LA PROVIDENCE


 

     267. On appelle Providence le gouvernement du Seigneur dans les cieux et dans les terres. Or, comme c'est du Seigneur que procèdent tout bien qui appartient à l'amour et tout vrai qui appartient à la foi (au moyen desquels le salut s'opère), et qu'il n'en vient absolument rien de l'homme, la Divine Providence du Seigneur est dans toutes et dans chacune des choses qui contribuent au salut du genre humain. Le Seigneur l'enseigne en ces termes dans Jean :
« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (14 : 6) ; et ailleurs :
« Comme le sarment ne peut porter de fruit par soi-même, s'il ne demeure attaché au cep, de même vous non plus, si vous ne demeurez en Moi ; car sans Moi vous ne pouvez rien faire » (15 : 4-5).

     268. La Divine Providence du Seigneur s'étend aux plus petits détails de la vie de l'homme, car il n'y a qu'une seule source de vie : le Seigneur, par qui nous sommes, nous vivons et nous agissons.

     269. Ceux qui pensent à la Divine Providence d'après les choses du monde en concluent qu'elle ne s'étend qu'aux généralités et que les détails dépendent de l'homme ; mais ils ignorent tout des arcanes du ciel et se basent uniquement sur les amours de soi et du monde et sur les voluptés qui en découlent pour arriver à une telle conclusion. Voient-ils les méchants s'élever aux honneurs, acquérir plus de richesses que les bons, les voient-ils réussir dans leurs artifices, aussitôt ils disent dans leur coeur qu'il n'en serait pas ainsi si la Divine Providence s'étendait à toutes choses, y compris les particulières. Mais ils penseraient autrement s'ils considéraient que la Providence Divine a en vue non ce qui n'a qu'une durée éphémère et prend fin avec la vie de l'homme dans le monde, mais ce qui demeure éternellement, par conséquent ce qui n'a point de fin ; ce qui n'a point de fin, cela « est » ; mais ce qui a une fin, cela relativement « n'est » point. Que celui qui le peut considère si cent mille ans sont quelque chose en comparaison de l'éternité, et il percevra qu'ils ne sont rien. Que sont alors quelques années de vie dans le monde ?

     270. Quiconque examine attentivement ces choses peut savoir que la prééminence et l'opulence dans le monde ne sont point de réelles bénédictions divines - quoique l'homme, par l'agrément qu'il y trouve, les appelle ainsi - car elles passent et séduisent beaucoup de personnes, et les détournent du ciel. Les réelles bénédictions qui procèdent du Divin sont la vie éternelle et sa félicité ; c'est même ce que le Seigneur enseigne dans Luc :
« Amassez-vous... un trésor dans les cieux, qui ne s'épuise pas, où le voleur n'approche point, et où la teigne ne corrompt point ; car là où est votre trésor, là aussi sera votre coeur » (1 : 2 : 33-34).

     271. Si les méchants réussissent dans leurs artifices, c'est parce qu'il est conforme à l'ordre Divin que chacun agisse d'après sa raison et son libre arbitre. Car, S'il n'était pas laissé à l'homme d'agir conformément à sa raison et d'après son libre arbitre et si les artifices auxquels il peut ensuite recourir n'étaient voués à l'insuccès, l'homme ne pourrait nullement être mis en état de recevoir la vie éternelle, vie qui ne pénètre en lui que s'il est dans un état libre et que si sa raison est éclairée. En effet, personne ne peut être contraint au bien, parce que rien de ce qui est imposé à l'homme par contrainte ne s'attache à lui, puisque cela ne vient pas de lui. Ne devient, en effet, partie intégrante de l'homme que ce qu'il fait librement d'après sa raison et il fait librement ce qui vient de sa volonté ou de son amour, car la volonté ou l'amour, c'est l'homme même. Si l'homme était contraint de faire ce qu'il ne veut pas, néanmoins il inclinerait toujours en intention vers ce qu'il veut. De plus, chacun tend à ce qui est défendu pour la raison cachée qu'il tend à la liberté ; de là, il est évident que si l'homme n'était pas maintenu dans un état de liberté, il ne pourrait être pourvu à son bien.

     272. Laisser l'homme, en vertu de son libre arbitre, vouloir, et, autant que les lois ne le défendent pas, faire le mal, cela est appelé « permettre ».

     273. Quand, par son habileté, l'homme parvient aux félicités de ce monde, il a l'impression qu'il le doit à sa propre prudence ; toujours est-il qu'il ne peut rien faire sans la permission de la Divine Providence qui l'accompagne sans cesse et s'efforce continuellement de le détourner du mal ; mais lorsqu'il est conduit vers les félicités du ciel, l'homme sait et perçoit que cela provient non de sa propre prudence, mais du Seigneur, et que c'est l'oeuvre de la Divine Providence qui dispose et conduit continuellement au bien.

     274. L'homme, d'après la lueur naturelle, est incapable de saisir qu'il en soit ainsi, car cette lueur ne peut lui révéler les lois de l'ordre Divin.

     275. Il faut qu'on sache qu'il y a « Providence » et « Prévoyance ». Le Seigneur « pourvoit » au bien tandis qu'Il « prévoit » le mal. Ces deux choses vont forcément de pair, car ce qui vient de l'homme n'est rien autre que le mal et ce qui vient du Seigneur n'est rien autre que le bien.