|
AVERTISSEMENT
Une question obscure, épineuse, pleine de difficultés,
et qui a exercé de tous les temps la sagacité des philosophes qui ont voulu
pénétrer les mystères de la nature, c'est sans doute celle de l'union
de l'âme et du corps, et du commerce ou correspondance entre ces deux substances.
Trois hypothèses partagent les savants sur cette importante question. Les uns
prétendent qu'il y a une influence physique du corps dans l'âme ; ils veulent
que le corps, frappé par les agents extérieurs, porte le sentiment de cette
commotion à l'âme. C'est le système des matérialistes, qui ne
voient partout que la matière, et rien au delà. D'autres soutiennent qu'il
y a opération instantanée et unanime entre les deux substances, opération
qu'ils nomment harmonie préétablie. Enfin un troisième système
est celui de l'influence spirituelle, qui non seulement paraît le plus vraisemblable,
mais encore est le seul vrai comme le démontre l'auteur de ce petit Traité
dont nous offrons au public la traduction.
Ce système n'est donc pas nouveau ; mais ce qui l'est, c'est la manière
dont l'auteur le démontre, ses preuves, et les sublimes vérités qu'il
annonce.
On avait dit avant lui qu'il y avait une influence de l'âme sur le corps ; mais
on n'avait pas dit qu'il y eût une influence sur l'âme, et que sans cette
influence il n'y aurait point de vie, point d'action, point de communication par
conséquent entre les deux substances. Mais nous ne chercherons point ici à
prévenir les lecteurs sur le mérite de cet ouvrage, traduit depuis plusieurs
années en allemand et en anglais par de savants hommes qui n'ont pas dédaigné
d'y ajouter des éclaircissements et des notes. Nous osons seulement nous flatter
que les lecteurs sans préjugés et de bonne foi nous saurons quelque gré
de leur avoir fait connaître un ouvrage devenu très rare, ainsi que tous
les autres du même auteur. Ce serait ici le lieu de parler de la personne et
des écrits de cet homme extraordinaire : On y verrait un homme embrasé
dès son enfance de l'amour de la vérité, consacrer tous les moments
d'une très longue vie à l'étude de cette vérité, parcourir
les différentes contrées de l'Europe pour y chercher des connaissances
qu'il jugeait nécessaires à son plan, publier le fruit de ses travaux et
de ses découvertes sans emphase, sans prétention et dans l'unique vue du
bien général : bon citoyen, bon ami, en un mot un vrai philosophe, un véritable
sage, non de ces sages en spéculation tels qu'on en voit tous les jours, mais
qui joignait à la théorie la pratique de toutes les vertus : on y verrait
un savant non moins distingué par la profondeur de son génie, par la vaste
étendue de ses connaissances dans les mathématiques, la physique, l'histoire
naturelle, l'anatomie, la métaphysique, la théologie.
DU COMMERCE
DE L'AME ET DU CORPS.
(Par Emmanuel Swedenborg
Londres, 1769, in-4°)
1. Il y a trois opinions ou hypothèses sur le commerce de l'âme et
du corps, ou sur l'opération de l'une sur l'autre, et de l'un avec l'autre :
la première est appelée influence physique, la seconde influence
spirituelle, et la troisième harmonie préétablie. La première,
ou influence physique, est fondée sur les apparences et les illusions
des sens, parce qu'il paraît que les objets extérieurs, qui affectent les
yeux, influent dans la pensée, et la produisent ; de même qu'il semble
que les paroles, qui agitent les oreilles, influent dans l'esprit, et y produisent
les idées ; et ainsi des autres sens.
Comme les organes des sens reçoivent d'abord les contacts qui nous viennent
des objets matériels, et que l'esprit semble penser et même vouloir selon
les affections de ces organes, les anciens philosophes et scolastiques crurent que
l'influence découlait de ces objets dans l'âme, et ils formèrent ainsi
l'hypothèse de l'influence physique ou naturelle. La seconde, qui est appelée
influence spirituelle, et par quelques-uns occasionnelle, est selon l'ordre et
ses lois; parce que l'âme est une substance spirituelle, plus pure, antérieure,
et interne par rapport au corps, qui est matériel, et par conséquent plus
grossier, postérieur et externe; et il est dans l'ordre que le plus pur influe
dans le plus grossier, l'antérieur dans le postérieur, et l'interne dans
l'externe, et ainsi le spirituel dans le matériel, et non le contraire ; et
par conséquent que la faculté pensante influe dans la vue, selon les modifications
que les yeux éprouvent des objets extérieurs, modifications que cette faculté
dispose aussi à son gré; et la faculté perceptive dans l'ouïe,
selon que les oreilles sont modifiées par les paroles qui leur sont transmises.
La troisième, qui est appelée harmonie préétablie, est
fondée sur les illusions et les lueurs trompeuses de la raison, parce que l'esprit
dans l'opération agit en même temps avec le corps ; mais cependant toute
opération est d'abord successive et ensuite simultanée : l'opération
successive est l'influence, et l'opération simultanée est l'harmonie ;
comme, par exemple, lorsque l'esprit pense et ensuite parle, qu'il veut et ensuite
agit ; ainsi c'est une erreur de la raison d'admettre le simultané et d'exclure
le successif. Après ces trois hypothèses sur le commerce de l'âme
et du corps, on ne peut en admettre une quatrième, parce qu'il faut ou que l'âme
agisse sur le corps, ou le corps sur l'âme, ou l'un et l'autre toujours ensemble.
2. Comme l'influence spirituelle est selon l'ordre et ses lois, ainsi que nous l'avons
dit, c'est l'hypothèse qui a été reconnue et adoptée de préférence
aux deux autres, par tous les sages du monde savant. Tout ce qui est conforme à
l'ordre est vérité, et la vérité se manifeste par la lumière
qui est en elle, même dans l'ombre de la raison, siège des hypothèses
; mais ce qui enveloppe dans l'ombre cette hypothèse, c'est l'ignorance de la
nature de l'âme, du spirituel et de l'influence ; il faut donc avant tout connaître
ces trois choses, afin que la raison puisse voir la vérité. car la vérité
hypothétique n'est point une vérité même, c'est seulement une
conjecture de la vérité. On peut la comparer à un tableau, pendu à
un mur, vu la nuit à la lueur des étoiles ; l'esprit lui prête différents
objets selon ses fantaisies ; ce qui n'arrive point lorsque la lumière du soleil
vient à l'éclairer, et qu'elle en découvre, non seulement l'ensemble,
mais encore tous les détails. Il en est de même de cette hypothèse
qui est dans l'ombre de la vérité, mais qui devient une vérité
évidente lorsqu'on connaît ce que c'est et quel est le spirituel respectivement
au naturel, et ce que c'est et quelle est l'âme humaine, enfin quelle est cette
influence qui découle dans l'âme, et par l'âme dans la faculté
perceptive et pensante, et de là dans le corps. Mais ceci ne peut être
enseigné que par celui à qui Dieu a accordé d'être en société
avec les anges dans le monde spirituel, et en même temps avec les hommes dans
le monde naturel, et comme j'ai eu ce bonheur, j'ai pu expliquer tout cela, ce que
j'ai fait dans l'ouvrage de l'Amour conjugal ; pour le spirituel, dans le n°
326 à 329 ; pour l'âme humaine, n°315, et pour l'influence, n°380,
et plus en détail, n° 415 à 422. Qui ne sait point ou ne peut savoir
que le bien de l'amour et la vérité de la foi influent de Dieu dans l'homme,
qu'ils influent dans son âme, se font sentir dans son esprit et découlent
de sa pensée dans ses paroles, et de sa volonté dans ses actions ? Que
de là vienne l'influence spirituelle, son origine et émanation, c'est ce
que nous allons expliquer dans cet ordre :
1° Il y a deux mondes, le monde spirituel où sont les anges et les esprits,
et le naturel où sont les hommes.
2° Le monde spirituel existe et subsiste par son soleil, et le naturel par le
sien.
3° Le soleil du monde spirituel est pur amour, procédant de Jéhovah
Dieu qui est au milieu.
4° De ce soleil procèdent une chaleur et une lumière ; cette chaleur
dans son essence est amour, et cette lumière dans son essence, sagesse.
5° Cette chaleur aussi bien que cette lumière influent dans l'homme, la
chaleur dans sa volonté, et y produit le bien de l'amour, et la lumière
dans son entendement, et y produit le vrai de la sagesse.
6° Ces deux choses, chaleur et lumière, ou amour et sagesse, influent ensemble
de Dieu dans l'âme de l'homme, de l'âme dans l'esprit ses affections ?
et ses pensées, et de là dans les sens du corps, les paroles et les actions.
7° Le soleil du monde naturel est pur feu, et par lui le monde de la nature
existe et subsiste.
8° Par conséquent tout ce qui procède de ce soleil de soi-même
est mort.
9° Le spirituel se revêt du naturel, comme l'homme d'un habit.
10° Le spirituel, ainsi revêtu dans l'homme, fait qu'il peut vivre ici-bas
raisonnablement et moralement, et ainsi spirituellement.
11° La réception de cette influence est conforme à l'état de
l'amour et de la sagesse qui sont dans l'homme.
12° L'entendement dans l'homme peut être élevé dans la lumière,
c'est à dire dans la sagesse où sont les anges du ciel, selon la culture
de la raison, et sa volonté peut être élevée dans la chaleur,
c'est à dire dans l'amour où sont aussi les anges, selon les actions de
sa vie ; mais l'amour de la volonté ne peut être élevé qu'autant
que l'homme veut et fait ce que la sagesse de l'entendement lui enseigne.
13° Il en est tout autrement chez les bêtes.
14° Il y a trois degrés dans le monde spirituel, et trois degrés dans
le monde naturel, selon lesquels se fait toute influence.
15° Les fins sont dans le premier degré, les causes dans le second, et
les effets dans le troisième.
16° De là on voit quelle est l'influence spirituelle depuis son origine
jusqu'à ses effets.
Expliquons maintenant en peu de mots tous ces articles.
I.
Il y a deux mondes, le monde spirituel où sont les anges et les esprits,
et le monde naturel où sont les hommes.
3. Jusqu'à présent on a entièrement ignoré, même dans
le monde chrétien, qu'il y a un monde spirituel où sont les anges et les
esprits, distinct du monde naturel où sont les hommes ; parce qu'aucun ange
n'en est descendu pour en instruire les hommes et qu'aucun homme n'y est monté
de son vivant. Or, de peur que par l'ignorance de ce monde, et le doute sur l'existence
du ciel et de l'enfer, l'homme ne soit infatué au point de devenir naturaliste
athée, il a plu au Seigneur d'ouvrir les yeux de mon esprit, de les élever
dans le ciel, de les abaisser même sur l'enfer, et de me faire voir ce que c'est
que le ciel et l'enfer. Par ce moyen j'ai vu clairement qu'il y a deux mondes distincts
l'un de l'autre, l'un où tout est spirituel, et de là est nommé monde
spirituel; et de l'autre dans lequel tout est naturel, d'où il prend le nom
de monde naturel ; et que les esprits et les anges vivent dans leur monde, comme
les hommes dans le leur ; enfin que tout homme après sa mort passe du naturel
dans le spirituel, pour y vivre éternellement. Il faut avant tout faire connaître
ces deux mondes, afin de dévoiler dès son origine l'influence qui fait
l'objet de cet ouvrage. Car le monde spirituel influe dans le monde naturel, et l'anime
dans chacune de ses parties, tant dans les hommes que dans les bêtes, et produit
même la végétation dans les arbres et les plantes.
II.
Le monde spirituel existe et subsiste par son soleil, et le monde naturel par
le sien.
4. Le soleil du monde spirituel est différent de celui du monde naturel,
parce que ces mondes sont absolument distincts l'un de l'autre. Or le monde tire
son origine du soleil ; ainsi le monde où tout est spirituel ne peut pas naître
du soleil duquel sont produites toutes les choses naturelles ; car si cela était,
il y aurait une influence physique, et nous avons reconnu que cette influence était
contre l'ordre. Que le monde doive son existence au soleil, et non le soleil au monde,
c'est ce que l'on peut constater par le fait même. Or il est constant que le
monde dans son tout et dans ses parties subsiste par le soleil : la subsistance démontre
l'existence, et c'est aussi pourquoi l'on dit que la subsistance est une perpétuelle
existence ; par là il est évident que, si le soleil venait à manquer,
le monde retomberait dans son chaos et dans le néant. Qu'il y ait dans le monde
spirituel un soleil autre que celui du monde naturel, c'est ce que je puis certifier,
parce que je l'ai vu. Il paraît semblable à un globe de feu, comme notre
soleil, à peu près de la même grandeur ; il est éloigné
des anges, comme le nôtre l'est des hommes ; il ne se lève point, il ne
se couche pas comme le nôtre ; mais il demeure immobile, dans une élévation
moyenne entre le zénith et l'horizon, et par là les anges jouissent d'une
perpétuelle lumière et d'un printemps éternel. L'homme qui n'a que
sa raison pour guide et qui ne sait rien du soleil du monde spirituel, se trompe
facilement dans ses idées sur la création de l'univers ; lorsqu'il médite
profondément sur cette création, il ne conclut autre chose, sinon qu'elle
vient de la nature ; et parce que le soleil est l'origine de la nature, qu'elle vient
du soleil comme son auteur. De plus, l'on ne comprendra jamais l'influence spirituelle,
si l'on ne connaît aussi son origine. Or toute influence vient du soleil, l'influence
spirituelle du sien, et l'influence naturelle du sien aussi. La vue interne de l'homme,
qui appartient à son esprit, reçoit l'influence du soleil spirituel, mais
la vue externe, qui est la vue du corps, reçoit l'influence du soleil naturel,
et dans l'opération ces deux vues s'unissent, comme l'âme s'unit avec le
corps. Par là on peut voir dans quel aveuglement, obscurité et sottise
peuvent tomber ceux qui ne savent rien du monde spirituel et de son soleil ; dans
l'aveuglement, parce que l'esprit, qui n'a que la vue de l'œil pour guide dans les
raisonnements, devient semblable à une chauve-souris qui erre cà et là
pendant la nuit, et se jette sur des haillons que l'on tend en l'air; dans l'obscurité,
parce que la vue de l'esprit alors est privée de toute lumière spirituelle,
et devient semblable au hibou ; dans la sottise, parce que néanmoins l'homme
pense, mais il pense sur les choses spirituelles d'après les choses naturelles
; ce qui l'induit en erreur ; ainsi toutes ses pensées ne sont que folie, sottise
et ignorance.
III.
Le soleil du monde spirituel est pur amour, procédant de Jehovah dieu, qui
est au milieu.
5. Les choses spirituelles ne peuvent procéder d'ailleurs que de l'amour,
et l'amour d'ailleurs que de Jéhovah Dieu, qui est l'amour même.
C'est pourquoi le soleil du monde spirituel, d'où découlent comme de leur
source toutes les choses spirituelles, est le pur amour, procédant de Jéhovah
Dieu, qui y est au milieu.
Ce soleil n'est point Dieu ; mais il vient de Dieu ; c'est la première sphère
qui sort de lui et qui l'environne. C'est par ce soleil, procédant de Jéhovah
Dieu, qu'a été créé l'univers, par lequel on entend en général
tous les mondes, qui sont en aussi grand nombre qu'il y a d'étoiles dans l'étendue
de notre ciel. Que la création soit l'ouvrage de ce soleil qui est pur amour,
et ainsi de Jéhovah Dieu, c'est que l'amour est l'être même de la
vie, et la sagesse, l'existence de la vie, et que de l'amour par la sagesse tout
a été créé ; c'est ce qui est exprimé par ces paroles de
saint Jean : Le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ; toutes choses
ont été faites par lui ; et rien de ce qui a été fait n'a été
fait sans lui, et par lui le monde a été fait. I :3-10. Le Verbe, dans
ce passage, est la divine vérité ; c'est aussi la divine sagesse. Voilà
pourquoi le Verbe est aussi appelé lumière qui éclaire tout homme.
Vers. 9. C'est ce que fait de même la divine sagesse par la divine vérité.
Ceux qui font venir l'origine des mondes d'ailleurs que du divin amour par la divine
sagesse, sont dans la même erreur que ces fous qui voient des spectres comme
des hommes, et des fantômes comme des lumières, enfin des êtres de
raison comme des êtres réels. Car l'univers créé est l'ouvrage
de l'amour par la sagesse, un tout dont les parties sont dans la plus parfaite harmonie
; ce que vous apercevrez facilement, si vous pouvez examiner par ordre les divers
points de la chaîne qui unit tout ce vaste univers. De même que Dieu est
un ; de même le soleil spirituel est un car l'extension de l'espace ne peut
pas s'appliquer aux choses spirituelles, qui sont des émanations de ce soleil,
et dans les étendues sans espace l'essence et l'existence sont partout sans
espace ; et ainsi le divin amour se répand depuis le premier terme de l'univers
jusqu'à ses extrémités les plus éloignées. La raison entrevoit
de loin que l'influence divine remplit toutes choses, et par là conserve toutes
choses dans leur état d'êtres créés ; mais elle l'aperçoit
clairement, lorsqu'elle connaît la nature de l'amour et son union avec la sagesse
pour produire les fins, son influence dans la sagesse pour faire naître les
causes et son opération par la sagesse, pour qu'il en résulte les effets.
IV.
De ce soleil procèdent une chaleur et une lumière ; cette chaleur dans
son essence est amour, et cette lumière dans son essence est sagesse.
6. On sait que, dans la parole divine et de là dans le langage commun des
prédicateurs, l'amour divin est exprimé par le feu ; comme lorsqu'ils disent
que le feu céleste remplit les cœurs et excite les saints désirs d'aimer
Dieu ; c'est que le feu correspond à l'amour, et par conséquent le signifie.
((( Swedenborg établit dans ses ouvrages que toutes les choses matérielles
représentent autant de choses spirituelles, et leur correspondent. On en voit
ici un exemple, et plus bas n°20. Il assure que cette science des correspondances
était connue des anciens ; mais qu'elle s'est perdue par la succession des temps.
Voici à ce sujet un passage du culte et de l'Amour de Dieu, ouvrage du même
auteur, que nous nous proposons de donner au public. « Les fables des anciens
sur Pallas, les Muses, la fontaine du Parnasse, le cheval ailé ou Pégase,
etc … sont de pures représentations significatives des choses, représentations
semblables à celles des intelligences célestes, dont nous avons dit ci-dessus
que le langage est exécuté par le moyen des représentations vives,
par lesquelles, elles expriment en même temps plusieurs séries de choses
; par exemple l'Entendement humain est représenté par des chevaux diversement
ornés selon ses diverses qualités, les sciences et les Intelligences, par
des nymphes, et la Suprême, par une déesse ou Pallas ; les Expériences,
par des hommes auxquels ces nymphes furent mariées, et leur chef, par Apollon,
la Clarté de l'entendement, par des eaux, surtout de source ; son obscurité
et les diverses difficultés et troubles qui en proviennent, par des eaux troubles
; les Pensées, par des oiseaux de divers genres, couleur et beauté. De
là les métamorphoses fréquentes des muses en oiseaux, que la fable
raconte. Je me borne à ces exemples, d'où on peut voir que les fables des
anciens étaient de pures représentations prises du ciel ; et que par conséquent
leur esprit était plus près du Ciel que le nôtre, qui ignore même
que ces représentations existent, et encore plus ce qu'elles signifient. »
)))
C'est pourquoi Jéhovah Dieu apparut à Moïse comme un feu dans
un buisson, et sur la montagne de Sinaï devant les enfants d'Israël, et
qu'il fût ordonné de garder continuellement du feu sur l'autel, et d'allumer
le soir les lampes du chandelier dans le tabernacle ; tout cela parce que le feu
signifiait l'amour. Que de ce feu proviennent une chaleur, c'est ce que l'on voit
manifestement par les effets de l'amour, car l'homme s'enflamme, s'embrase selon
que son amour s'exalte en zèle ou en emportement de colère. La chaleur
du sang, ou la chaleur vitale de l'homme, et en général des animaux, ne
procède d'ailleurs que de l'amour, qui fait leur vie. Le feu infernal n'est
autre chose que l'amour opposé à l'amour céleste. De là vient
que l'amour divin apparaît aux anges comme un soleil dans leur monde, semblable
à un globe de feu, comme notre soleil, ainsi qu'il a été dit ci-dessus,
et que les anges sont dans cette chaleur selon la réception de l'amour, procédant
de Jéhovah Dieu par ce soleil. Il suit de là que la lumière dans son
essence est sagesse ; car l'amour et la sagesse sont individuels, comme l'être
et l'existence : en effet, l'amour existe par la sagesse et selon la sagesse. Il
en est de même dans notre monde, où dès le printemps, la chaleur s'unit
avec la lumière, et fait germer et fructifier les végétaux.
De plus, chacun sait que la chaleur spirituelle est amour, et la lumière spirituelle
est sagesse. Car l'homme est chaud à proportion qu'il aime, et son entendement
est plus ou moins éclairé, selon qu'il est plus ou moins sage. J'ai vu
très souvent cette lumière spirituelle, elle surpasse infiniment la lumière
naturelle en blancheur et en éclat ; elle est la blancheur et la splendeur même
; elle paraît aussi brillante, aussi éclatante que la neige. Tels parurent
les vêtements du Seigneur, lorsqu'il fut transfiguré. S. Marc, IX, 3 ;
S. Luc, IX, 28. La lumière étant la sagesse, le Seigneur se nomme lui même
la lumière qui éclaire tout homme. S. Jean, I, 9. Et ailleurs il dit que
la lumière même, S. Jean, III, 3 ; VIII, 12 ; XII, 35, 39, 47 ; c'est-à-dire
la divine vérité, qui est la sainte parole, et par conséquent la sagesse
même. On croit que la lumière naturelle, qui est la lumière de la
raison, vient de la lumière de notre monde, mais cela n'est pas, car elle procède
du monde spirituel. En effet, la vue de l'esprit influe dans la vue du corps, aussi
bien que la lumière ; mais non celle-ci dans celle-là ; car si cela était,
il n'y aurait qu'une simple influence physique, non une influence spirituelle.
V.
Cette chaleur, aussi bien que cette lumière, influe dans l'homme, la chaleur
dans sa volonté et y produit le bien de l'amour, et la lumière dans son
entendement, et y produit le vrai de la sagesse.
7. On sait qu'en général tout se rapporte au bien et au vrai, et qu'il
n'y a point d'être quelconque qui n'y soit relatif ; de là vient qu'il
y dans l'homme deux réceptacles de vie, l'un qui est le réceptacle du bien,
et qui est appelé volonté, et l'autre qui est le réceptacle du vrai,
et qui est appelé entendement ; et parce que le bien appartient à l'amour
et le vrai à la sagesse, la volonté est le réceptacle de l'amour ,
et l'entendement celui de la sagesse. Que le bien appartienne à l'amour, c'est
que l'homme veut ce qu'il aime, et lorsqu'il le fait, il le nomme bien. Que le vrai
appartienne à la sagesse, c'est ce que toute sagesse procède des vérités,
et que même tout le bien que le sage pense est vrai et devient bon, lorsqu'il
le veut et le met en pratique. Quiconque ne distingue pas ces deux réceptacles
de vie, qui sont la volonté et l'entendement, et ne s'en forme point une notion
bien claire, s'efforce en vain de connaître l'influence spirituelle. Car il
se fait une influence dans la volonté, une autre dans l'entendement ; dans la
volonté influe le bien de l'amour, et dans l'entendement le vrai de la sagesse
; l'un et l'autre procèdent de Jéhovah Dieu, immédiatement par le
soleil, au milieu duquel il est, et immédiatement par le ciel angélique.
Ces deux réceptacles, la volonté et l'entendement, sont aussi distincts
que la chaleur et la lumière ; car la volonté reçoit la chaleur du
ciel, laquelle dans son essence est amour, et l'entendement reçoit la lumière
du ciel, qui dans son essence est sagesse, comme il a déjà été
dit. Il y a une influence de l'esprit de l'homme dans ses paroles, et une autre dans
ses actions; l'influence dans les paroles procède de la volonté par l'entendement,
et l'influence dans les actions procède de l'entendement par la volonté.
Ceux qui ne connaissent que l'influence dans l'entendement et ignorent l'influence
dans la volonté, et qui raisonnent et concluent en conséquence, sont comme
des borgnes qui ne voient les objets que d'un côté, ou comme des manchots
qui travaillent péniblement d'une seule main, ou enfin comme des boiteux qui
marchent en sautillant avec un bâton sur un seul pied. Par ce qui vient d'être
dit on voit clairement que la chaleur spirituelle influe dans la volonté de
l'homme, et y produit le bien de l'amour, et que la lumière spirituelle influe
dans son entendement, et y produit le vrai de la sagesse.
VI.
Ces deux choses, chaleur et lumière, ou amour et sagesse, influent conjointement
de Dieu dans l'âme de l'homme, par l'âme dans l'esprit, et de là dans
les sens du corps, les paroles et les actions.
8. Jusqu'à présent les hommes instruits ont enseigné qu'il y a
une influence spirituelle de l'âme dans le corps ; mais ils n'ont pas dit qu'il
y eût une influence dans l'âme, et par l'âme dans le corps, quoique
l'on sache que tout bien de l'amour et toute vérité de la foi influent
de Dieu dans l'homme, et nullement de l'homme. Or tout ce qui procède de Dieu
influe immédiatement dans l'âme, par l'âme dans l'esprit, et par celui-ci
dans le corps. Quiconque recherche autrement l'influence spirituelle est comme un
homme qui obstrue le canal d'une source, et veut cependant y trouver des eaux vives,
ou comme celui qui cherche l'origine d'un arbre dans sa racine, et non dans la semence
; ou enfin comme un homme qui examine les principes, sans remonter au principe. Car
l'âme n'est point la vie en soi, mais elle est le réceptacle de la vie
qui procède de Dieu, qui est la vie en soi ; et toute influence vient de Dieu
; ce qui est désigné par ces paroles : Jéhovah Dieu souffla dans les
narines de l'homme une âme de vie, et l'homme fut fait en âme vivante,
Gen. II, 7. Souffler dans les narines une âme de vie signifie insérer la
perception du bien et du vrai. Le seigneur dit aussi de lui-même : Comme le
Père a la vie en soi, il a aussi donné au Fils d'avoir la vie en soi. Saint
Jean, V, 26. La vie en soi, c'est Dieu, et la vie de l'âme est la vie procédant
de Dieu. Maintenant, puisque toute l'influence appartient à la vie, que celle-ci
opère par ses réceptacles, et que l'intime, ou premier réceptacle
de l'homme, est son âme, pour bien comprendre cette influence, il faut commencer
par Dieu, et non point par une station intermédiaire ; car alors la doctrine
de l'influence serait comme un char sans roues, ou comme un navire sans voiles. Cela
étant, j'ai dû parler d'abord du soleil du monde spirituel, au milieu duquel
est Jéhovah Dieu, article III, et ensuite de l'influence de l'amour et de la
sagesse, et par conséquent de la vie, articles IV et V. Que la vie influe de
Dieu dans l'âme de l'homme par l'âme dans l'esprit, c'est-à-dire,
dans ses affections et ses pensées, et de là dans les sens du corps, les
paroles et les actions, c'est que ces choses appartiennent à la vie dans un
ordre successif ; car l'esprit (mens) est subordonné à l'âme (anima),
et le corps, est subordonné à l'esprit. L'esprit a deux vies, l'une de
la volonté, l'autre de l'entendement ; la vie de la volonté est le bien
de l'amour, dont les émanations sont appelées affections, et la vie de
l'entendement est le vrai de la sagesse, dont les émanations sont nommées
pensées ; et c'est par ces affections et ces pensées que l'esprit vit.
La vie du corps est les sensations, la parole et les actions ; toutes ces choses
viennent de l'âme par l'esprit, comme on le voit par l'ordre dans lequel elles
s'exécutent ; ce qui sera très évident pour le sage, même sans
un grand examen. L'âme humaine étant une substance spirituelle supérieure
reçoit l'influence immédiatement de Dieu ; mais l'esprit étant une
substance spirituelle inférieure à l'âme reçoit l'influence de
Dieu médiatement par le monde spirituel ; et le corps étant une substance
de la nature, que l'on nomme matière, reçoit l'influence de Dieu médiatement
par le monde naturel. Nous verrons dans les articles suivants que le bien de l'amour
et le vrai de la sagesse influent conjointement, c'est-à-dire unis ensemble,
de Dieu dans l'âme de l'homme, mais que dans leurs progressions ils sont séparés
par l'homme, et ne sont réunis que dans ceux qui se laissent conduire par Dieu.
VII.
Le soleil du monde naturel est pur feu ; et le monde de la nature existe et subsiste
par ce soleil.
9. Tout le monde sait par sa propre expérience, par les notions des sens
et par les écrits publiés sur cette matière, que la nature et son
monde, par lesquels on entend les atmosphères et les terres que l'on nomme planètes,
parmi lesquelles est notre globe terrestre, ainsi que toutes et chacune des productions
qui ornent tous les ans la surface de ce globe ; chacun, dis-je, sait que toutes
ces choses subsistent uniquement par le soleil qui est leur centre, et qu'il est
présent partout par les rayons de sa lumière, et par sa chaleur. Or, comme
il s'ensuit de là une perpétuelle subsistance, la raison peut en conclure
très certainement qu'il y a aussi une perpétuelle existence ; car perpétuellement
subsister, c'est perpétuellement exister. De là il suit que Jéhovah
Dieu a créé le monde naturel médiatement par ce soleil. Nous avons
déjà démontré que les choses spirituelles et les naturelles diffèrent
essentiellement entre elles, et que l'origine et la conservation des choses spirituelles
vient du soleil qui est pur amour, au milieu duquel est le créateur et conservateur
de l'univers Jéhovah Dieu. Quant à l'origine et conservation des choses
naturelles, elle vient du soleil qui est pur feu ; celui-ci vient du premier soleil,
et l'un et l'autre de Dieu, comme l'effet vient de la cause et la cause d'un premier
principe. Que le soleil de la nature et de ses mondes soit pur feu, tous ses effets
le prouvent ; comme, la concentration de ses rayons dans un foyer, d'où il résulte
un feu très brûlant et même de la flamme, dont la chaleur est de la
même nature que celle du feu élémentaire. La gradation de cette chaleur
du soleil est selon les incidences ; de là les climats et les quatre saisons
de l'année. Par ce qui vient d'être dit, sans citer une infinité d'autres
faits, la raison peut conclure, d'après le témoignage de l'expérience,
que le soleil du monde naturel est pur feu, et même le feu dans toute sa pureté.
Ceux qui ne savent rien de l'origine des choses spirituelles par leur soleil, et
qui ne connaissent que l'origine des choses naturelles, ne peuvent que confondre
les choses spirituelles avec les choses naturelles, et conclure, d'après les
illusions des sens et de la raison, que les choses spirituelles ne sont que les naturelles
plus pures, de l'activité desquelles excités par la lumière et la
chaleur, se forment la sagesse et l'amour ; et comme ces gens-là ne voient,
ne sentent , ne respirent que la nature, ils lui attribuent toutes choses, même
les spirituelles, et hument ainsi le naturalisme, comme une éponge absorbe l'eau.
On peut les comparer à des cochers qui attelleraient leurs chevaux derrière
le char. Il n'en est pas de même de ceux qui distinguent entre les choses spirituelles
et les naturelles, et qui font venir celles-ci de celles-là ; ils comprennent
l'influence de l'âme dans le corps, savent qu'elle est spirituelle, et que les
choses naturelles, qui sont du corps, servent à l'âme comme de véhicules
et de milieux, par lesquels elle produit ses effets dans le monde naturel. Quiconque
pense autrement peut être comparé à l'écrevisse, qui marche à
reculons, et tourne ses yeux en arrière comme ses pas. Sa vue intellectuelles
ne ressemble pas mal à la vue d'Argus, lorsque ses yeux de derrière veillaient,
tandis que ceux de devant étaient endormis. De tels gens se croient pourtant
fort pénétrants ; car, disent-ils, qui ne voit pas que l'univers a pris
naissance de la nature, et alors qu'est-ce que Dieu ? Sinon le centre de cette nature,
et autres semblables rêveries dont ils se glorifient plus que les sages, des
plus beaux raisonnements.
VIII.
Par conséquent tout ce qui procède de ce soleil, de soi-même est
mort.
10. Quel est l'homme qui, par la lumière de son entendement, s'il est un
peu élevé au-dessus des sens matériels, ne voit point que l'amour
est de soi même vivant, et que la présence de son feu est la vie, et qu'au
contraire le feu élémentaire de soi-même et respectivement est mort
; par conséquent, que le soleil du monde spirituel, étant pur amour, est
vivant ; et le soleil du monde naturel ; étant pur feu, est mort ; et que de
même, tout ce qui procède de ces deux soleils et existe par eux est mort
ou vivant, selon son origine. Il y a deux causes dans l'univers qui produisent tous
les effets, la vie et la nature ; elles les produisent selon l'ordre, lorsque la
vie excite la nature. Il n'en est pas de même lorsque c'est la nature qui excite
la vie ; ce qui arrive chez ceux qui mettent la nature, qui de soit est morte, au-dessus
et au dedans de la vie, et qui, d'après ces idées, s'abandonnent entièrement
aux voluptés des sens et à la concupiscence de la chair, et méprisent
les choses spirituelles de l'âme et les rationnelles de l'esprit. Ces gens-là
sont appelés morts à cause de ce renversement de l'ordre ; tels sont tous
les naturalistes athées dans ce monde, et tous les Satans dans l'enfer. Ils
sont aussi appelés morts dans l'Ecriture, comme dans David : Ils se sont attachés
à Baalpéor, et ont mangé les sacrifices des morts. Ps. CVI, 28. L'ennemi
poursuit mon âme, il me fait asseoir dans les ténèbres comme les morts
de ce monde. Ps. CXLIII, 3. Pour entendre les gémissements de celui qui est
lié, et pour ouvrir aux enfants de la mort. Ps. CII, 21. Et dans l'Apocalypse
: Je connais tes œuvres ; tu as la réputation d'être vivant, mais tu es
mort ; sois vigilant, affermis le reste qui est près de mourir. III,1,2.
Ils sont appelés morts, parce la damnation est la mort spirituelle, et la damnation
est destinée à ceux qui croient que la vie vient de la nature, et qu'ainsi
la lumière de la nature est la lumière de la vie, et qui par là obscurcissent,
suffoquent et éloignent toute idée de Dieu, du ciel et de la vie éternelle.
Ils ressemblent aux hiboux, qui voient la lumière dans les ténèbres,
et les ténèbres dans la lumière, c'est-à-dire ils voient le faux
comme le vrai, le mal comme le bien ; et comme pour eux le plaisir du mal est la
volupté de leur cœur, on peut les comparer à ces oiseaux de proie qui dévorent
les cadavres comme des friandises, et sentent les infections sépulcrales comme
des parfums délicieux. Ces gens là ne voient d'autre influence que l'influence
physique ou naturelle ; si cependant ils reconnaissent une influence spirituelle,
ce n'est pas qu'ils en aient quelque idée, mais ils parlent d'après un
maître.
IX.
Le spirituel se revêt du naturel comme l'homme d'un habit.
11. On sait que dans toute opération il y a un actif et un passif, ou un
agent et un patient, et que rien n'existe par l'un ou l'autre seuls. Il n'en est
de même du spirituel et du naturel : le spirituel étant la force vive est
l'agent, et le naturel étant la force morte est le patient ; de là il suit
que tout ce qui dans le monde solaire a commencé et continue d'exister procède
du spirituel par le naturel, et cela non-seulement dans les individus du règne
animal ; mais encore dans ceux du règne végétal. On sait aussi que
dans toute opération il y a un principe et un instrument, et que dans l'action
ces deux choses paraissent comme une seule, quoiqu'elles soient deux bien distinctes.
De là vient qu'on trouve parmi les axiomes de la philosophie que la cause principale
et la cause instrumentale ne font qu'une seule cause. Il en est de même pour
le spirituel et le naturel, qui, dans l'action, paraissent n'être qu'un seul,
parce que le spirituel est dans le naturel, comme la fibre est dans le muscle, et
le sang dans les artères, ou comme la pensée est dans les paroles, et l'affection
dans les sons, et qu'il se fait sentir par le naturel, au moyen des paroles et des
sons. On voit clairement par là que le spirituel se revêt du naturel, comme
l'homme d'un habit. Le corps organique dont l'âme s'était revêtue
est ici comparé à un habit, parce que ce corps couvre l'âme, que l'âme
se dépouille et se débarrasse de ce corps comme d'une enveloppe inutile,
lorsque, par la mort, elle passe du monde naturel dans son monde spirituel. Ce corps
vieillit aussi comme un habit, mais non pas l'âme, parce qu'elle est une substance
spirituelle, qui n'a rien de commun avec les êtres muables de la nature, qui
naissent, croissent et périssent dans un temps déterminé. Ceux qui
ne considèrent pas le corps comme le vêtement ou l'enveloppe de l'âme,
vêtement qui en soi est mort, et adapté seulement pour recevoir les forces
vivantes qui influent de Dieu par l'âme, ne peuvent que se tromper en concluant
que l'âme vit par soi, et le corps de même, et qu'entre la vie de l'âme
et celle du corps il y a une harmonie préétablie ; ou même que la
vie de l'âme influe dans la vie du corps, ou la vie du corps dans celle de l'âme,
et conçoivent ainsi l'influence spirituelle ou naturelle, quoique tout ce que
nous voyons nous prouve cette vérité, que l'effet n'agit point par soi,
mais par la cause qui l'a produit, que celle-ci même n'agit pas de soi, mais
par une cause supérieure, et qu'ainsi rien n'agit que par une première
cause qui agit par soi, et cette cause première, c'est Dieu. De plus, la vie
est unique ; elle ne peut être crée mais elle est très-propre à
se répandre dans les formes organiquement adaptées pour la recevoir, et
ces formes sont tous et chacun des êtres de cet univers créé. Plusieurs
s'imaginent que l'âme est la vie, et qu'ainsi l'homme qui vit par l'âme
vit par sa propre vie, et ainsi par soi, et non par cette influence de vie, procédant
de Dieu ; mais ces gens-là ne font qu'embrouiller le nœud gordien ; ils y confondent
tous les jugements de leur esprit par leurs fausses idées ; de là leurs
erreurs sur les choses spirituelles ; ils s'engagent dans un labyrinthe d'où
l'esprit ne peut plus se tirer, pas même à l'aide du fil secourable de
la raison. En effet, ils s'enfoncent, pour ainsi dire, dans des cavernes souterraines,
où ils vivent dans d'éternelles ténèbres, d'où sortent des
erreurs sans nombre ; quelques-unes même monstrueuses ; par exemple, que Dieu
s'est infusé et transcrit dans les hommes, et que par conséquent chaque
homme est une divinité qui vit par soi, et qu'ainsi il fait le bien et est sage
par soi ; qu'il possède en soi la foi et la charité, qu'il les tire de
soi et non de Dieu, et autres erreurs dangereuses, telles que celles où sont
en enfer ceux qui, lorsqu'ils étaient dans le monde, ont cru que la nature vit,
ou que par son mouvement elle produit la vie ; ces malheureux, lorsqu'ils regardent
le ciel, voient sa lumière comme de pures ténèbres. J'entendis un
jour une voix du ciel qui disait que si dans l'homme il y avait eu une étincelle
de vie qui fût de lui, et non de Dieu, le ciel n'existerait pas, ni rien de
ce qu'il y a dans le ciel, et que par conséquent il n'y aurait point eu d'église,
et ainsi point de vie éternelle. Voyez, pour de plus grands détails sur
cela, les N° 132 jusqu'à 136, dans l'ouvrage de l'Amour conjugal.
X.
Le spirituel, ainsi revêtu, fait que l'homme peut vivre ici-bas rationnellement
et moralement, et par là spirituellement.
12. Du principe ci-dessus établi, que l'âme se revêt du corps,
comme l'homme d'un habit, on peut tirer cette conclusion. Car l'âme influe dans
l'esprit, et par l'esprit dans le corps, et porte avec soi la vie, qu'elle reçoit
continuellement de Dieu, et la transmet ainsi médiatement au corps, où,
par l'union la plus étroite, elle fait que le corps paraît vivre; de là,
et de mille preuves tirées de l'expérience, il est évident que le
spirituel uni au matériel, comme la force vive à la force morte, fait que
l'homme parle rationnellement et agit moralement ; il semble que ce sont la langue
et les lèvres qui parlent par une vie qui soit à elles, et les bras et
les mains qui agissent de même ; mais, en effet, c'est la pensée, qui en
soit est spirituelle, qui parle, et la volonté, qui est également spirituelle,
qui agit ; et l'une et l'autre par le moyen de leurs organes qui en soi sont matériels,
parce qu'ils sont pris du monde naturel ; ce qui vous paraîtra aussi clair que
le jour, si vous faites attention à ceci : séparez par l'abstraction la
pensée de la parole, n'est il pas vrai que la bouche sera muette dans le moment
? Séparez aussi la volonté de l'action, les mains ne resteront-elles pas
aussitôt sans mouvement ? L'union du spirituel avec le naturel, et par conséquent
la présence de la vie dans le matériel, peut être comparée au
vin dans une éponge, au moût dans le raisin, à la liqueur savoureuse
dans une poire, ou à l'odeur aromatique dans la cannelle ; les fibres de l'éponge,
du raisin, de la poire, de la cannelle, sont des matières qui de soi n'ont aucun
goût, ni odeur ; mais elles tirent l'un et l'autre des fluides qui sont en elles
ou autour d'elles ; c'est pourquoi, si vous en exprimez ces fluides, ce ne sont plus
que des fils morts. Il en est de même des organes du corps ; si la vie ne est
ôtée. Que l'homme soit raisonnable par l'union du spirituel avec le naturel,
cela se prouve par l'analyse de sa pensée ; et qu'il soit moral par l'honnêteté
de ses actions et la politesse de ses manières. Voilà des choses que l'homme
doit à la faculté qu'il a de recevoir l'influence qui vient de Dieu par
le ciel angélique, séjour de la sagesse et de l'amour, et par conséquent
de la rationalité et de la moralité. Par là on voit que le spirituel
et le naturel, unis dans l'homme, font qu'il vit ici-bas spirituellement. Ce qui
arrive après la mort, quoique d'une autre manière, parce que l'âme
de l'homme est alors revêtue d'un corps substantiel ; comme elle l'avait été
d'un corps matériel dans ce monde naturel. Plusieurs s'imaginent que les perceptions
et les pensées de l'esprit étant spirituelles influent toutes nues, et
non par des formes organisées ; mais ils se trompent fort, parce qu'ils ne font
point attention à l'intérieur de la tête, où les perceptions
et les pensées sont dans leurs principes ; ils ne voient pas que dans cette
partie sont contenus le cerveau et le cervelet, composés des substances cendrée
et médullaire, et renfermant des glandes, des canaux, des cloisons ; le tout
contenu et entouré par la dure et la pie-mère ou les méninges, et
que l'homme pense et veut bien ou mal, selon l'état bon ou mauvais de tous ces
organes ; et que par conséquent il est raisonnable, selon l'information organique
de son esprit (a).
(a) Il ne faudrait pas conclure que l'homme n'est pas libre, parce qu'il pense
et veut bien ou mal, selon la conformation bien ou mal organisée du cerveau
; ce serait assurément aller contre l'intention de l'auteur qui a si bien établi
la liberté de l'homme. L'homme peut vouloir le mal et faire le bien. Eh ! quelle
est ici-bas sa tâche ? N'est-ce pas réprimer ses penchants vicieux, et
de diriger au bien sa volonté ; ou, pour parler le langage de notre auteur,
de soumettre sa volonté à l'entendement ? Je comparerais volontiers celle-là
à un cheval fougueux qui se précipite par tout où on le pousse ; et
l'entendement, au guide qui le fait aller où il veut. Aussi quand ce guide est
mauvais, que de fausses routes, que de chutes il en résulte ! On peut citer
pour exemple les fous, chez qui le dérangement organique du cerveau produit
un bouleversement total dans les opérations intellectuelles.
Car la vue rationnelle de l'homme, qui appartient à l'entendement, serait
nulle, sans les formes organisées pour la réception de la lumière
spirituelle, comme sa vue naturelle sans les yeux, et ainsi du reste.
XI.
La réception de cette influence est conforme à l'état de l'amour
et de la sagesse dans l'homme.
13. Nous avons démontré ci-dessus, que l'homme n'est point la vie,
mais l'organe de la vie de Dieu ; que l'amour uni avec la sagesse est la vie, et
que Dieu est l'amour et la sagesse même, et par conséquent la vie ; de
là il suit que plus l'homme aime la sagesse, ou plus la sagesse est dans le
sein de l'amour en lui, plus il est l'image de Dieu, c'est-à-dire le réceptacle
de la vie procédant de Dieu ; et qu'au contraire, plus il est dans l'amour opposé,
et par là dans la folie, moins il reçoit la vie de Dieu, et plus il reçoit
la vie de l'enfer, laquelle vie est appellée mort. L'amour et la sagesse ne
sont point la vie ; mais ils sont l'être de la vie ; et les douceurs de l'amour
et les charmes de la sagesse, qui sont les affections, sont la vie ; car l'être
de la vie existe par ces affections. L'influence de la vie procédant de Dieu
porte avec soi ces douceurs et ces charmes, comme l'influence de la lumière
et de la chaleur dans le printemps les porte dans les cœurs des hommes, dans les
oiseaux et les bêtes de toute espèce, et même dans les végétaux
qui germent alors et fructifient. Car les douceurs de l'amour et les charmes de la
sagesse dilatent les cœurs et les disposent à la réception, comme la joie
fait épanouir la face, et la dispose à l'influence des voluptés de
l'âme. L'homme que l'amour de la sagesse affecte est comme le jardin d'Eden,
où sont deux arbres, l'un de la vie, et l'autre de la science du bien et du
mal ; l'arbre de vie est la réception de l'amour et de la sagesse de Dieu, et
l'arbre de la science du bien et du mal est la réception de l'amour et de la
sagesse de soi-même ; l'homme qui reçoit de soi-même, l'amour et le
sagesse, croit être sage comme Dieu, mais il est réellement fou ; celui-là
est véritablement sage qui les reçoit de Dieu, et qui croit qu'il n'y a
de sage que Dieu seul, et que l'homme est sage autant qu'il croit cette vérité,
et d'autant plus qu'il sent la vouloir. Voyez pour un plus grand détail sur
ce sujet, dans l'ouvrage de l'Amour conjugal, n° 132 à 136. J'ajouterai
ici un secret du ciel, qui confirme ce que j'avance; savoir, que tous les anges du
ciel tournent le sinciput vers le Seigneur comme soleil, et que tous les anges de
l'enfer tournent vers lui l'occiput ; que ceux-ci reçoivent l'influence dans
les affections de leur volonté, qui en soit sont concupiscences, et y font accorder
leur entendement ; mais que ceux-là reçoivent l'influence dans les affections
de leur entendement, et y font accorder la volonté, et par conséquent les
uns sont dans la sagesse, et les autres dans la folie ; car l'entendement humain
réside dans le cerveau, qui est sous le sinciput, et la volonté dans le
cervelet qui est dans la région de l'occiput. Qui ne sait point que l'homme
insensé par les erreurs qu'il adopte lâche la bride à ses mauvais
désirs, et les appuie par les raisons que lui fournit son entendement ; et que
celui, au contraire, qui est devenu sage par les vérités, voit quelles
sont les passions de sa volonté et les réprime ? L'homme sage agit ainsi,
parce qu'il tourne sa face vers Dieu, c'est à dire croit en Dieu, et non en
soi ; mais l'insensé agit autrement, parce qu'il détourne sa face de Dieu,
c'est-à-dire croit en soi, et non en Dieu ; croire en soi, c'est croire qu'on
aime et qu'on est sage par soi, et non par Dieu ; c'est ce qui est désigné
par manger de l'arbre de la science du bien et du mal ; et croire en Dieu, c'est
croire qu'on aime et qu'on est sage par Dieu, et non par soi ; et c'est là manger
de l'arbre de vie, Apoc. II,7. On peut voir par là, quoique obscurément
encore, que la réception de l'influence de la vie procédant de Dieu est
conforme à l'état de l'amour et de la sagesse en l'homme. Cette influence,
au reste, peut être rendue sensible par l'influence de la lumière et de
la chaleur dans les végétaux, qui fleurissent et fructifient selon la contexture
des fibres qui les composent, et ainsi suivant la réception de l'influence.
On peut aussi l'éclaircir par l'influence des rayons de lumières dans les
pierres précieuses, qu'ils modifient en couleurs selon la position des parties
dont elles sont composées, et par conséquent selon la réception. On
peut encore en prendre une idée claire par les prismes et par les eaux de pluie,
au moyen desquels on voit une infinité de couleurs selon les incidences, les
réfractions, et par conséquent selon la réception de la lumière.
Il en est de même pour les esprits humains, quant à la lumière spirituelle,
qui procède du Seigneur comme soleil, et influe continuellement, mais est différemment
reçue.
XII.
L'entendement dans l'homme peut être élevé dans la lumière,
c'est-à-dire dans la sagesse où sont les anges du ciel, selon la culture
de la raison, et sa volonté peut être élevée dans la chaleur,
c'est-à-dire dans l'amour où sont les anges, selon les actions de sa vie
; mais l'amour de la volonté ne peut être élevé qu'autant que
l'homme veut et fait ce que lui enseigne la sagesse de l'entendement.
14. Par l'esprit de l'homme on entend ses deux facultés appelées entendement
et volonté : l'entendement est le réceptacle de la lumière du ciel,
qui dans son essence est sagesse, et la volonté est le réceptacle de la
chaleur du ciel, qui dans son essence est amour, comme on l'a vu ci-dessus : ces
deux choses, sagesse et amour, procèdent du Seigneur, comme soleil, et influent
dans le ciel universellement et particulièrement ; de là, la sagesse et
l'amour dans les anges ; et de même dans ce monde matériel universellement
et particulièrement ; de là, la sagesse et l'amour dans les hommes.
Or, cette sagesse et cet amour procèdent de Dieu ensemble ; ils influent également
ensemble dans les âmes des anges et des hommes ; mais ils ne sont pas reçus
ensemble dans leur esprit ; car, d'abord, la lumière qui fait l'entendement
y est reçue, et ensuite l'amour qui fait la volonté, et cela est ainsi
par une sage prévoyance, parce que tout homme doit être créé
de nouveau, c'est à dire, réformé, ce qui se fait par l'entendement.
Car il puise dès son enfance les connaissances du vrai et du bon, qui lui enseignent
à bien vivre, c'est à dire à vouloir et à faire le bien : ainsi
la volonté se forme par l'entendement. C'est pour cette fin qu'a été
donnée à l'homme la faculté d'élever son entendement presque
à la lumière, dans laquelle sont les anges du ciel, afin qu'il voie ce
qu'il doit vouloir et faire pour être content dans ce monde pour le temps, et
heureux après sa mort pour l'éternité : il est heureux et content
s'il acquiert la sagesse et retient sa volonté sous l'emprise de la sagesse
; mais infortuné et malheureux, s'il soumet son entendement à sa volonté
: la raison en est que la volonté, dès la naissance, est portée au
mal et au crime ; c'est pourquoi, s'il ne la réprimait par l'entendement, l'homme
se précipiterait dans les crimes les plus horribles, et même, poussé
par sa nature féroce, il pillerait, il massacrerait pour son plaisir tous ceux
qui ne seraient pas de son parti ou qui ne lui plairaient point. De plus, si l'entendement
ne pouvait être perfectionné séparément, et la volonté par
l'entendement, l'homme ne serait point l'homme, mais une bête. Car sans cette
séparation, et sans l'élévation de l'entendement au dessus de la volonté,
il n'aurait pu penser, ni parler d'après ses pensées, mais seulement montrer,
par un son quelconque, son affection, il n'aurait pu non plus agir par raison, mais
par instinct ; encore moins aurait-il pu connaître les choses qui concernent
Dieu, et par elles Dieu lui-même, ni par conséquent être uni à
lui, et vivre éternellement. Car l'homme pense et veut en apparence par lui-même,
et cette apparence est un réciprocité d'union ; en effet, il n'y a point
d'union de l'actif avec le passif sans réactif. Dieu seul agit, et l'homme reçoit
l'action, et réagit en apparence par soi ; mais dans le vrai, c'est par Dieu
qu'il agit. De ce que nous venons de dire bien compris, on peut voir quel est l'amour
de la volonté de l'homme, s'il est élevé par l'entendement, et quel
il est, s'il n'est point élevé, et par conséquent quel est l'état
de l'homme. Mais quel est l'état de l'homme, si l'amour de la volonté n'est
pont élevé par l'entendement ? C'est ce que nous allons éclaircir
par des comparaisons. Il est comme un aigle qui prend son essor dans les airs : dès
qu'il aperçoit au-dessous de lui quelque proie capable de tenter son appétit,
comme poules, oisons, agneaux, il se précipite dessus à l'instant, l'enlève
et la dévore ; il est comme un adultère, qui cache une femme de mauvaise
vie dans un lieu bas et secret de sa maison, et monte de temps en temps dans les
autres appartements, où il parle sagement de la chasteté avec ceux qui
s'y trouvent ; mais un moment après, s'échappant du milieu de la compagnie,,
il descend dans ce lieu secret et va assouvir sa passion avec cette femme perdue
: il est encore semblable à un voleur qui se campe au haut d'une tour où
il feint de faire la garde ; dès qu'il aperçoit en bas quelque objet de
rapine, le voilà qui se hâte de descendre, et se met à piller : il
peut aussi être comparé aux mouches des marais, qui volent en troupe sur
la tête d'un cheval qui galope, mais qui, lorsque le cheval s'arrête, s'éloignent,
et vont se replonger dans leurs marais. Tel est l'homme, dont la volonté ou
l'amour n'est point élevé par l'entendement : en effet, il vit alors dans
la fange, plongé dans les immondices de la nature et les voluptés des sens.
Il n'en est pas ainsi de celui qui, par la sagesse de l'entendement, dompte les amorces
des passions de sa volonté chez lui, dans la suite, l'entendement fait une alliance
conjugale avec la volonté, et conséquemment la sagesse avec l'amour, et
y cohabitent pour toujours avec toutes leurs délices.
XIII.
Il en est bien autrement dans les bêtes.
14. Ceux qui jugent d'après la seule apparence des choses qui se présentent
à leurs sens concluent que les bêtes ont la volonté et l'entendement
comme les hommes, et que par conséquent la seule différence qu'il y a,
c'est que l'homme peut parler, et énoncer ce qu'il pense et ce qu'il désire,
et la bête seulement exprimer tout cela par un son quelconque. La vérité
est pourtant qu'il n'y a dans les bêtes ni volonté ni entendement ; mais
seulement quelque chose qui en tient lieu, et que les savants désignent sous
le nom d'analogue. L'homme est tel, parce que son entendement peut être élevé
au-dessus des désirs de sa volonté, et par là les connaître,
les voir et les modérer ; mais la bête est telle, parce que ses désirs
la portent à faire tout ce qu'elle fait. Ainsi ce qui distingue l'homme de la
bête, c'est que dans celui-ci la volonté est sous la dépendance de
l'entendement, et dans la bête, au contraire, l'entendement est sous l'empire
de la volonté. De là on peut tirer cette conséquence, que l'entendement
de l'homme est vivant, et par conséquent un vrai entendement, parce qu'il reçoit
la lumière qui influe du ciel, la prend et la sent comme étant en soi,
et par elle pense et produit les idées les plus variées comme de lui-même,
et que sa volonté est vivante, et par là une véritable volonté,
parce qu'elle reçoit l'amour qui influe du ciel, et par le moyen duquel il agit
comme de lui-même. C'est tout le contraire dans les bêtes. Ainsi ceux qui
pensent d'après les passions de leur volonté sont semblables aux bêtes,
et même dans le monde spirituel ils paraissent de loin comme des bêtes
; ils agissent aussi comme elles, avec cette seule différence qu'ils peuvent
agir autrement, s'ils le veulent. Mais ceux qui répriment par l'entendement
les passions de leur volonté, et par là agissent raisonnablement et sagement,
paraissent dans le monde spirituel comme des hommes, et sont des anges du ciel. En
un mot, la volonté et l'entendement dans les bêtes sont toujours unis ;
et parce que la volonté en soi est aveugle, puisqu'elle vient de la chaleur,
et non de la lumière, elle rend aussi l'entendement aveugle ; de là vient
que la bête ne sait point ce qu'elle fait, et cependant elle agit ; mais elle
agit par l'influence procédant du monde spirituel, et cette action dans la bête
est ce que nous nommons instinct. On s'imagine que la bête pense et comprend
ce qu'elle fait ; mais cela n'est point : elle est seulement portée à agir
par un amour naturel qui lui est implanté dès la création, et par
l'aiguillon de ses sens corporels. Si l'homme pense et parle, c'est uniquement parce
que son entendement peut être séparé de sa volonté, et élevé
jusque dans la lumière du ciel ; car l'entendement produit la pensée, et
la pensée les paroles. Si les bêtes agissent conformément aux lois
de l'ordre gravées dans leur nature, et quelques-unes même moralement et
raisonnablement en quelque manière, bien différentes en cela de certains
hommes, c'est que leur entendement est l'obéissance aveugle des désirs
de leur volonté, et que par là elles n'ont pu pervertir ces désirs
par de mauvais raisonnements, comme ont fait les hommes. Il faut observer que par
la volonté et l'entendement des bêtes, dans ce qui vient d'être dit,
j'entends ce qui en tient lieu, l'annalogue. Ce mot analogue vient d'un mot grec
qui désigne l'apparence (a).
(a) Analogue en grec analogos vient d' ___ qui en composition marque similitude,
ressemblance, et de ___, discours, parole, raison, opinion ; analogue signifie donc
ressemblance, semblable en apparence.
La vie de la bête peut être comparée à un noctambule qui marche
et agit par sa seule volonté, tandis que son entendement est assoupi ; à
un aveugle qui va dans les rues conduit par un chien ; à un imbécile qui,
par l'usage et l'habitude, fait un ouvrage selon les règles ; enfin à un
homme qui n'a point de mémoire, et par conséquent privé d'entendement,
qui cependant fait ou apprend à se vêtir, à manger, à aimer le
sexe, à aller dans les places de maisons en maisons et à faire tout ce
qui flatte ses sens et ses désirs charnels, par les amorces desquels il se laisse
conduire, quoiqu'il ne pense point, et par conséquent ne puisse parler. Par
là on voit combien se trompent ceux qui croient que les bêtes sont douées
de la raison, et qu'elles diffèrent des hommes seulement par la forme extérieure,
et parce qu'elles ne peuvent énoncer leurs pensées. De ces faussetés
plusieurs osent conclure que, si l'homme vit après sa mort, la bête vivra
aussi, que d'un autre côté, si la bête ne vit point après sa
mort, l'homme ne vivra pas non plus, et autres erreurs pareilles, nées de l'ignorance
où ils sont sur la volonté et l'entendement, et sur les degrés par
lesquels l'esprit de l'homme s'élève comme par une échelle jusqu'au
ciel.
XIV.
Il y a trois degrés dans le monde spirituel et trois degrés dans le
monde naturel, jusqu'à présents inconnus, selon lesquels se fait toute
influence.
15. En cherchant les causes par les effets, on trouve qu'il y a deux espèces
de degrés : les uns renferment les quantités antérieures et postérieurs
(priora et posteriora), les autres les quantités plus ou moins grandes (majora
et minora). Les degrés qui distinguent les quantités antérieures et
postérieures doivent être appelés degrés de hauteur ou séparés,
et les degrés par lesquels les quantités plus ou moins grandes sont distinguées
l'une de l'autre doivent être nommés degrés de largeur ou continus.
Les degrés de hauteur ou séparés sont comme les générations
et les compositions d'une chose par une autre ; par exemple, d'un nerf par les fibres,
et d'une fibre par les fibrilles ; ou d'un bois, d'une pierre par les parties, et
d'une partie par les particules. Les degrés de largeur ou continus sont comme
les accroissements et décroissements d'un même degré de hauteur par
rapport à la largeur, longueur et profondeur ; par exemple, du volume plus ou
moins grand de l'eau, de l'air, ou de l'ether, ou comme celui des masses de bois,
de pierre, de métal, etc. Toutes et chacune des choses qui sont dans les mondes
spirituel et naturel sont par leur création dans ces deux espèces de degrés,
tant le règne animal dans notre monde en général et en particulier,
que le règne végétal et le minéral aussi bien que l'étendue
atmosphérique depuis le soleil jusqu'à la terre. C'est pourquoi il y trois
atmosphères distinctes l'une de l'autre selon les degrés de hauteur, tant
dans le monde spirituel que dans le monde naturel, parce qu'il y a un soleil dans
l'un comme dans l'autre de ces mondes. Mais les atmosphères du monde spirituel
sont substantielles par leur origine, de même que les atmosphères du monde
naturel sont matérielles, et parce que ces atmosphères descendent de leur
origine suivant ces degrés, et qu'elles sont les réservoirs de la lumière
et de la chaleur, et comme les véhicules pour les porter partout, il suit qu'il
y a trois degrés de lumière et de chaleur ; et parce que la lumière
dans le monde spirituel dans son essence est sagesse, et que la chaleur dans son
essence est amour, ainsi que nous l'avons fait voir ci-dessus, il s'ensuit aussi
qu'il y a trois degrés de sagesse et trois degrés d'amour, et par conséquent
trois degrés de vie. De là vient aussi qu'il y a trois cieux angéliques
: le suprême, qui est aussi appelé le troisième, où sont les
anges du suprême degré ; le moyen, qui est aussi nommé le second,
où sont les anges de moyen degré ; et le dernier aussi appelé le premier,
où sont les anges du dernier degré. Les cieux sont encore distingués
selon les degrés de sagesse et d'amour : ceux qui sont dans l'amour de savoir
les vérités et les biens ; ceux qui sont dans le second sont dans l'amour
de les comprendre, et ceux qui sont dans le troisième sont dans l'amour d'être
sages. C'est-à-dire de vivre selon qu'ils savent et comprennent. De même
que les cieux angéliques sont distingués en trois degrés, de même
aussi l'esprit de l'homme est distingué en trois degrés, parce qu'il est
l'image du ciel, c'est à dire le ciel en petit ; de là vient que l'homme
peut devenir ange de l'un de ces trois cieux, et cela se fait selon la réception
de l'amour et de la sagesse procédant du Seigneur ; ange du premier ciel, s'il
reçoit seulement l'amour de savoir les vérités et les biens ; ange
du second ciel, s'il reçoit l'amour de les comprendre ; et ange du troisième
ciel, s'il reçoit l'amour d'être sage, c'est-à-dire de vivre selon
les vérités et les biens qu'il connaît.
Que l'esprit de l'homme soit distingué en trois degrés conformément
aux cieux, voyez-en la preuve dans l'ouvrage de l'Amour conjugal, n°270. Par
ce qui vient d'être dit, il est évident que toute influence spirituelle
descend du Seigneur dans l'homme par ces trois degrés, et qu'elle est reçue
par l'homme selon le degré de sagesse et d'amour où il est. La connaissance
de ces degrés est aujourd'hui d'une très grande utilité, parce que
plusieurs les ignorant, vivent et persistent dans le dernier degré, où
sont les sens de leur corps, et qu'à cause de cette ignorance qu'on peut apeller
les ténèbres de l'entendement, ils ne peuvent être élevés
dans la lumière spirituelles qui est au-dessus d'eux. De là le naturalisme
où ils tombent dès qu'ils veulent examiner la nature de l'âme, de
l'esprit et de ses facultés, et bien plus encore, lorsqu'ils raisonnent sur
le ciel et sur la vie future. On pourrait les comparer à ces méprisables
astrologues qui, après avoir examiné le ciel, ne vous donnent que de vaines
prédictions ; à ces grands causeurs, qui parlent et raisonnent sur tout
ce qu'ils voient et entendent, avec cette différence pourtant que ceux-ci mettent
une ombre de jugement dans leurs décisions ; à des bouchers qui se croiraient
de grands anatomistes, pour avoir examiné superficiellement les entrailles des
bœufs et des brebis. C'est pourtant une vérité que penser d'après
les seules lueurs de la lumière naturelle non éclairée par la lumière
spirituelle, ce n'est autre chose que rêver et que parler d'après ces pensées,
c'est parler au hasard comme les devins. Quant aux degrés dont il a été
question dans cet article, voyez l'ouvrage du Divin amour et de la Divine sagesse,
n°113 jusqu'à 281, où il en est plus amplement traité.
XV.
Les fins sont dans le premier degré, les causes dans le second, et les effets
dans le troisième.
17. Qui ne voit point que la fin n'est pas la cause, mais le produit ; que celle
ci n'est point l'effet , mais le produit ; et par conséquent que ce sont trois
choses distinctes qui se succèdent par ordre ? La fin chez l'homme, c'est l'amour
de sa volonté ; car ce que l'homme aime, il se le propose pour but. La cause,
c'est la raison de son entendement ; car c'est par cette raison que la fin recherche
les causes moyennes ou efficientes ; et l'effet est l'opération du corps par
et selon la fin et la cause. Il y a donc trois choses dans l'homme, qui se succèdent
par ordre l'une à l'autre, comme les degrés de hauteur. Lorsque ces trois
choses agissent, alors la fin se trouve dans la cause, et par la cause dans l'effet;
c'est pourquoi elles coexistent toutes les trois dans l'effet. de là vient qu'il
est dit dans la parole que chacun sera jugé selon ses œuvres ; car la fin ou
l'amour de sa volonté, et la cause ou la raison de son entendement coexistent
dans les effets, qui sont les œuvres de son corps, et par conséquent l'état
de l'homme entier s'y trouve aussi. Ceux qui ignorent cela, et distinguent ainsi
les objets de la raison, ne peuvent que borner leurs idées aux atomes d'Epicure,
aux monades de Leibnitz, ou aux substances simples de Wolf, et par là fermer,
pour ainsi dire, au verrou leur entendement, de manière qu'ils ne peuvent plus,
même à l'aide de la raison, penser sur l'influence spirituelle, parce qu'ils
n'ont point d'idée d'une progression. En effet, ce dernier auteur dit de sa
substance simple qu'étant divisée elle est réduite à rien. C'est
ainsi que l'entendement s'arrête à sa première lumière qui ne
lui vient que des sens, et ne peut aller plus avant. De là vient qu'alors on
s'imagine que le spirituel n'est autre chose que le naturel subtilisé, que la
brute ainsi que l'homme est douée de la raison, et que l'âme est un souffle
semblable à celui que l'homme exhale quand il meurt, autres rêveries semblables
qui viennent plutôt des ténèbres que de la lumière. Puisque toutes
les choses, soit dans le monde spirituel, soit dans le monde naturel, vont conformément
à ces degrés, comme il a été dit dans l'article précédent,
il est évident que connaître ces degrés, savoir les distinguer l'un
de l'autre, et les voir dans leur ordre, c'est proprement là l'intelligence.
Par cette connaissance, il est même facile de connaître l'état de
l'homme, lorsqu'on sait quel est son amour ; car, comme on l'a dit, la fin, qui appartient
à la volonté, les causes qui sont du ressort de l'entendement, et les effets,
qui sont au corps viennent tous de l'amour comme l'arbre vient de la semence, et
le fruit de l'arbre. Il y a trois sorte d'amour : l'amour du ciel, l'amour du monde
et l'amour de soi. L'amour du ciel est spirituel, l'amour du monde est matériel,
et l'amour de soi est corporel. Quand l'amour spirituel domine, tout ce qui vient
de lui, comme les formes de leur essence, est spirituel ; si l'amour principal est
celui du monde ou des richesses, et par là matériel, tout ce qui vient
de lui, comme les productions de leur principe, est matériel ; de même,
si l'amour dominant est l'amour de soi ou de la prééminence sur tous les
autres, et ainsi corporel, tout ce qui vient de lui est corporel, parce que l'homme
qui est dans cet amour ne pense qu'à soi, et par là plonge dans le corps
toutes les pensées de son esprit. Donc, comme il a été dit ci-dessus,
quiconque connaît l'amour dominant de quelqu'un , et les progressions des fins
aux causes, et des causes aux effets, trois choses qui se succèdent par ordre
selon les degrés de hauteur, peut se flatter de connaître l'homme à
fond. C'est ainsi que les anges du ciel connaissent tous ceux avec lesquels ils parlent
; ils distinguent leur amour au son de leur voix, à leur visage ils voient leur
intérieur, et à leurs gestes leur état.
XVI.
Par là on voit quelle est l'influence spirituelle depuis son origine jusqu'à
ses effets.
18. Jusqu'à présent on a fait venir l'influence spirituelle de l'âme
dans le corps, et non de Dieu dans l'âme, et ainsi dans le corps, et cela parce
qu'on n'avait encore rien su du monde spirituel et de son soleil, duquel viennent,
comme de leur source, toutes les choses spirituelles ; ni par conséquent de
l'influence du spirituel dans le naturel. Maintenant comme il m'a été accordé
d'être en même temps dans le monde spirituel et dans le monde naturel,
et par là de voir l'un et l'autre monde, l'un et l'autre soleil, je me crois
obligé de manifester ces choses : car, que sert-il de savoir, si ce que l'on
sait un autre ne peut le savoir aussi ? Qu'est ce que savoir sans faire part aux
autres de sa science, sinon amasser de grands trésors, les tenir renfermés,
ou seulement les examiner de temps en temps et les compter sans aucune intention
d'en faire usage ? C'est là véritablement l'avarice spirituelle. Mais,
pour connaître parfaitement ce que c'est et quelle est l'influence spirituelle,
il faut savoir ce que c'est que le spirituel dans son essence, ce que c'est que le
naturel, enfin ce que c'est que l'âme humaine : afin donc de mieux comprendre
ce petit traité, il conviendra de consulter quelques articles de l'ouvrage de
l'Amour conjugal, pour le spirituel, nos 326 à 329, pour l'âme humaine,
n° 315, et pour l'influence du spirituel dans le naturel, n°380 et plus
long, n°s 415 et 422.
19. Après que j'eus écrit ce qu'on vient de lire, je priai le Seigneur
qu'il me fût permis de parler avec les disciples d'Aristote, de Descartes et
de Leibnitz, afin de connaître leurs opinions sur le commerce de l'âme
et du corps. Après ma prière, je vis autour de moi neuf hommes, trois Aristotéliciens,
trois Cartésiens et trois Leibnitziens. Les adorateurs d'Aristote étaient
à gauche, les sectateurs de Descartes à droite, et derrière, les fauteurs
de Leibnitz : auloin et à une certaine distance l'un de l'autre, je vis trois
hommes qui paraissaient comme les coryphées, et je compris que c'étaient
les chefs ou les maîtres eux-mêmes. Derrière Leibnitz était quelqu'un
tenant de la main le bas de sa robe, et l'on me dit que c'était Wolf. Ces neuf
personnages, se regardant mutuellement, se saluèrent d'abord poliment, et se
mirent à converser. Mais dans l'instant il s'éleva des enfers un esprit
tenant dans la main droite une petite torche qu'il agitait devant leur visage ; dès
lors ils devinrent ennemis, trois contre trois ; ils se regardaient d'un air menaçant
: la fureur de contredire et de disputer les saisit. Les Aristotéliciens, qui
étaient aussi scolastiques, commencèrent la dispute, disant : Qui ne voit
point que les objets influent par les sens dans l'âme, de la même manière
qu'un homme entre par la porte dans la maison, et que l'âme pense d'après
cette influence ? N'est-il pas vrai que lorsqu'un amant voit sa jeune amante ou sa
fiancée, son œil étincelle, et porte l'amour dans son âme ? N'est-il
pas vrai qu'un avare, voyant des bourses pleines d'argent, les dévore des yeux,
et que cette ardeur passant de ses sens dans son âme y excite le désir
de les posséder ? N'est il pas vrai que l'orgueilleux s'entendant louer par
quelqu'un écoute avec transport ces louanges, qui passent de son oreille dans
son âme ? Les sens ne sont-ils pas comme les canaux par lesquels uniquement
tout entre dans le corps ? Qui peut, après cela et mille autres exemples semblables,
ne pas conclure que l'influence est purement naturelle ou physique ? A cela les sectateurs
de Descartes répondirent de la sorte : Hélas ! vous parlez d'après
les apparences. Ne savez vous pas que ce n'est pas l'œil qui aime la jeune amante,
mais l'âme ; que ce ne sont pas les sens du corps qui désirent l'argent,
mais l'âme ; qu'enfin c'est l'âme et non les oreilles qui saisit les louanges
? N'est ce pas la perception qui fait sentir, et la perception n'appartient-elle
pas à l'âme et non au corps ? Dites-nous, si vous le pouvez, qu'elle autre
chose que la pensée fait parler la langue et les lèvres, et quelle autre
chose que la volonté fait agir les mains ? Or la pensée et la volonté
appartiennent à l'âme et non au corps. Dites-nous donc quelle autre chose
que l'âme fait voir l'œil, entendre les oreilles et sentir les autres organes
? De là et de mille autres choses semblables, tout homme qui s'élève
un peu au-dessus des sens conclura que l'influence ne se fait point du corps dans
l'âme, mais de l'âme dans le corps ; influence que nous appelons occasionnelle
ou spirituelle. Les trois fauteurs de Leibnitz, qui étaient derrière les
autres, élevèrent alors leurs voix et dirent : Nous avons entendu les raisons
des deux partis, nous les avons comparées, et nous voyons qu'en plusieurs points
les unes prévalent sur les autres. C'est pourquoi, si vous le permettez, nous
allons vous mettre d'accord. Interrogés comment, ils répondirent : Il n'y
a point d'influence de l'âme dans le corps, ni du corps dans l'âme ; mais
seulement une opération unanime et instantanée de l'une et l'autre ensemble,
opération que notre célèbre maître a désignée par un
nom bien significatif, en l'appelant harmonie préétablie. Alors le même
esprit parut de nouveau avec sa petite torche, mais dans la main gauche, et il l'agita
derrière leur tête. Dans l'instant toutes leurs idées furent dans
la plus grande confusion, et ils se mirent tous à crier : Notre âme ni
notre corps ne savent plus où nous en sommes. Terminons donc ces disputes par
le sort, et rangeons-nous du côté du parti pour qui le premier sort tombera.
Ils prirent trois petits morceaux de papier, sur l'un desquels ils écrivirent
: Influence physique ; sur l'autre : Influence spirituelle ; et sur le troisième
: Harmonie préétablie. Ils les mirent tous les trois au fond d'un chapeau,
et choisirent un d'entre eux pour en tirer un. Celui-ci ayant mis la main dans le
chapeau en tira celui des billets qui portait : Influence spirituelle. Tous l'ayant
vu et lu dirent, les uns pourtant d'une voix claire et coulante, les autres d'une
voix obscure et embarrassée : Nous sommes pour ce parti, puisque le sort le
veut ainsi. Mais tout à coup parut un ange qui dit : Ne croyez point que ce
soit par hasard que ce billet de l'influence spirituelle est sorti le premier : c'est
par une permission expresse de Dieu. Car vous qui êtes dans un tourbillon d'idées
confuses, vous ne voyez point la vérité de cette influence ; mais la vérité
s'est offerte elle-même à vos mains, afin que vous la suiviez.
20. Un jour quelqu'un me demanda comment de philosophe j'étais devenu théologien.
Je répondis : de la même manière que des pêcheurs furent faits
disciples et apôtres par le Seigneur, et j'ajoutai que dès ma plus tendre
jeunesse j'avais aussi été pêcheur spirituel. Il me dit encore : qu'est
ce que pêcheur spirituel ? Pêcheur dans le sens spirituel de la parole,
lui dis-je, signifie l'homme qui recherche et enseigne les vérités naturelles,
et qui ensuite par le raisonnement s'élève jusqu'aux vérités
spirituelles. Interrogé comment je démontrerais cela, je dis, par ces passages
de la parole : « Alors les eaux de la mer manqueront, le fleuve deviendra sec
et aride, c'est pourquoi les pêcheurs pleureront, et tout ceux qui jettent l'hameçon
dans la mer seront dans la tristesse. Isaïe, XIX, 5, 8. Les pêcheurs d'Engedi
étaient sur le fleuve dont les eaux étaient saines ; ils étendaient
leurs filets où il y avait grand nombre de poissons de toute espèce, comme
le poisson de la grande mer. Ezech. XLVII, 9, 10. Voilà que je vais envoyer,
dit Jéhovah, plusieurs pêcheurs qui pêcheront les fils d'Israël.
Jérém. XVI, 16. » Par là on voit pourquoi le Seigneur avait choisi
des pêcheurs pour ses disciples, et pourquoi il leur dit : Suivez-moi, et je
vous ferai pêcheurs d'hommes. Mat. IV, 8, 19 ; Marc. I, 16, 17 ; et à Pierre,
lorsqu'il eut pris une grande quantité de poissons : Dès maintenant vous
prendrez des hommes. Luc. V, 9, 10. Après cela, je démontrais l'origine
de cette signification de pêcheur, par des passages de l'Apocalypse révélée
; savoir, par ce que l'eau signifie les vérités naturelles n° 50,
932, de même que le fleuve, n°409, 932. Le poisson, ceux qui sont dans
ces vérités naturelles, n°450, et par conséquent les pêcheurs,
ceux qui recherchent et enseignent les vérités. Après que j'eus ainsi
parlé, celui qui m'avait interrogé éleva la voix et dit : Maintenant
je puis comprendre pourquoi le Seigneur avait appelé et choisi des pêcheurs
pour être ses disciples, et ainsi je ne suis pas surpris qu'il vous ait aussi
appelé, puisque, comme vous le dites, dès votre plus tendre jeunesse vous
avez été pêcheur dans le sens spirituel, c'est à dire scrutateur
des vérités naturelles ; et maintenant vous l'êtes des vérités
spirituelles, parce que celles-ci sont fondées sur celles-là. Il ajouta,
parce que c'était un homme de bon sens, qu'il n'y a que le Seigneur qui connaisse
ceux qui sont propres à comprendre et enseigner les choses qui sont de sa nouvelle
église, et s'il y en a quelqu'un de tel parmi les grands, ou parmi leurs serviteurs.
De plus, dit-il, quel est le théologien par mi les chrétiens qui n'a point
étudié la philosophie dans les universités avant de recevoir le bonnet
de docteur ? Car, autrement, où puiserait-il les connaissances qui lui sont
nécessaires ? Enfin il dit : Puisque vous êtes devenu théologien dites-nous
quelle est votre théologie ? Je répondis : Voici les deux points fondamentaux.
Qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et qu'il faut unir la charité à la foi. Eh
! qui en doute, répliqua-t-il ? et je répondis : La théologie d'aujourd'hui,
si on l'examine bien.
|