CHAPITRE
V
COMMENT
LE SEIGNEUR SE PLUT À GLORIFIER SAINTE PHILOMÈNE
PAR
LES MIRACLES QU'IL ACCORDA À SON INTERCESSION
Le récit des miracles opérés par l'intercession de la
bienheureuse vierge et martyre sainte Philomène, offre une lecture aussi
curieuse qu'édifiante. Notre sainte est toute dans ses miracles : on l'a
nommée la Thaumaturge du XIXe siècle.
Les auteurs, qui ont écrit sur sa vie les ouvrages
les plus complets, prétendent n'avoir inséré qu’une faible
partie des faits connus. Pour nous, qui ne pouvons point sortir des
limites qui nous sont tracées, nous ne ferons que citer rapidement les prodiges
que nos devanciers ont racontés avec détail.
Le corps figuré, dont on avait recouvert les
ossements de sainte Philomène, était trop petit ; le coloris du visage et
la mauvaise disposition des dents offraient un aspect disgracieux ;
l'attitude de la sainte ne paraissait même pas décente. Or, en 1814, un matin,
la situation du corps se trouva tout à fait changée. Naguère il était étendu,
les genoux élevés, et voilà que les genoux reposent avec décence sur le petit
matelas, tandis que le reste du corps offre l’image d'une personne assise. Le
visage a corrigé ses premiers traits ; le menton s'est arrondi ; les
lèvres s'ouvrent avec une grâce merveilleuse, qui, jointe à l'amabilité de la
physionomie et au brillant coloris des joues, flatte agréablement les yeux.
Nul ne put nier le prodige,
aucune main humaine n'aurait pu remédier à tous ces défauts. Au reste, les
quatre sceaux, dont l'évêque de Potenza avait fermé la chasse, étaient restés
intacts, l’unique clef de la châsse était encore à Naples, aux mains de la
famille Terrès.
Les merveilles se succédèrent quand on voulut faire
une nouvelle châsse. On en fit jusqu'à quatre, et toujours elles se trouvaient
trop petites, le corps prenant sans cesse un miraculeux accroissement.
Au mois de juin de l’année 1831, un grand nombre de
personnes se trouvant à contempler sainte Philomène, on vit tout à coup son
front s'obscurcir, et ses traits prendre une expression sévère. On se mit en
prière ; c'était la prière du coeur humilié ; sur-le-champ le nuage
se dissipe, la première sérénité reparaît. Sainte Philomène venait de convertir
un impie. En effet, l'un des témoins déclara qu'à l'aspect de ce prodige, il
venait d'ouvrir les yeux à la lumière.
Plusieurs fois il s'est aussi opéré dans les yeux de
la Thaumaturge des mouvements extraordinaires, comme de regarder les personnes
qui sollicitaient une faveur particulière. C'est notamment ce qui eut lieu, en
1832, à l'égard de don Alberto Testa, qu'elle délivra des graves et nombreuses
infirmités auxquelles il était sujet depuis son enfance.
Le suintement de 1823 a fait trop de bruit pour que
nous ne le relations pas dans ce résumé.
Le 10 août, on faisait à Mugnano, la procession
d'usage avec la statue de la sainte. Chose extraordinaire ! Les porteurs
ne suffirent point à la charge, et, après quelques pas, ils durent reporter la
statue dans l'église. Cet événement attira les regards, et l'on remarqua une
rougeur extraordinaire sur le visage de la sainte. Le lendemain, trois
étrangers vinrent s'agenouiller devant la statue miraculeuse, et observèrent
qu'il y avait à l'extrémité du menton un globule brillant comme le cristal.
L'un d'eux se lève, y porte la main, et la retire mouillée d'une substance
liquide et glutineuse, qu'il présente à ses compagnons. Ils voient ensuite
sortir du visage de la statue une sueur prodigieuse ; ces gouttes
formaient comme deux ruisseaux qui, se réunissant sous le menton, descendaient
sur la poitrine. En même temps, les couleurs de la sainte paraissaient vivement
animées, et ses yeux étincelaient d'un éclat surprenant. Don François et le
curé accoururent ; cette sueur qu'ils palpèrent leur parut une substance à
la fois épaisse et gluante, qui retenait et repoussait le tact. Bientôt la
foule, qui envahit l'église, se mit à crier : « Miracle ! Miracle ! »
On remarqua de plus qu'un ruban, qui rattachait au cou de la statue une relique
de la sainte, était humecté d'une liqueur différente, plus dense et
d'une odeur très suave. Ce suintement a eu pour témoin toute la population. Ce
qui prouve d'ailleurs la nature de cet événement, c'est qu'il fut le point de
départ de la diffusion de la dévotion à sainte Philomène jusque dans des provinces
éloignées. On ne tarda pas non plus à en admirer les heureux résultats sur les cœurs :
nombre de pécheurs obstinés, qui refusaient de croire aux miracles de sainte
Philomène, furent convertis par ces miracles mêmes.
Partout où des autels s'élevèrent en l'honneur de la
martyre, les mêmes prodiges se répétèrent ; il en fut ainsi
particulièrement à Castelvétéré et à Lucéra. L'évêque de cette dernière ville
se sentit vivement poussé, en 1829, à établir la dévotion à sainte Philomène
dans sa cathédrale. Il espérait attirer par là les bénédictions du Ciel sur le
pasteur et sur le troupeau. Un jour, ayant besoin, pour son séminaire, d'un
professeur d'éloquence, il jette les yeux sur don Vincent Rodago, chanoine d'Apricéno. Celui-ci se présente pour montrer sa bonne
volonté et aussi son impuissance ; la phtisie l'avait mis aux portes du
tombeau. À moins que votre grandeur n'ait le don des miracles, dit le
chanoine... — Non, répliqua l'évêque en l'interrompant ;
mais nous avons quelqu'un qui les fera pour moi. Puis il lui remit une
image que don Vincent s'appliqua avec foi sur la poitrine. Sur-le-champ il se
sentit guéri, et s'écria : Monseigneur, je suis guéri.
A Naples, en 1831, sainte Philomène ressuscita un
enfant qui était venu mort. Les, prières de sa mère lui méritèrent
la grâce du baptême, et il vécut encore trente-cinq jours.
Parmi les miracles de sainte Philomène, on trouve de
nombreuses multiplications. En voici une que tout Mugnano peut attester.
L'église était pleine de monde, et une troupe
d'excellents musiciens, venus de Naples, exécutait avec beaucoup d'art un superbe
motet, quand une paysanne de Sirignano vint mettre le désordre dans
l'assemblée, en voulant arriver, par force, jusqu'à la lampe de la sainte, et y
prendre un peu d'huile. Or, la lampe était éteinte, faute d'aliment, et l'on se
préparait à rire de la déconvenue de la paysanne. Mais un miracle récompensa sa
foi. Elle tira de la lampe vide un verre d'une huile parfaitement pure, et
chacun put de nouveau glorifier Dieu et sainte
Philomène.
Il y eut des multiplications plus merveilleuses
encore, telles que celles des images de la sainte martyre et des livres écrits
en son honneur. Il arriva qu'au lieu de deux cents exemplaires qu'on avait
reçu, on en distribua jusqu'à cinq cents. Plus on donnait, plus le petit
magasin se trouvait abondamment fourni.
Notre sainte opéra de nombreux prodiges envers de
petits enfants, surtout envers les pauvres et envers de petites filles à qui
l'on avait donné le nom de Philomène. Ainsi que son céleste époux, qui avait
dit : Laissez venir à moi les petits enfants, sainte Philomène a
une prédilection particulière pour cet âge intéressant et pur.
Rose de Lucia, cousine de don François, voit son
enfant de huit ans expirer sous ses yeux. Elle avait toujours compté sur sainte
Philomène ; mais c'en est fait, l'enfant est mort. Toutefois, dans
l'amertume de son cœur, elle donne à sa foi une énergie nouvelle ; elle
décroche l'image de la sainte, la jette sur le cadavre, et demande à grands
cris que son fils lui soit rendu. Au
même instant, le petit mort se lève, comme s'il se réveillait, plein de vigueur
et de santé.
Beaucoup d'autres enfants durent à la protection de
sainte Philomène d'être miraculeusement préservés, soit dans des chutes, soit
dans d'autres accidents où ils devaient humainement périr.
En 1830, Philomène, fille de Thomas Tedesco et
d'Ursule Sério, se creva l'oeil droit avec une paire de ciseaux. Après cinq
jours d'horribles souffrances, elle humecta son oeil avec l'huile de la lampe
de sainte Philomène, selon le conseil que lui en avait donné don François ;
elle fut immédiatement guérie.
A Viste, au pied du mont Gargan, vivait une famille aussi dépourvue des biens de ce
monde, que riche des trésors de la foi. Le mari s'appelait Jean Troya, et sa jeune femme, Marie Thérèse Bovini.
Celle-ci, ayant mis un enfant au jour, n'avait pas même un méchant haillon pour
le couvrir. Elle n'avait rien, si ce n'est son espoir en sainte Philomène. La
sage-femme, touchée d'un pareil dénuement, enveloppe la petite fille avec son
propre mouchoir, et, sur l'avis de la mère, ouvre une caisse, pour y prendre
une vieille bande, afin de nouer le maillot. Encore un miracle ; la caisse
renfermait un joli petit trousseau, où rien ne manquait, ni pour la propreté,
ni pour l'arrangement, ni même pour l'élégance. Il en sortait une odeur si suave,
que l'air en était embaumé. La sainte ne s'en tint pas là : la nuit
suivante, elle se présenta visiblement à Marie-Thérèse, tenant entre ses bras
la petite fille et la caressant avec amour.
En 1832, sainte Philomène sauva un condamné à mort, Pellegrino Ruocco, frappé avec
deux autres coupables par la cour spéciale d'Avellino. Sa tante invoqua la
sainte avec ferveur ; puis une voix lui dit d'aller à Naples. C'était la
veille du jour fixé pour l'exécution, il était soir, et il y avait trente
milles d'Avellino à la capitale. Elle part cependant, et arrive à Naples au
milieu de la nuit. De son côté, cette nuit-là, le condamné, qui, lui aussi,
invoquait sainte Philomène, eut une vision dans laquelle la bienheureuse vierge
lui promit de l'arracher des mains de ses bourreaux.
Le matin, la tante fait rédiger une supplique, et
obtient une audience royale ; mais le roi n'est visible qu'à 2 heures, et
à 5 heures, le coupable doit être exécuté à Avellino. Contre toute espérance
humaine, la grâce est accordée ; mais voici de nouveaux obstacles :
ou tarda à expédier les lettres de pardon. Quatre heures sonnaient,
quand le roi se souvint et de la grâce accordée, et des lettres qui n'ont pas
été expédiées. On se hâte de chercher la supplique, on ne la trouve pas. On
cherche à se rappeler les noms des trois coupables, car tous trois avaient été
graciés ; mais le nom d'un seul revient à la mémoire, et c'est celui de Pellegrino Ruocco. Le télégraphe
joue aussitôt; il était temps ; les trois condamnés arrivaient au lieu du
supplice. Deux furent exécutés ; seul, Pellegrino
fut pardonné, parce que seul il avait intéressé en sa faveur la puissante
Philomène.
Notre auteur a un chapitre très intéressant où il
raconte divers traits d'une juste sévérité exercée par sainte Philomène. Nous nous bornons au récit suivant.
Un seigneur riche et puissant tourmentait toute sa
commune par tous les genres de vexations. Il n'y avait personne qui n'eût à se
plaindre de sa méchanceté. Or, un jour qu'il était absent, sainte Philomène
opéra un miracle dont toute la population fut témoin. Quand le petit despote
fut de retour et qu'il entendit ce récit, il se mit à crier à l'imposture et à
se moquer de la sainte. Le peuple, dès lors, se crut vengé ;
il se persuada, on ne sait comment, que ce malheureux ne verrait pas la fête de
sainte Philomène. Le peuple, le clergé, tous le répétaient d'une commune voix.
L'événement confirma la prédiction ; à quelques jours de là, ce seigneur
mourut subitement, et sa mort porta des caractères visibles et frappants d'un
châtiment céleste.