Le XIVè siècle,

Temps de saint Roch de Montpellier

N

os amis italiens pourraient croire que Saint Roch est un des leurs, tant leur vénération surtout dans le Sud de l'Italie mais aussi à Voghera en Lombardie est toujours vivace et populaire. Le parcours de la vie du Saint explique la grande ferveur des italiens pour ce jeune saint laïc languedocien

   Toutes les biographies primitives italiennes mentionnent que « San Rocco »est né à Montpellier. Il est donc bien français ou plus exactement Languedocien. Nous sommes au XIVè siècle et si le Royaume de France s'étend à ce qui fut l'Occitanie, notons que Montpellier ne fut rattaché au Royaume qu'en 1349. C'est l'époque à laquelle les dernières études des historiens français et italiens situent la naissance de Roch. Une fourchette entre 1348-1350,aucun documents historiques ne venant attester ce moment. En fait, rien n'est clairement authentifié dans la vie de ce jeune languedocien. Même les biographies primitives dont celle de Diedo, qui si elle donne les dates reprises traditionnellement jusqu'à nos jours, ont été « revues et corrigées » par les spécialistes du XXè siècle qui en ont montré les incohérences historiques. Généralement on s'accorde aujourd'hui pour reconnaître que Roch est né vers la moitié du XIVè siècle. Par contre les historiens discutent encore si Roch est son nom ou son prénom. Si c'est son prénom, il serait possible qu'il s'appelle Roch Delacroix. Si c'est son nom, son prénom serait peut-être Jean. Mais ici comme précédemment toutes les conjectures sont possibles puisque rien ne les confirme !

   En Italie, « San Rocco » demeure parmi les cinq saints les plus vénérés après Saint François d'Assise, Saint Antoine de Padoue, Padre Pio et Don Bosco ! En France, si le culte s'est estompé, on observe qu'il fut tout aussi populaire jusqu'à la fin du XIXè siècle vu le nombre,d'églises, de chapelles, d'oratoires, de prisons, d'hôpitaux, de cimetières, de rues qui portent son nom. Il en découle une abondante iconographie qui contraste avec le manque d'éléments historiques de sa vie.
 
 

Identification de saint Roch


   L'Eglise catholique romaine a consacré Roch de Montpellier saint Patron protecteur et guérisseur des maladies contagieuses en raison de son charisme auprès des exclus de son temps : les pestiférés. Antérieurement à lui, c'étaitpar l'intercession deSaint Sébastien que les malades de la peste adressaient leurs suppliques à Dieu. La Vierge a toujours eu une grande importance dans les secours pour les malheureux pestiférés.

   Comment identifier Saint Roch qui est un pèlerin par rapport notamment à St. Jacques. Il suffit de repérer les éléments caractéristiques suivants :
 

(Statue église de Rouffiac - Tarn -) 

Roch est en habit de pèlerin « romieu ». 

Il est allé en pèlerinage à Rome sur les tombes des Apôtres Pierre et Paul, morts au nom de leur foi pour le Christ ressuscité. 

Le pèlerin de saint Jacques de Compostelle porte le signe de la coquille, le signe du pèlerin à Rome : les clés de saint Pierre, celui du pèlerin de Jérusalem : les palmes. Ceci dit, on représente souvent saint Roch avec la coquille car à la fin du Moyen-Age elle est devenue le signe de tous les pèlerins.

Roch tient dans la main le bâton du pèlerin, le « bourdon ». 
Il a parfois une besace, parfois la cape du pèlerin : la pèlerine ; souvent le chapeau du pèlerin. 
Signes plus caractéristiques : un chien à ses côtés portant parfois dans sa gueule un pain; un ange lui soignant la plaie (peste) de sa jambe qu'il présente en relevant un morceau de son vêtement. 

Quelquefois la croix qu'il marque sa poitrine dès sa naissance est représentée soit sur le corps ou à l'extérieur sur le vêtement. 

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Biographies primitives et récentes
   Dans "Histoire des saints et de la sainteté chrétienne" (Hachette), André Vauchez, Directeur de l'École Française de Rome, écrit : « Peu de saints ont été aussi célèbres que saint Roch, en Occident, entre le XIV et le XVIIè siècle, période qui vit la diffusion de son culte dans tous les pays d'Europe… Héros cultuel canonisé par l'image et la légende, Roch est le produit d'une époque -la fin du Moyen-Age-- où le peuple était encore créateur de saints. Dans la vénération qui entoura son nom, s'est exprimée l'angoisse des hommes de ce temps, face à la maladie et à la mort qui les avait miraculeusement guéris de la peste en lui conférant le pouvoir d'en délivrer ceux qui se placeraient sous sa protection. Contemporains de la peste noire et de la danse macabre, saint Roch fut, avec la Vierge de Miséricorde, l'ultime recours d'une humanité décimée par la grande épreuve et qui aspirait à retrouver la paix du corps et celle de l'esprit ».
   La plus ancienne mention connue à ce jour de saint Roch se trouve dans les archives communales de la ville de Voghera (Italie) où une autorisation écrite des échevins permet l'organisation d'un marché sous la protection de saint Roch en 1382 ! Notons qu'elle est italienne, et à partir des hypothèses des chercheurs du XXè siècle, daterait entre 3 et 6 ans après la mort de Roch. C'est une preuve qui vient appuyer les déductions récentes des spécialistes qui confirment la mort de saint Roch en Lombardie.
   Au cours du XVè siècle s'échelonnent plusieurs biographies primitives de saint Roch. Acta Breviora d'un anonyme latin remonterait aux années 1420/30. L'auteur serait contemporain de saint Roch et aurait écrit peu après sa mort. Vie de saint Roch, de Diedo paraît à Venise en 1483. Il est le seul à fixer les dates de la naissance et de la mort de Roch, elles-mêmes remises en question par les auteurs des documents critiques du XXè siècle. Historica ex-italica, traduit d'un original en italien populaire et imprimé à Nuremberg en 1484. Vita sancti Rochi, d'Hercules Albiflorius édité en 1494. Vie de Saint Roch, par Jean de Pin paru à Venise et à Paris en 1516. Diedo et H. Albiflorius mentionnent tous deux avoir établi leurs biographies d'après un livre en langue populaire italienne.

   Parmi les historiens français récents, qui ont étudié de façon critique, sérieuse et objective les récits sur Saint Roch : Maurice Luthard ; Augustin Fliche ; François Pitangue. Leurs contributions permettront d'extraire le saint d'un contexte établi pour édifier les fidèles sans grand souci d'objectivité, pour le replacer dans une trame historique possible, concordante. Ces travaux du XXè siècle montreront l'inadéquation de certains biographes primitifs avec le contexte historique. Principalement Didéo qui en donnant des dates précises, très souvent reprises, se place de fait dans l'impossibilité de la réalisation historique de faits qu'il rapporte. André Vauchez qualifie sa chronologie "d'inacceptable". Selon l'historien italien AM Maurino, saint Roch aurait vécu entre 1345 et 1376. Pour le français Augustin Fliche entre 1350 et 1379. On a certainement avec cet éventail de dates mieux fait cadrer l'histoire du saint avec la réalité historique.

 
Le XIVè siècle, un temps d'épreuves


   Le XIVè siècle où vécu Roch de Montpellier est un siècle charnière entre un Moyen-Age qui n'en finit pas et une renaissance qui n'est pas encore là, mais dont les prémices surtout en Italie vont peu à peu renouveler les sociétés. En fait, cette période est entrain de vivre le déclin de la féodalité . Peu à peu la notion d'Etat se concrétise, non sans drames et conflits. On leur donnera une apparence religieuse qui sera prétexte politique pour annexer une région ou une province. Ce fut le cas en Languedoc avec le phénomène religieux cathare. Se superposent à ces « fractures » internes, les dissensions entre Anglais et Français qui à partir de 1337 ouvrent par intermittences des guerres successives qui dureront cent ans. La Papauté se replie à Avignon dès 1309.Clément V dissout l'Ordre du Temple, par cet acte, il ratifie une décision purement politique du Roi de France.
   Deux étés de pluies diluviennes en 1315-1316, entraînent de grandes années de famines entre 1315-1317. Dans ce concert de catastrophes déjà important, voici que l'Europe va connaître la plus grande épidémie de tous les temps : la Grande Peste Noire de 1348. On estime qu'un tiers de la population en Occident est décimée (soit au moins 25 millions de personnes). Dans le contexte religieux du Moyen-Age, beaucoup croient que c'est la fin du monde : Dieu veut en finir avec ces hommes qui ne font pas sa volonté ! Des bandits vont devenir saints, des gens « bien » vont se dévoyer ! La médecine est totalement inefficace : les « saignées » tuent un peu plus de monde et la thériaque que ce soit celle des pauvres ou des riches n'a rien de miraculeux. Un seul remède prescrit : la fuite ! Mais en ce temps là, seul les Seigneurs ont des « résidences secondaires ». Dès lors, la « Mort subite » devient le fait majeur d'une société qui connaissait bien la mort mais à travers force préparation. Or là , elle devient quelque chose qui frappe subitement et en trois jours peu emporter chacun. Le rituel catholique préparait les fidèles à « bien mourir », mais depuis les épidémies de peste plus le temps de se mettre en bonne disposition pour le paradis ! Surtout lorsque le pénitent atteint de la peste contamine son confesseur et que tout deux se retrouvent pour ainsi dire subitement guéris dans l'Au-delà ! La notion du « purgatoire » va particulièrement être mise à l'honneur par l'Eglise en ces temps d'embarquement immédiat pour l'autre monde. Les liens sociaux sont rompus, toutes les couches de la société sont atteintes. Culturellement et économiquement ce fut un choc inouï et fatal pour le monde médiéval. Beaucoup d'aspects doloristes voire morbides du catholicisme viennent de cette époque. Les gens de ce temps s'identifient au Christ souffrant, les Pieta fleurissent. La Mort n'est plus du tout « la soeur » dont parlait Saint François, elle est vue et représentée dans son aspect le plus repoussant, cadavres putréfiés, écorchés vifs, « Danses macabres », etc…. La religion joue un rôle énorme au coeur de la société médiévale. Le XIIIè siècle voit un réel renouveau avec Saint François d'Assise et Saint Dominique, face à des hérésies qui viennent prendre la place d'un manque de réponses spirituelles et de charité d'un clergé mal formé et d'une hiérarchie privilégiée. Le XIV° siècle va cependant entendre les voix de deux femmes charismatiques qui vont crier aux plus grands de leurs temps Rois et Papes, leurs quatre vérités : Sainte Brigitte de Suède (1303-1273) et Catherine de Sienne (1347-1380). Certains de bonne volonté comme le Pape Urbain V essayeront en vain de remettre le siège apostolique à Rome. Il faudra la crise du Grand Schisme pour rétablir la Papauté à Rome.
   Tout les hommes de ce temps vont être confrontés au terrible fléau de la peste, dont on ne sait pas se protéger, car à l'époque on se sait rien de sa cause et de sa propagation et de fait comment lutter contre.

 
 

Le visage de la mort subite :

la peste


   Dans les villes insalubres, les populations sous-alimentée résistent mal aux épidémies de peste, qu'une médecine balbutiante se révèle incapable d'enrayer. De 1347 à 1349, suivant les grands axes commerciaux, la maladie se propage jusqu'en ile de France, où elle ravage Parie de 1348 à 1349. Présente en Europe centrale dès 1347, elle gagne les Pays-Bas et l'Angleterre, puis l'Ecosse et les pays scandinaves en 1350. Paris doit subir ses attaques récurrentes en 1361-1362, alors que la peste des enfants s'abat, particulièrement sévère, sur le Languedoc en 1363. Certains préfèrent fuir, comme les personnages du Décaméron de Boccace. D'autres se murent chez eux. Prince ou serf, riche ou pauvre, nul n'est épargné par le fléau.
   Apparue dès le haut moyen-âge (entre 400 et 900) en Europe et dans les principautés belges, la peste disparaît de manière inexpliquée au VIII° siècle. Après une absence de quatre siècles la planète toute entière va connaître quasiment 400 années d'épidémies de peste qui se renouvelleront de 1348 à 1721 avec une cadence plus ou moins constante de 3 à 4 épidémies par siècle écoulé.
   Apparue en Asie centrale en 1337, elle laisse treize millions de morts après son passage en Chine. En 1347, elle détruit l'armée de la Horde d'Or (les mongols) qui assiégeaient les génois dans Caffa en Crimée. De là, l'épidémie se propage en Sicile pour atteindre en 1348 la France et l'Espagne ; en 1349 elle se répand en Allemagne, en Europe centrale, puis en Angleterre.

   La peste de 1348, appelée couramment peste noire ou bubonique à défaut d'être transmise par contacts directs avec le malade contaminé, est transmise et transportée par les puces des rats qui logeaient dans les cales des navires. C'est pourquoi les villes portuaires furent les premières atteintes par la maladies.

   Grâce aux écrits de Guy de Chauliac, médecin à Avignon nous pouvons connaître les manifestations cliniques de la peste noire au moyen-âge :

 la peste bubonique : transmise par la puce du rat. Le malade meurt dans les cinq jours qui suivent la piqûre. On note des cas où des patients survivent et réussissent à vaincre cette forme pathologique de la peste. Elle se manifeste par une violente fièvre accompagnée de l'apparition d'abcès noirâtres (le sang infecté se répandait sous la peau) au niveau des aisselles et de l'aine.

 la peste pulmonaire : transmise par le contact humain, le malade meurt dans les trois jours qui suivent la contamination. Violente fièvre accompagnée de crachements de sang. Ce sont les expectorations qui contaminent.

 Il existe une troisième forme : la peste septicémique : symptôme cérébraux importants et hémorragiques diffus.

   Au moyen-âge la peste est vécue comme une punition divine. Cependant on cherche vite des boucs-émisssaires : ce sont les sorcières accusées de pactiser avec le Diable et les juifs accusés d'empoisonner les puits. Les deux catégories sont victimes d'extrèmes violences : on les brûlent.

   Pour lutter contre l'épidémie, l'Eglise prône auprès des fidèles la pénitence, la prière pour apaiser la colère divine. Des messes, des pèlerinages, sont organisés. Les fidèles ont recours aux saints : on implore la Vierge Marie, saint Sébastien (martyr chrétien, enterré sur la via Agrippa aux côtés de saint Pierre, son corps fut transféré à Pavie quatre siècles plus tard. La peste s'arrêta au moment où l'on dressa un autel en son honneur). On organise aussi des processions, ont fait des voeux à la Vierge, on brûle des cierges qui ont parfois comme à Montpellier la longueur du périmètre des remparts de la ville ! Apparaît le mouvement des « Flagellants ». Ils portent une robe sombre à capuchon sur laquelle ils apposent une croix rouge. Deux fois par jour, ils se rassemblent pour expier leurs fautes et leurs péchés en se flagellant publiquement. Ils veulent retrouver leur pureté originelle pour échapper à la maladie. Ils sont condamnés par une bulle du Pape et disparaissent progressivement.

   Pour éviter les mouvements de panique les enterrements ont lieu la nuit. On ne sonne pas les cloches. On enterra de moins en moins dans les cimetières proches des églises à l'intérieur des remparts. On creusera des fosses à l'extérieur, les corps sont recouverts de chaux vive ou brulés. Les fossoyeurs s'exposent en permanence à la maladie. Personne ne veut rendre ce service, ils sont payés très chers ou bien on va chercher de force ceux qui purgent une peine de prison.

   Chaque « médecin » avait son explication de la maladie et ses recettes. Surtout des breuvages, notamment la thériaque. Celle des riches devaient probablement soulager des souffrances car elle contenait de l'opium. On ouvre cependant les abcès et on les cauterise.

   La peste noire marque les esprits et provoque un profond traumatisme économique, social, religieux et culturel pour les gens du XIV° siècle. Avec les deux guerres mondiales du XX° siècle, elle demeure l'une des plus grandes catastrophes démographiques de l'histoire de l'humanité.

   Il faut attendre la fin du XIX° siècle pour qu'une solution médicale réellement soit mise au point contre la peste. 1890 : un jeune chercheur du tout nouvel Institut Pasteur, Alexandre Yersin (Français d'origine Suisse. 1863-1943) est envoyé à Hong kong où la peste fait des ravages.

   1894 : avec un courage inouï, il prélève pour ses expériences des bubons sur des cadavres de pestiférés. En les étudiant au microscope, il constate la prolifération de microbes en forme de bâtonnets, découvrant ainsi le bacille de la peste. Il met au point un vaccin antipesteux qui sauve de nombreuses vies humaines. Yersin met également en évidence le rôle des rats dans la transmission de la maladie.

   1898 : un autre élève de l'Institut Pasteur, Paul-Louis Simond (né à Valence, dans la Drôme en 1858) découvre, lui, le chaînon manquant dans la transmission entre le rat et l'homme : la puce. « Ce jour là, 2 juin 1898, j'éprouvais une émotion inexprimable à la pensée que je venais de violer un secret qui angoissait l'humanité depuis l'apparition de la peste dans le monde ».

   La dernière grande épidémie de peste date de 1910 en Mandchourie (50000 morts) et en Inde en 1994.

   Voici la conclusion de l'excellent ouvrage de J. Brossollet et H. Mollaret (1) : « La peste demeure une menace méconnue par beaucoup…. Trois éventualités sont connues : l'épidémie urbaine massive, l'apparition d'une résistance aux antibiotiques actuels et l'utilisation de la peste pour la guerre bactériologique. Loin d'être une maladie du Moyen Age dans la vieille Europe, la peste, que sa conservation dans le sol rend inéradiquable, est peut-être, hélas, une maladie d'avenir.

   Au cours du XX° siècle, la découverte des traitements antibiotiques, leur efficacité et le renforcement des mesures de santé publique ont réduit très fortement la morbidité et la mortalité dues à cette maladie, mais n'ont pas permis de la faire disparaître.

   La peste est aujourd'hui considérée comme une maladie « ré-émergente », une nette augmentation du nombre de cas étant observée ces dernières années. Yersinia pestis, transmise à l'homme par les puces, est probablement la bactérie la plus pathogène chez l'homme : très peu de bacilles suffisent à tuer un individu en quelques jours. En l'absence de traitement, la peste bubonique est mortelle dans 70% des cas, généralement en une semaine, et la peste pulmonaire dans 100% des cas en deux ou trois jours. Si le traitement actuel est efficace, une première souche du bacille de la peste multi-résistante aux antibiotiques a cependant été décrite par des équipes pasteuriennes en 1997. Il convient donc de rester vigilant face à l'évolution de cette maladie et tout l'environnement qui pourrait en favoriser son développement et sa propagation.
 
 

(1) Pourquoi la peste ? le rat, la puce et le bubon. Jacqueline Brossollet et Henri Mollaret. Découvertes Gallimard. 1994.
 
 

De la peste à… l'Amour

 Saint Roch de Montpellier

Jeune pèlerin-mèdecin

Roch, enfant de l'amour, de la prière et de la croix

   Jean et Libère font partie de la riche bourgeoisie de la ville de Montpellier. Les pauvres se plaisent à exalter leur générosité, les étrangers leur bonne hospitalité et tout le monde leur ardente dévotion. Grand est leur amour conjugal, que la foi en Dieu unifie et fortifie spirituellement ! Leur plus cher désir est que ce bonheur soit couronné par la venue d'un enfant. Mais Dieu met leur patience à l'épreuve

   Durant des années, dans la prière fervente par l'intercession de la Vierge Marie, en l'église Notre-Dame des Tables, ils se préparent à l'événement.

   Leur prière finit par toucher le coeur de Dieu et, vers 1350, Libère met au monde un bel enfant. Curieusement, Roch porte sur la poitrine une marque rouge en forme de croix, présage d'une vocation particulière au dévouement et au sacrifice.

   Pendant son enfance, ses parents lui parlent souvent des ravages occasionnés par la peste de 1348 : sur les 12 consuls de la ville, il n'en reste que 3 ! Chez les Dominicains, sur les 140 frères, seulement 8 survivent...

   Lors de l'épidémie de 1361, Roch assiste à l'atroce hécatombe. Pendant trois mois, près de 500 personnes meurent chaque jour.

   Partout il rencontre des petits orphelins qu'il ramène à la maison pour être nourris, soignés, hébergés...

   En s'endormant le soir, Roch tourne son coeur vers Celui qui a dans ses yeux toute la Lumière du monde et il lui dit : « Jésus, donne-moi la force, lorsque je serai homme, d'affronter ce terrible fléau ! Je veux être médecin pour aller vers ceux que tout le monde fuit. Je les soignerai et, par ta grâce, ils seront guéris... »

   Son physique attachant, son tempérament doux, sa perpétuelle bonne humeur, sa constante joie de vivre,le font aimer de tous.

   Ivre de joie de se savoir lui-même aimé d'un amour fou par Quelqu'un, il chante les toutes-dernières cantilènes apprises des troubadours, des baladins et des jongleurs qui passent dans la capitale du Languedoc.
 
 

Roch adolescent :

 devenir pauvre pour servir les pauvres !


   Quand on a quinze ans au XIVème siècle, on a l'âge d'homme. Si beaucoup de garçons de son milieu et de son âge rêvent d'être professeurs de Droit, chirurgiens ou chevaliers, lui a choisi d'aider, de réconforter, de consoler ses frères exclus.

   D'ailleurs, les événements vont bientôt se charger de précipiter les choix faits dans le secret de son coeur.

   Avant de mourir, le père gravement malade confie à son fils : « Roch, mon cher enfant et mon seul héritier ! Je vais quitter cette vie mortelle, dans l'espérance d'avoir part au Royaume des cieux. Mon très doux enfant, voici ce que je te recommande : mets-toi au service du Christ ! Sois bon pour les pauvres, multiplie les aumônes, visite et soigne les malades, ce sont les frères de Jésus ! »

   Terrassé par une forte fièvre, Jean rend son âme à Dieu, suivi peu après par Libère.

   Âgé de quinze ans, Roch a reçu de ses parents le modèle de l'amour chrétien, le témoignage de leur charité, authentique incarnation de leur foi rayonnante. Ils ont été pour lui la première école de sainteté.

   Maintenant c'est le passage à l'acte. Il lui faut entreprendre ce qu'il porte depuis si longtemps dans son coeur : servir ses frères souffrants, les soigner, prier pour eux.

   Il ne faut pas omettre de dire que Montpellier possède depuis 1141 des écoles de médecine et de droit, puis en 1289 une université où, plus tard, Rabelais viendra y étudier. Sa faculté de médecine est la plus ancienne et la plus prestigieuse d'Europe. Là, Roch y côtoie les plus célèbres chirurgiens et apothicaires du temps.

   Peu à peu, Roch prend ses dispositions en vue du partage de ses biens. En secret, il vend tout ce qu'il peut et en distribue le prix aux jeunes femmes pauvres, aux veuves, aux cloîtres et aux hôpitaux. Il cède ensuite à un frère de son père le reste de ses biens et tous ses droits à la succession paternelle.

   L'âme libérée des richesses de ce monde, Roch choisit d'aller louer Dieu à Rome, sur les tombeaux des saints apôtres Pierre et Paul. Après avoir obtenu les autorisations des autorités ecclésiastiques et civiles, arrive le jour de l'envoi du pèlerin, sanctifié par une bénédiction particulière de l'Église.

   Le prêtre consacre la besace : « Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, reçois cette besace, insigne de ta pérégrination aux tombeaux des saints apôtres Pierre et Paul, où tu veux te rendre. Et qu'ayant achevé ton voyage, tu nous reviennes en bonne santé et joyeux, par la grâce de Dieu qui vit et règne dans les siècles des siècles ! »

   Puis il consacre le bourdon :

« Reçois ce bâton, réconfort contre la fatigue de la marche dans la vie de ton pèlerinage, afin que tu puisses vaincre toutes les embûches de l'Ennemi et parvenir en toute tranquillité aux tombeaux des saints apôtres Pierre et Paul. Et que, le but atteint, tu nous reviennes avec la joie, par la grâce de Dieu ! »

   Enfin le prêtre lui remet l'habit traditionnel du pèlerin « romieu » : le chapeau rond à larges bords, droits et relevés, et la cape.

   Largement ouverte par devant, avec parfois un capuchon, elle couvre le corps tout entier jusqu'aux pieds. C'est la pèlerine.

   Roch a quitté ses habits de jeune nanti. Pour aller à la suite du Christ pauvre, le voici maintenant revêtu de ceux du pèlerin.

   Avant de quitter Montpellier, Roch se rend à l'église Notre-Dame des Tables, prier la Vierge Marie. Il se souvient que Libère lui avait souvent raconté que, avec Jean, c'était devant la Mère de Miséricorde qu'ils avaient demandé à Dieu un enfant... À elle encore aujourd'hui, Roch vient confier ses pèlerinages : celui de Rome et celui de toute sa vie !

   Comme tous les pèlerins du Moyen Âge, il trouvera sur le parcours des « hospices », « hospitals » « aumôneries » ou « maisons-Dieu », souvent édifiés hors les murs des remparts des villes. Ainsi, même après la fermeture des portes de la ville, les pèlerins y trouvent le gîte, le vivre et le couvert. Il faut rappeler qu'au Moyen Âge, l'accueil du pèlerin est une des cinq oeuvres de miséricorde.

 
Roch, jeune pèlerin de Dieu, secours des malades


   Sur son périple qui le conduit à Rome, le jeune Montpelliérain fait étape à Acquapendente, en Toscane, fin juillet

   Cette région d'Italie est alors ravagée par une effroyable épidémie de peste qui décime la population. Là, il demande le chemin de l'hôpital.

   Il y est reçu par un nommé Vincent. Ému par son jeune âge, ce dernier tente de le dissuader d'entrer dans ce lieu où sévit la contagion. Mais Roch insiste : n'est-ce pas là que sont ses frères en Christ ? La porte s'ouvre enfin...

   Dès le lendemain, Roch se fait infirmier et serviteur de tous. Comme les chirurgiens le lui ont appris, il ouvre les abcès à la lancette, essuie et nettoie les plaies. Puis il prie et trace le signe de la croix en invoquant Dieu, Trinité Sainte, pour la guérison du malade : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! »

   Roch sait qu'il n'est que l'humble instrument de la puissance régénératrice du Dieu de bonté qui guérit (1)
.

   Après l'hospice, il va visiter et soigner les malades de maison en maison. Il reste trois mois dans cette ville, jusqu'à ce qu'elle soit délivrée de l'épidémie. Mais au lieu de repartir directement vers Rome, il se rend à Césène en Romagne. Là, il se fait à nouveau infirmier et consolateur des mourants. Après son passage, beaucoup sont guéris.
 
Rencontre du Pasteur de l'Église et de Roch


   Roch arrive à Rome au début de l'année 1368. Il va trouver le responsable de la Sacrée Pénitencerie qui lui confère le sacrement de pardon, avant de recevoir le Corps du Christ. L'ecclésiastique lui demande sa prière afin d'être préservé de la peste.

   Roch l'assure de son intercession, s'avance et, pour le préserver de la contagion, trace le signe de la croix sur son front du prélat contrarié. Marque qui restera indélébile...

   Soucieux de se ménager la protection du saint thaumaturge, le clerc lui obtient une audience avec le pape Urbain V.

   Urbain V, ancien Abbé de la Congrégation bénédictine de Saint-Victor de Marseille, avait enseigné les disciplines du Droit à Montpellier, Toulouse et Paris. Ordonné évêque le 6 novembre 1362, puis intronisé Pape en Avignon par le Cardinal de Maguelonne, son plus cher désir fut de ramener la papauté à Rome. Il fallait en effet une personnalité exceptionnelle pour présider aux destinées de la chrétienté, en cette époque si sombre de son histoire : guerres dévastatrices, grandes compagnies, famines et épidémies.

   Le retour - hélas temporaire ! - de la papauté à Rome était signe d'une volonté de retrouver toute une dimension spirituelle (2).

   Lorsque Roch s'avance et s'agenouille devant le Pasteur universel de l'Église, celui-ci plein d'admiration lui dira : « Il me semble que tu viens du paradis ! »

   À nouveau, s'entredéchirent les factions romaines. Les princes italiens menacent sans cesse le pouvoir d'Urbain V qui va devoir quitter Rome pour retourner en Avignon.

   Roch lui aussi va quitter cette ville où il est resté trois ans. Il sait que les provinces italiennes qu'il va traverser pour regagner son pays natal sont toujours la proie du fléau, mais qu'importe ! Conscient du charisme reçu de Dieu, et dans son ardente charité, il veut secourir ses frères malades.
 

Une blessure providentielle d'amour


   Sur le chemin du retour, Roch passe par Rimini et retourne à Plaisance où sévit la peste. Il se rend à l'hôpital Notre-Dame de Bethléem, où il soigne les malades atteints de cette maladie. Une nuit, alors qu'il dort profondément, il fait un songe : une voix lui annonce qu'il va à son tour souffrir du mal contagieux dont il soulage autrui.

   Roch se réveille au matin, le corps en feu. La fièvre brûle sa peau et l'étreint férocement. Le haut de sa cuisse le fait horriblement souffrir. Le jeune pèlerin se réfugie dans la forêt de Sarmato toute proche, et, paisible, attend de rencontrer son Seigneur...

   Pour étancher sa soif intense, le Ciel fait alors jaillir une source d'eau vive du rocher où il s'est réfugié. Il s'y désaltère à grands traits, louant la Providence secourable. Après l'eau, elle placera près de lui un animal, fidèle compagnon de l'homme.

   Notre ami le chien va être à l'origine d'une belle amitié et d'une conversion de son maître à Jésus-Christ. Le Seigneur ne se sert-il pas de ses créatures et même de sa création pour le bonheur et la sanctification de l'homme ?
 

Une amitié en Christ :

 Roch, Gothard et le chien charitable


    Ayant trouvé refuge dans une anfractuosité naturelle du rocher, Roch se désaltère et lave sa plaie avec l'eau fraîche de la mystérieuse source.

   Non loin de là, habite Gothard Pallastrelli. Il a quitté sa riche demeure de Plaisance pour se préserver de l'épidémie, et il habite dans sa villa, près de la forêt de Sarmato. Depuis quelques jours, il a remarqué qu'un de ses chiens - un jeune épagneul noir et blanc, avec la queue en trompette - saisit dans sa gueule du pain à sa table et l'emporte au dehors. Mais où court-il ainsi ? Intrigué par son manège, Gothard suit le chien et découvre Roch...

   À la vue de ce jeune homme en si grand dénuement, le coeur de Gothard est ému. Il s'approche de l'inconnu et lui demande qui il est et de quoi il souffre.

   « Je suis un pestiféré, répond Roch, c'est pourquoi je te demande de partir, car tu risques d'être contaminé, toi aussi... »

   Gothard retourne dans sa villa, en méditant sur ce qu'il a vu. Au fait, son chien n'est-il pas plus charitable que lui ? Il a honte de sa lâcheté et décide de revenir auprès du jeune malade.

   Surpris, Roch voit dans ce retour la volonté de Dieu. Il accepte à ses côtés le riche seigneur qui se fait alors serviteur du pauvre pèlerin. Craignant la contagion et ne voulant pas épouvanter les siens, Gothard décide de ne pas retourner chez lui.

   Mais voici que le chien n'apporte plus de nourriture aux deux amis. Le seigneur est inquiet : « Comment allons-nous faire pour trouver à manger ? », interroge-t-il.

   - « Prends ton manteau, et va quêter dans les environs », répond Roch.

   Humiliation sans nom pour ce haut personnage, notoirement connu ! Cependant, encouragé par Roch, il part quêter pour l'amour de Dieu...

   Devant chaque porte, il tend la main. Mais la besace reste vide, alors que pleuvent à profusion refus, injures et mauvais traitements. Paradoxalement; il accueille toutes ces épreuves avec un bonheur qu'il n'avait encore jamais connu dans les plaisirs de ce monde.

   Enfin, après une longue course, il rapporte au malade tout juste deux petits pains. Mais Roch se réjouit de savoir que son bienfaiteur a souffert pour l'amour de Jésus-Christ.

   Dès lors, ils partagent le quotidien. Roch explique au jeune seigneur la Sainte Écriture et lui enseigne la toute-puissance et la miséricorde de Dieu. Comme le Précurseur Jean le Baptiste, il évoque la pénitence, et comme le Christ, il rappelle le pardon de Dieu. Du fond du coeur, il désire que son ami rencontre le Christ et sa Bonne Nouvelle. Aussi prie-t-il dans le silence et la solitude de la forêt de Sarmato.

   Voyant son ami vivre ce qu'il enseigne, Gothard désire lui aussi connaître la vie toute simple, toute sobre de pèlerin du Christ.

   Un jour, tandis que Gothard revient de la ville et regagne la cabane, il entend une voix appeller : « Roch ! » La voix mystérieuse annonce au jeune malade qu'il est guéri et qu'il doit reprendre le chemin de sa patrie.

   C'est ainsi que Gothard découvre enfin le nom de celui qui avait désiré rester un pèlerin anonyme, un serviteur inutile.

   Arrive alors l'heure de la séparation dans une douleur réciproque. Mais dans les yeux et le coeur de Roch rayonne la joie d'avoir été témoin de la conversion de son bienfaiteur à la foi en l'unique Bon Pasteur.

   Miraculeusement guéri, Roch reprend sa marche en direction de l'Hérault.

   Mais ce sera en fait un chemin de croix vers le Ciel : de la souffrance vers la Vie, de la mort à la Résurrection !
 

Prisonnier des hommes, libre pour Dieu

   Traversant la Lombardie en direction de la province d'Angera, aux environs de Voghera, Roch est arrêté par des soldats qui le prennent pour un espion à la solde du Pape.

   Conduit devant le gouverneur pour être interrogé, il déclare être un humble serviteur de Jésus-Christ, et demande à ce titre qu'on le laisse passer son chemin. Cette réponse jugée équivoque, il est jeté dans un cachot. Cette épreuve est un purgatoire où il va souffrir avec patience, dans l'abandon et la prière, les cinq dernières années de sa vie.

   Aussi saint Roch est-il le secours des prisonniers, des condamnés, des oubliés de ce monde. Car jamais le jeune Montpelliérain n'a décliné sa véritable identité qui aurait pourtant pu le sauver, le gouverneur étant son oncle maternel.

   Fidèle qu'il fut à rester jusqu'à la fin le pèlerin inconnu, humble et pauvre.

   Pressentant que le Ciel l'appelle à quitter la terre, pour le grand pèlerinage vers son Seigneur, Roch fait demander un prêtre au gardien de la prison, pour recevoir le sacrement du pardon.

   L'Ange de Dieu qui le réconforte en ses derniers moments lui dit : « Roch, humble et loyal serviteur de Jésus, je suis envoyé à toi de la part de Dieu le Père tout-puissant, afin que tu lui présentes ton âme. Mais avant, fais-lui une requête, car de lui tu obtiendras ce que tu demanderas. »

   L'Ami de Dieu demande alors que tous ceux qui, au nom de Jésus et Marie, feront appel à son intercession, soient affranchis et délivrés de toutes maladies contagieuses.

   Vers 1379, le lendemain de la fête de l'Assomption de la Vierge Marie, Roch entre avec joie dans sa pâque éternelle.

   La veille, grâce à la croix rouge qui marque sa poitrine, son oncle - le gouverneur - et sa vieille grand-mère maternelle reconnaissent enfin l'illustre personnage dans l'anonyme prisonnier.

   D'après les « Acta Breviora » (auteur anonyme latin), un Ange inscrivit son nom en lettres d'or sur une tablette, auprès de son corps transfiguré. Y était aussi contenu comment Dieu avait accordé grâce à sa demande. À savoir : que tous ceux qui honoreraient avec foi et humilité le glorieux Saint seraient protégés des épidémies de maladies contagieuses.
 

Du coeur du peuple de Dieu à la gloire des autels

   À ce jour, aucun historien n'a pu - même approximativement - situer l'endroit où se trouverait le tombeau du Saint, et l'église que l'on y aurait construite, où immédiatement commença sa dévotion. Nous avons seulement le témoignage que sa fête était célébrée à Voghera, en
   À la fin du XVè siècle, les Vénitiens sont sans cesse éprouvés par l'épidémie de peste. Pour conjurer ce fléau, ils fondent des confréries dédiées au Saint, avec la vocation toute spéciale de soigner et d'ensevelir les pestiférés. Mais seules les reliques du saint thaumaturge leur paraissent être d'une protection vraiment efficace. Ils souhaitent donc les posséder pour la protection de leur cité. Selon une pratique fréquente à cette époque (3), ils décident de s'en emparer furtivement. L'enlèvement est opéré dans la nuit du 24 au 25 février 1485. En 1489, pour abriter ce précieux dépôt, Venise fait ériger un riche sanctuaire, qui sera décoré par les plus illustres artistes du XVIè au XVIIIè siècle.
   Au XVIè siècle, sur le Campo San Rocco, on élèvera un somptueux palais : la « Scuola di San Rocco », siège de la confrérie qui allait devenir un foyer artistique (oeuvres du Tintoret) et centre d'oeuvres charitables, activités qui perdurent jusqu'à ce jour.

   Dans les régions méditerranéennes où saint Roch a pèleriné, la dévotion des fidèles se porte de préférence vers les humbles ou bien les riches devenus pauvres par choix délibéré, et qui se sont distingués de leur vivant par leur charité, leur ascétisme, leur piété. Roch est de ceux-là !

  Même en l'absence de toute reconnaissance officielle, le bon-sens baptismal du peuple de Dieu a reconnu en Roch un témoin de Dieu proche des petits, des malades, des exclus. Par sa bonté, sa ferveur et son charisme de guérison, il conduisit à Dieu ceux qui étaient abandonné de tous.

   Son culte apparaît au début du XVè siècle et il se propage avec une telle ferveur populaire, qu'il est rapidement invoqué partout en Europe comme protecteur contre la peste et les maladies contagieuses.

   Sous le pontificat de Grégoire XIII, saint Roch est introduit dans le martyrologe romain à la date du 16 août. Il est alors fêté non seulement à Maguelonne - son évêché d'origine - mais jusqu'au Danemark. Enfin, Urbain VIII approuve solennellement son culte, le 26 octobre 1629.

 

Roch rayonne dans toute l'Europe et ailleurs...

   Comment ce jeune homme inconnu, qui n'a laissé ni parole, ni écrit, a-t-il pu être invoqué comme un saint dans tout l'Occident par vox populi, si peu de temps après sa courte vie ?

   Plusieurs facteurs ont contribué à la propagation de ce culte :

   - le charisme que Roch avait reçu pour guérir ses contemporains de la peste ; la grâce accordée par Dieu pour être le saint protecteur des maladies contagieuses ;-

   - ses premiers témoins : la foule de tous ceux pour lesquels il a demandé et obtenu la guérison : son ami et disciple Gothard, ceux qui ont accompagné son séjour en prison. Quarante ans après sa mort, le lien est fait entre le guérisseur de Plaisance et le prisonnier ;

   - la décision du concile de Ferrare qui, menacé en 1439 par une épidémie de peste, aurait prescrit des prières publiques pour demander l'intercession du Saint montpelliérain ;

   - la publication à une date inconnue de la première « Vie de saint Roch », en italien, traduite en allemand dès 1484. Un autre texte hagiographique d'un anonyme latin (fin XIVè ou début XVè siècle) sera traduit en français en 1494 par un Dominicain, Jehan Phélipot. En 1483, parut à Venise une « Vie de saint Roch » de François Dideo, professeur de Droit à Padoue ;

   - le transfert d'une grande partie des reliques du Saint de Voghera à Venise, en 1485 ; les relations commerciales de ce port avec toute l'Europe firent le reste...

   - le théâtre religieux contribue aussi à sa popularité : en 1493, on joue un « Mystère de monseigneur saint Roch »

   À Montpellier, sa ville natale, le culte de saint Roch fut assez lent à se mettre en place. Cela s'explique par le fait que la partie de la vie de Roch où sa sainteté s'est clairement manifestée par un charisme, se déroula en Italie où il mourut.

   Le chanoine Jean Segondy rattache la naissance du culte de saint Roch à Montpellier, au passage du missionnaire dominicain saint Vincent Ferrier, en 1408 et en 1416. Entre 1410 et 1420, la ville de Montpellier lui dédie une chapelle qui se trouvait au couvent des Dominicains.

   Une confrérie de Saint-Roch fut établie en l'église Notre-Dame des Tables, en 1661. Lors de la peste de Marseille, en 1720, il se fit à Montpellier des « processions, prières et jeûnes » pendant deux mois, le tout placé sous l'intercession de saint Roch.

   Le plus ancien Ordo du diocèse conservé - celui de 1616 - ne souffle mot de saint Roch qui, par contre, est mentionné dans l'Ordo de 1748. Il faut attendre 1817 pour voir la publication à Montpellier de la plus ancienne « Vie » du saint. L'actuelle église Saint-Roch a été construite en 1865 par l'Abbé Recluz.

   En 1832, une épidémie de choléra attire l'attention sur saint Roch, protecteur de la peste et des maladies contagieuses.

   C'est à la suite de l'impression d'un recueil intitulé « Prières à Jésus, à la Sainte Vierge et à saint Roch pour tous les jours de la semaine contre les ravages du choléra-morbus », que le clergé - c'est là un fait nouveau - va guider la piété des fidèles et encourager la dévotion.

   Aujourd'hui, chaque 16 août, la paroisse Saint-Roch de Montpellier fête son jeune pèlerin guérisseur dans un grand élan de ferveur populaire : messe chantée, vénération et procession des reliques à travers la ville.

   À Pont d'Ouilly (Calvados), un Grand Pardon de saint Roch se déroule chaque année, le dimanche qui suit le 15 août.

   En Lozère, un pèlerinage à saint Roch attirant des milliers de personnes a lieu tous les ans à L'Hospitalet de Lajo, près de Saint-Alban sur Limagnole (4).

   À Hergnies (Nord), l'Association des amis de Saint-Roch organise chaque année une procession en l'honneur de saint Roch.

Dans les pays du Tiers Monde christianisés aux temps modernes, le culte du pèlerin guérisseur atteste la permanence de la foi en son intercession victorieuse du mal.

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Vivre à Montpellier

au siècle de saint Roch...

   La ville. Elle est née en 985, de la vente d'un "manse" (5), et ses terres cultivables au premier seigneur de la dynastie des Guilhems. Ce manse se situait sur une colline entre l'antique Voie domitienne et la Route du sel, au Sud.

   Le développement économique de la ville fut assuré dès le IVè siècle par la foi des pèlerins qui se rendaient à Saint-Jacques de Compostelle. De même que la foi des Croisés allait ouvrir, à la fin du XIè siècle, une route nouvelle et importance. Du XIè au XIIIè siècle, une prospérité croissante attira une population nombreuse : 10 000 habitants fin XIIè siècle, 40 000 habitants début XIVè siècle.

   Dès 1090, une première enceinte de remparts fut dressée. L'expansion rapide de la ville nécessita, vers 1151, la construction d'une deuxième ceinture de remparts. C'étaient des murailles d'une épaisseur de deux mètres, hautes de sept à huit mètres. L'ensemble mesurait 3,8 km de pourtour, avec 25 tours de défense, hautes de 20 à 25 mètres.

   L'entrée de la ville pouvait se faire par huit portes à pont-levis avec herse. Les fortifications étaient entourées d'un grand fossé. À l'intérieur des remparts, la superficie de la cité était d'environ 40 hectares. La croissance de la ville obligea à construire des habitations hors-les-murs : couvents, hôpitaux, fermes, que l'on protégea par des sortes de palissades en bois.
 

De la dynastie des Guilhems aux Rois de France
   La dynastie des Guilhems (de I à IX) a administré la Seigneurie de Montpellier, de sa création jusqu'en 1204, où Pierre, roi d'Aragon, devient seigneur de la ville. Durant un siècle et demi, rois d'Aragon et de Majorque seront seigneurs de Montpellier. Le 18 avril 1349, Jacques II de Majorque (Jacques III de Montpellier) vend Montpellier au Roi de France, Philippe VI de Valois, pour la somme de 120 000 écus d'or. Désormais, la cité aura un "gouverneur" du Roi de France.
L'Université de médecine
   Début XIIè siècle, apparaît l'enseignement de la médecine. Dès 1123, on mentionne le premier médecin connu : il s'appelle André. En janvier 1180, Guilhem VIII promulgue les premiers statuts de l'enseignement universitaire à Montpellier. Il garantit la liberté d'enseigner pour tous, y compris les étrangers. Ces statuts sont élargis le 17 août 1220 par le Légat du pape Honorius III, le Cardinal Conrad. Ils spécifiaient que l'évêque de Maguelonne était à la tête de l'école de médecine. Le Chancellier, maître en médecine, faisait le lien entre l'université et l'évêché.
   « En 1289, l'université de Montpellier est constituée, avec une école de médecine, qui est la plus ancienne d'Europe après Salerne, une école de droit, un corps professoral, des statuts, une délivrance de diplômes dont la validité est reconnue partout : en 1289, en effet, le pape Nicolas IV accède à la demande de l'évêque de Maguelonne et accorde aux diplômes de Montpellier la même valeur que ceux de Paris. De fait, ils permettront d'enseigner dans les autres universités, ce qui n'était pas le cas auparavant (6). »
   Au Moyen-Âge, il n'existait pas de locaux propres à l'école de médecine. L'enseignement était privé. Les maîtres donnaient les cours à leur domicile. Les élèves choisissaient leurs maîtres, leur réglaient des honoraires pour avoir le droit de bénéficier de leurs connaissances et de leur expérience.

  L'enseignement théorique portait sur des oeuvres d'auteurs gréco-latins (Hippocrate, Gallien, etc), judéo-arabes (Avicenne, Isaac, etc), montpelliérains (Bernard Gordon, Arnaud de Villeneuve, etc).

   L'enseignement pratique consistait d'une part en visites de malades à domicile ; d'autre part, dans la rédaction des ordonnances dans les boutiques des apothicaires. Ce n'est qu'en 1340 que l'école de médecine eut un bâtiment où les professeurs purent donner leurs cours. À cette époque, ils étaient 25 pour 150 à 200 étudiants environ. Les réunions de professeurs se tenaient à l'église Saint-Firmin. Là et aussi à l'église Notre-Dame des Tables avaient lieu les examens de fin d'études.

   Un médecin-chirurgien des plus renommés de l'époque fut Gui de Chauliac. Né en 1300 à Mende, d'origine modeste, il fit ses études à Montpellier. Il écrivit un traité : « La grande chirurgie », fut médecin des papes Clément VI, Innocent VI et Urbain V. Lors des épidémies de peste noire de 1348 et 1360, il se trouvait en Avignon.

   À Montpellier, le XIVè siècle marqua le début des dissections. Clément VI prit pour l'époque une mesure révolutionnaire : il permit l'autopsie des pestiférés, pour tenter de découvrir l'origine du mal.

   Les apothicaires n'avaient pas encore d'école. Ils devaient prêter serment sur les saints Évangiles, s'engageant à préparer sans fraude les médicaments prescrits par les médecins.

   Les hôpitaux n'avaient pas de lien avec l'université. Il s'agissait plutôt d'établissements qui offraient l'hospitalité aux gens de passage, commerçants et pèlerins. Ils étaient situés hors-les-murs. Certains se spécialisèrent dans les soins aux malades et prirent dès lors le nom d'hôpitaux.
 

L'église Notre-Dame des Tables
   Dès avant 1050, l'église Sainte-Marie se profilait, avec son clocher haut et fin, sur la colline de Montpellier. C'était la halte des pèlerins pour Saint-Jacques de Compostelle. Ils venaient en foule prier et vénérer la Vierge noire, célèbre pour ses guérisons miraculeuses.
   Durant le XIIè siècle, outre les pèlerins qui arrivaient de toute l'Europe occidentale, des marchands de tous les pays méditerranéens affluèrent à Montpellier pour traiter leurs affaires. Il fallait donc des changeurs pour transformer leurs diverses monnaies, avec le denier melgorien qui avait cours dans la ville. Ceux-ci s'installaient autour de l'église Sainte-Marie et étalaient leurs pièces sur des comptoirs, des tables : d'où le nom de « Notre-Dame des Tables ». C'est en 1189 que Mgr Jean de Montlaur instaura la fête de Notre-Dame des Tables, fixée au 31 août.
   Cette église était le centre de la vie sociale, intellectuelle et spirituelle de Montpellier. Les étudiants en droit et en médecine y terminaient la soutenance de leur thèse. En 1096, avant de s'embarquer pour la première croisade de Godefroy de Bouillon, Guilhem V, seigneur de Montpellier, plaça les Montpelliérains sous la protection de la Vierge. Pour témoigner de sa confiance mariale, il choisit de la faire figurer sur son sceau. La Vierge Marie et l'Enfant-Jésus figuraient aussi sur le sceau des Consuls qui administraient la ville depuis 1204.

   Au cours des guerres de religions et de la Révolution, cette église fut détruite et reconstruite à trois reprises. Après la Révolution et l'Empire, on renonça à la reconstruire. En 1803, on rétablit le culte de Notre-Dame des Tables dans une église des jésuites, rue de l'Aiguillerie. En 1939, elle sera érigée en basilique (7).
 

Les Consuls
   C'est en 1204 que, pour la première fois, le seigneur de Montpellier accepte la constitution d'un consulat. La charte de 1204 précisait en 122 articles l'ensemble des lois et réglements de la ville, ainsi que les pouvoirs respectifs du seigneur et des consuls.
   Le seigneur gardait la propriété de sa seigneurie et sa suzeraineté sur les terres vassales. De même que les domaines militaire et judiciaire restaient de sa compétence. Un transfert eut lieu pour les pouvoirs législatif, administratif et fiscal.
   Douze consuls étaient élus pour un an. Ils devaient ou être nés à Montpellier, ou y résider depuis dix ans. En tout cas, désirer y demeurer.
   L'élection avait lieu au mois de mars en présence du seigneur. Les consuls sortants se réunissaient avec un représentant des sept "échelles" (8).
   Ensemble, ils choisissaient 60 Montpelliérains, parmi les artisans ou négociants, qui avaient acquis le sens des responsabilités et de la gestion des affaires. Ils tenaient compte aussi de leurs vertus et de leur honnêteté. Un tirage au sort venait ensuite sélectionner les douze nouveaux consuls. Il y avait une hiérarchie parmi eux : le premier consul était choisi parmi les changeurs, le deuxième parmi les changeurs ou les poivriers, le trois et quatrième parmi les drapiers, etc. Le douzième était laboureur ou travailleur agricole. Ils veillaient à l'entretien et à la propreté de la ville, et à la bonne gestion des deniers publics.
 
L'Église au XIVè siècle
   En 1309, le Pasteur de l'Église - Clément V - et la Curie romaine s'installèrent dans le Venaissin, près d'Avignon, minuscule domaine appartenant à l'Église. Ce devait être du provisoire, dans l'attente du retour de la paix en Italie. Jean XXII puis Benoît XII lui succédèrent.
   Clément VI fut élu en 1342. Théologien, homme de culture, il rétablit le faste à la Cour d'Avignon. Il fait construire un nouveau palais, auquel travaillent des artistes venus de toute l'Europe. Pendant la peste noire de 1348, il donna un exemple de courage et de lucidité : il demeura en Avignon durant l'épidémie, condamna le fanatisme des flagellants et protégea efficacement les Juifs? En 1352, Innocent VI lui succède.
   En 1362, Urbain V est élu Pape. C'est un moine bénédictin, Docteur en droit civil et canonique, qui avait enseigné à l'université de droit de Montpellier. En 1367, il décida de partir pour Rome. Dans un temps dévasté par les guerres, les famines et la peste, le retour de la papauté à Rome était le symbole d'une volonté nouvelle de retrouver toute une dimension spirituelle. Urbain V dut certainement être sensible aux injonctions de sainte Catherine de Sienne et de sainte Brigitte de Suède. Il entra à Rome le 16 octobre 1367. Mais bientôt, l'agitation reprit dans les états pontificaux, l'obligeant à regagner Avignon. Le 24 septembre 1370, il retrouvait la Cité des papes. C'est au cours de ces trois années qu'il accepta d'accorder une audience à saint Roch. Il mourut trois mois plus tard après son retour, ayant demandé à être enseveli comme les pauvres. De moeurs austères et de goûts modestes, il réagit contre le luxe exorbitant de la Cour pontificale. Il protégea les universités et fonda des collèges pour les étudiants pauvres. Le 10 mars 1870, Pie IX le béatifiait.

   Dès 1363, Urbain V décida de financer l'édification du monastère et de l'église Saint-Benoît et Saint-Germain, devenus plus tard faculté de médecine et cathédrale Saint-Pierre. Le 1er octobre 1364, il vint en poser la première pierre. Début 1367, il sera reçu somptueusement à Montpellier pour son inauguration.
 

La guerre de Cent ans - Le Prince Noir
   Officiellement ouverte en 1337 par Édouard III, roi d'Angleterre, qui rompit son hommage et refusa de reconnaître Philippe VI comme Roi de France, la guerre s'engagea en 1338.
   Les hostilités reprirent en 1355. Le Prince Noir, Édouard, prince de Galles, prince d'Aquitaine, fils aîné d'Édouard III, âgé de 25 ans, débarqua à Bordeaux par la Gironde avec 72 vaisseaux et une armée de 3 500 hommes avec leurs chevaux. Aidé par les chevaliers gascons, qui y virent l'occasion de s'opposer au Roi, il sema la terreur en Gascogne, ravagea l'Armagnac, les environs de Carcassonne, de Narbonne, de Béziers. Il atteignit Castelnaudary. Les faubourg de Toulouse brûlèrent.
   Dès que son arrivée signalée, les Montpelliérains eurent le temps de se réfugier à l'intérieur des remparts et de détruire les faubourgs. Les religieuses des couvents situés hors-les-murs trouvèrent asile auprès du Pape, en Avignon.

   Les troupes du Roi de France descendant à la rencontre du Prince Noir, celui-ci - par un repli stratégique - évita l'affrontement, ce qui permit aux Montpelliérains d'avoir la vie sauve et de voir leur ville épargnée.
 
 

* * *

   Dès la fin du XIVè et le début du XVè siècle, les nombreuses fractures, ruptures de la vie politique, économique, démographique, sociale et religieuse, furent vraisemblablement un élément porteur de culte rapide, éclatant et populaire de saint Roch.

   Il n'en demeure pas moins beau et courageux qu'il repose sur l'engagement chrétien d'un jeune laïc montpelliérain.

   Par amour du Christ et très tôt, il a accepté de donner toute sa fortune et ses biens aux pauvres, pour être pauvre à son tour comme le Christ.

   Dépouillé de tout, comme le Christ, il s'est mis en route pour Rome, pour aller vénérer les tombeaux des Apôtres de Jésus-Christ : saint Pierre et saint Paul. En chemin, il sera appelé à rencontrer, à aimer, à servir, à soigner et à guérir les exclus et les rejetés de son temps : les pestiférés.

   Il est le visage de l'Église proche des petits, des abandonnés, des malades, que la société fuit. Il est celui qui aime Dieu en aimant l'homme, celui qui, par son charisme, met le bonheur de Dieu dans les coeurs et les corps.

   Le peuple lui sera fidèle : c'est lui - la  vox populi - qui fera de lui : saint Roch ! À son tour, l'Église le reconnaîtra et le consacrera, pour le donner au monde comme saint pèlerin laïc que l'on invoque contre la peste et toutes les maladies contagieuses.

   Roch de Montpellier ! Un saint de notre temps qui garde toute sa jeunesse, son actualité, en ce début de troisième millénaire !
 
 

PRIÈRE À DIEU PAR L'INTERCESSION DE SAINT ROCH

Père infiniment bon,
Donne-moi l'humilité pour demander et accueillir ton pardon pour tous mes manques d'amour.
Je me confie à toi, uni avec tous mes frères et soeurs qui sont seuls, malades, désespérés, avec ceux qui ne te connaissent pas encore, ceux qui ne t'aiment pas assez, comble de ta Présence nos corps et nos coeurs assoiffés d'Amour !

 
Esprit Saint,
Exauce notre humble demande :permets que la grâce accordée par Dieu à saint Roch, de protection et de guérison des maladies contagieuses,se répande en abondance sur ceux qui en sont atteints.
Que ta Lumière éclaire tous les scientifiquesdans leur recherche contre ces fléaux.
Que ton Amour augmente en nos coeursla charité qui a animé saint Roch au service des malades, des exclus, des oubliés,pour qu'ils trouvent en toi : Lumière, Espérance et Paix.
Ouvre-nous à ta Bonté, pour que l'homme,la femme, l'enfant contagieux soient acceptés, accueillis, soignés et entourés.
 
Par Jésus-Christ
Notre Seigneur et Ami qui nous guérit par ses saintes Blessures.
Par l'intercession miséricordieuse de la Très Sainte Vierge Marie,
Tendresse de Dieu pour l'Église et tous les hommes.
Saint Roch, laïc et pèlerin en Europe, pestiféré, emprisonné ; toi qui guérissais les corps au nom de Jésus-Christ et amenais les hommes à Dieu, présente-lui ma peine, mes souffrances ;que sa Lumière vienne convertir mon coeur ; confiant en lui, j'attends l'heureux moment où sa grâce viendra me toucher.
J'ai foi en sa Puissance, source de réconciliation, de lumière, de paix.
Saint Roch, prie pour nous ! Saint Roch, intercède pour nous !
Amen !

 

Bibliographies

- " Vie, légende et miracles de Monseigneur saint Roch", Jehan Phélipot. Réédition avec notes sur l'édition de 1494, par Maurice Luthard (1917)
- " Le Problème de saint Roch ", Augustin Fliche, in "Analecta Bollandiana" 68 (1950), pp. 343-361
- " Montpellier, ville royale - XIVè- XVè siècle ", chanoine Jean Segondy. Dactyl. (1969), pp. 56-58.
- " Un saint populaire ? La lente renaissance du culte de saint Roch dans le diocèse de Montpellier durant la première moitié du XIXè siècle ", Gérard Cholvy. Montpellier (1971)
- " Roch, le mendiant du Christ " , M. Jalagnier. Montpellier (1971)
- " Pèlerins du Moyen-Âge " , Raymond Oursel. Fayard (1978)
- " Saint Roch, pèlerin de Dieu, secours des malades " , abbé René Berthier. Univers Média, Paris (1983)
- " Nouvelle contribution à l'étude de la vie authentique, de l'histoire et des légendes de Monseigneur saint Roch " , François Pitangue. Montpellier (1984)
- " La Mort noire, chronique de la peste " , Johannes Nohl. Payot (1986)
- " Saint Roch et la peste " , Marie-Odile Jeanjean. Thèse présentée et publiquement soutenue devant la Faculté de Médecine de Montpellier pour l'obtention du grade de Docteur en médecine (1988)
- " Histoire de Montpellier ",  Collectif dirigé par Gérard Cholvy. Privat (1989)
- " Temps de crises, temps d'espoirs " , Alain Demurger. « Nouvelle Histoire de la France médiévale » (5) : X è - XVè siècle. Le Seuil (1990)
- " Montpellier la Médiévale " , Jacqueline Liault. Éd. Christian Lacour, Nîmes (1990)
- " Saint Roch dans son histoire, sa tradition, son culte, son art et son folklore à Venise " (en italien), Mgr Ermenegildo Fusaro. Venise (1991)
- " Saint Roch le guérisseur de l'impossible ", Françoise Bouchard. Résiac.

 


1) Deux siècles plus tard, à Laval, le père de la chirurgie moderne : Ambroise Paré, dira en toute humilité : « Je panse, et Dieu guérit ! »
2) Urbain V a été béatifié par le pape Pie IX, le 10 mars 1870.
3) Comme pour saint Martin au IVè siècle.
4) Notons au passage qu'en France on relève quatre communes portant le nom de « Saint-Roch », sans parler bien sûr des innombrables lieudits.
5) Maison paysanne avec ses dépendances.
6) « Montpellier la Médiévale », Jacqueline Liault. Collection Colporteur. Christian Lacour, Éditeur. 25 bld Amiral Courbet, à Nîmes (1990).
7) Aujourd'hui, il est possible de visiter la crypte de l'ancienne église Notre-Dame des Tables, tous les jours sauf le lundi. On y descend par un escalier partant de l'actuelle Place Jean-Jaurès.
8) Tous les corps de métiers se regroupaient en sept "échelles", une pour chaque jour de la semaine. Le rôle des échelles était d'assurer la garde des remparts, de veiller à la fermeture et à l'ouverture des portesde la ville.