celle-ci tourne chaque jour autour de son axe dans sa révolution autour du Soleil, ce qui donne l'apparence que la chaleur et la lumière ne font pas un, puisqu'en été il y a plus de chaleur que de lumière, et en hiver plus de lumière que de chaleur. Une certaine inégalité existe aussi dans le monde spirituel ; là, cependant le mouvement de rotation et le mouvernent de révolution n'ont pas lieu, mais les anges se tournent plus ou moins vers le Seigneur. Ceux qui se tournent davantage vers Lui reçoivent plus de chaleur et moins de lumière, et ceux qui se tournent moins reçoivent plus de lumière et moins de chaleur. Il en découle que les Cieux, qui se composent d'anges, ont été distingués en deux royaumes, dont l'un est appelé céleste, et l'autre spirituel. Les anges célestes reçoivent plus de chaleur, et les anges spirituels plus de lumière. De plus, les contrées dans lesquelles ils habitent varient en apparence selon la réception de la chaleur et de la lumière par eux. La correspondance est complète, pourvu qu'au lieu du mouvement de la terre on prenne le changement de l'état des anges.

    102. On verra dans la suite que tous les spirituels qui tirent leur origine de la chaleur et de la lumière de leur soleil, font aussi pareillement un, lorsqu'ils sont considérés en eux-mêmes, mais considérés comme procédant des affections des anges, ils ne font pas un. Quand la chaleur et la lumière font un dans les cieux, c'est comme la saison du Printemps chez les anges ; mais quand elles ne font pas un, c'est comme un temps d'été ou un temps d'hiver, non comme un temps d'hiver dans les zones froides, mais comme un temps d'hiver dans les zones chaudes. Ainsi la réceptionde l'amour et de la sagesse en égale quantité, est l'état angélique même, et l'ange est donc ange du ciel selon l'union de l'amour et de la sagesse chez lui. Il en est de même de l'homme de l'église lorsque l'amour et la sagesse, c'est-à-dire, la charité et la foi, font un chez lui.

Le soleil du monde spirituel apparaît,
à une hauteur moyenne, distant des anges,
comme le soleil du monde naturel
apparaît distant des hommes

    103. La plupart des hommes emportent avec eux du monde, l'idée que Dieu est au-dessus de la tête, en haut, et que le Seigneur est dans le ciel parmi les anges. Ils emportent cette idée de Dieu, parce que Dieu dans la Parole est appelé le Très-Haut, et qu'il est dit qu'Il habite en haut. Ainsi lorsqu'ils supplient et adorent, ils lèvent les yeux et les mains ne sachant pas que le Très-Haut signifie l'intime. Ils emportent l'idée que le Seigneur est dans le ciel parmi les anges, parce que certains pensent de Lui comme d'un homme et d'autres comme d'un ange, ne sachant pas que le Seigneur est le Dieu Même et Unique qui gouverne l'univers. S'Il était parmi les anges dans le ciel, Il ne pourrait pas avoir l'univers sous son regard, sous son auspice et sous son gouvernement. S'Il ne brillait pas comme Soleil devant les habitants du monde spirituel, ceux-ci ne pourraient avoir aucune lumière, car étant spirituels, seule la lumière spirituelle convient à leur essence. On verra ci-dessous quand il s'agira des degrés, qu'il y a dans les cieux une lumière qui surpasse immensément celle de la terre.

    104. Le Soleil, d'après lequel les anges reçoivent la lumière et la chaleur, apparaît au-dessus des terres qu'habitent les anges, à une hauteur moyenne de quarante-cinq degrés, et en outre distant d'eux comme le soleil du monde apparaît distant des hommes. Ce Soleil apparaît toujours à cette hauteur et à cette distance et ne se déplace pas. C'est pourquoi les anges n'ont pas de temps divisé en jours et en années, ni de progression du jour allant du matin vers le midi, le soir et la nuit, ni de progression de l'année allant du printemps vers l'été, l'automne et l'hiver. Mais il y a une perpétuelle lumière et un perpétuel printemps ; en conséquence, au lieu des temps, il y a des états, ainsi qu'il a déjà été dit.

    105. Le Soleil du monde spirituel apparaît à une hauteur moyenne, principalement pour les raisons suivantes : Premièrement, la chaleur et la lumière qui procèdent de ce soleil sont ainsi d'une intensité moyenne, en conséquence également proportionnées, donc convenablement tempérées. Si le soleil apparaissait au-dessus de la hauteur moyenne, il serait perçu plus de chaleur que de lumière, et s'il apparaissait au-dessous, il serait perçu plus de lumière que de chaleur, comme c'est le cas sur terre lorsque le soleil est au-dessus ou au-dessous du milieu du ciel ; car la lumière reste la même en été et en hiver, mais la chaleur augmente ou diminue selon les degrés de hauteur du soleil. Secondement, afin qu'il y ait ainsi dans tous les cieux angéliques, un perpétuel printemps, d'après lequel les anges sont dans un état depaix, car cet état correspond à la saison du printemps sur terre. Troisièmement, les anges peuvent ainsi tourner continuellement leurs faces vers le Seigneur, et Le contempler de leurs yeux ; car de quelque côté que les anges se tournent, ils ont l'Orient, ainsi le Seigneur devant leurs faces. C'est une particularité de ce monde, qui n'aurait pas lieu si le Soleil apparaissait au-dessus ou au-dessous de la hauteur moyenne, et à plus forte raison s'il apparaissait au zénith.

    106. Si le Soleil du monde spirituel n'apparaissait distant des anges, comme le soleil du monde naturel l'est des hommes, tout le ciel angélique, et sous lui l'enfer, et sous l'un et l'autre notre globe terrestre, ne seraient pas sous le regard, les auspices, l'omniprésence, l'omniscience, la toute puissance et la providence du Seigneur. Il peut être comparé au soleil de notre monde. Si celui-ci n'était pas à une telle distance de la terre, où il apparaît, il ne pourrait être présent ni puissant par la chaleur et la lumière sur toute la terre, ainsi il ne pourrait fournir un secours subsidiaire au Soleil du monde spirituel.

    107. Il est très important de savoir qu'il y a deux soleils, l'un spirituel pour ceux qui sont dans le monde spirituel, et l'autrenaturel pour ceux qui sont dans le monde naturel. Si On ne le sait pas, on ne peut rien comprendre avec justesse sur la création et sur l'homme, sujets qui seront traités ci-dessous. On peut, il est vrai, voir les effets, mais si les causes des effets ne sont pas vues en même temps, les effets n'apparaissent qu'obscurément.

La distance entre le soleil et les anges dans
le monde spirituel est une apparence selon
la réception du Divin Amour et de la
Divine Sagesse par eux

    108. Toutes les illusions, qui règnent chez les méchants et chez les simples, ont leur origine dans des apparences confirmées. Tant que les apparences restent des apparences, elles sont des vérités apparentes, selon lesquelles chacun peut penser et parler, mais quand elles sont reçues comme des vérités mêmes, ce qui arrive quand elles sont confirmées, alors les vérités apparentes deviennent des faussetés et des illusions. Par exemple, c'est une apparence, que le soleil tourne chaque jour autour de la terre et s'avance pendant l'année selon l'écliptique. Chacun peut penser et parler selon cette vérité apparente tant qu'elle n'est pas confirmée. On peut dire que le soleil se lève et se couche, qu'il fait ainsi le matin, le midi, le soir et la nuit, qu'il est maintenant dans tel ou tel degré de l'écliptique ou de sa hauteur, et fait ainsi le printemps, l'été, l'automne et l'hiver. Mais quand on confirme que cette apparence est la vérité même, celui qui le confirme pense et dit une fausseté d'après une illusion. Il en est de même des autres apparences qui sont innombrables non seulement dans les choses naturelles, civiques et morales, mais aussi dans les choses spirituelles.

    109. Il en est de même de la distance du Soleil du monde spirituel, soleil qui est le premier procédant du Divin Amour et de la Divine Sagesse du Seigneur. La vérité est qu'il n'y a aucune distance, mais que la distance est une apparence selon le degré de réception du Divin Amour et de la Divine Sagesse par les anges. On peut voir d'après ce qui a été démontré ci-dessus, que les distances dans le monde spirituel sont des apparences, par exemple, N°s 7 à 9, que le Divin n'est pas dans l'espace ; et N°s 69 à 72, que le Divin remplit tous les espaces sans espace . Or s'il n'y a pas d'espaces, il n'y a pas non plus de distances, ou, ce qui est la même chose, si les espaces sont des apparences, les distances sont aussi des apparences, car les distances appartiennent à l'espace.

    110. Le Soleil du monde spirituel apparaît à une certaine distance des anges, parce que le Divin Amour et la Divine Sagesse sont reçus par eux dans le degré de chaleur et de lumière qui convient à leur état. Car l'ange, parce qu'il est créé et fini, ne peut recevoir le Seigneur dans le premier degré de chaleur et de lumière, tel qu'il est dans le Soleil, car alors l'ange serait entièrement consumé. Le Seigneur est donc reçu par eux dans un degré de chaleur et de lumière correspondant à leur amour et à leur sagesse. Voici un exemple pour illustrer ce qui précède : Un ange du dernier Ciel ne peut monter vers les anges du troisième Ciel, car s'il le fait et entre dans leur ciel, il tombe comme en défaillance, et sa vie est comme en lutte avec la mort, parce que chez lui, le degré d'amour et de sagesse est moindre, et que la chaleur de son amour et la lumière de sa sagesse sont dans ce même degré. Que serait-ce alors si un ange montait jusqu'au soleil et entrait dans son feu ?

    Les différences de réception du Seigneur par les anges font aussi que les cieux apparaissent distincts entre eux. Le Ciel suprême appelé troisième ciel, apparait au-dessus du second et celui-ci au-dessus du premier. Les cieux ne sont pas distants l'un de l'autre mais ils semblent l'être, car le Seigneur est présent chez ceux qui sont dans le dernier ciel, comme Il l'est chez ceux qui sont dans le troisième. Ce qui cause l'apparence de la distance n'est pas dans le Seigneur, mais dans les sujets qui sont les anges.

    111. L'idée naturelle ne peut facilement saisir qu'il en est ainsi, parce qu'en elle il y a l'espace ; mais l'idée spirituelle, dans laquelle sont les anges, peut le saisir, parce qu'en elle il n'y a pas d'espace. Néanmoins, on peut comprendre par l'idée naturelle que l'Amour et la Sagesse, ou ce qui revient au même, que le Seigneur qui est le Divin Amour et la Divine Sagesse, ne peut s'avancer par des espaces, mais qu'Il est en chacun selon la réception. Dans Matthieu XXVIII, 20, le Seigneur enseigne qu'Il est présent chez tous ; et dans Jean XIV, 23, qu'Il fait sa demeure chez ceux qui L'aiment.

    112. Mais cela ayant été confirmé par les cieux et par les anges, peut être considéré comme d'une sagesse trop élevée ; néanmoins il en est de même pour les hommes. Les hommes, quant aux intérieurs de leur mental, sont réchauffés par le Soleil du monde spirituel et sont éclairés par sa lumière, en tant qu'ils reçoivent du Seigneur l'amour et la sagesse. A la différence des anges qui sont seulement sous ce Soleil les hommes sont non seulement sous ce soleil, mais aussi sous le soleil du monde ; car les corps des hommes ne peuvent exister ni subsister que sous l'un et l'autre soleil ; il en est autrement des anges qui ont des corps spirituels.