(article paru dans "Le voile d'Isis" N°83 de Novembre 1926)
La mort est souvent aveugle, impitoyable,
incompréhensible dans son action; mais, parfois, elle est vraiment
la Bienvenue ; elle est la grande Libératrice qui vient finir les
maux du pauvre corps humain et brise le lien terrible qui retenait captif
l'Etre réel.
La Puissance dont le marquis de
Saint-Yves louait les inégalables joies vient de se montrer
secourable à l'un des plus grands et des derniers de cette grande
phalange qui, de 1885, à 1914, combattit le bon combat de l'Idéal
et Lutta avec succès contre le matérialisme envahissant :
Le Dr Marc-Haven, après 30 années d'intolérables douleurs,
vient de mourir à la terre pour recueillir enfin cette couronne
et revêtir cette robe blanche promise aux élus et si bien
méritée.
Bien que je n'aie pas été
dans la force du terme son disciple, je ne veux pas le laisser partir sans
un au revoir ; sans le salut de l'apprenti au Maître. Certes,
je ne prétends pas avoir pénétré cette grande
âme, mais comme il me le disait lui- même, un bref contact
de coeur à coeur, l'échange d'un seul regard font plus parfois
pour se connaître qu'une longue vie passée côte à
cote, si l'on est dans un chemin spirituel différent. je dirai donc
seulement ce que je crois avoir deviné, pressenti de cet Etre de
Iumière.
Si je me rapporte à quelques
années en arrière, à l'époque où j'ai
eu en main, en classant les papiers de Papus, un certain nombre de lettres
que lui adressait Marc-Haven, j'y trouve la preuve certaine d'une amitié
fraternelle profonde, mais surtout la certitude que, dès 1889, peut-être
même avant, Marc-Haven avait compris la valeur immense de I'Évangile,
la totale et définitive Puissance du Christ. Non seulement en son
coeur, mais en son intelligence aiguë, il avait réalisé
que la parole directe de jésus renferme tous les mystères
de cette Kabbale dont il avait approfondi les secrets. Il écrivait
souvent à Papus : « Sois donc chrétien avant tout ».
Je suis bien persuadé qu'avec
Barlet, Sédir, Guaita et les frères de la R.-C. que ce dernier
avait organisés, son attitude fut la même. De bonne heure,
du reste, Marc-Haven donna sa démission de cette société,
comme aussi du Martinisme de Papus. Il voulait se consacrer à l'action
solitaire et personnelle, et c'est. dans le silence qu'il approfondit la
Kabbale, l'Alchimie, toutes les sciences.
Je voudrais dire ici quelques mots
de cet extraordinaire Cagliostro auquel Marc-Haven travailla 20
ans après Papus. je le voudrais parce que je considère
que ce livre dépasse de beaucoup son cadre, en ce sens qu'il touche
aux plus profonds mystères des « Amis du Christ » sur
la terre et, de ces créatures incompréhensibles que l'Evangile
appelle nées de l'Esprit, et non de la volonté de l'Homme.
On a voulu prétendre que le livre était « Une thèse
» et que l'auteur avait tout sacrifié au triomphe de son idée
préconçue, niais pour ceux surtout qui ont pu approcher même
de 1oin, il y a 20
ans, un ami de Dieu véritable
entendra une parole vivante il ne peut y avoir aucun doute en lisant ce
que Cagliostro dit de lui- même, dans son mémoire au Procureur,
pour le. procès du Collier de la Reine. Il suffira à ceux
qui, sans être encore des Enfants de Dieu en ont pris le chemin,
de lire attentivement ces pages pour être édifiés.
A lui seul ce document montre que bien loin d'exàgérer le
Dr Marc-Haven est volontairement resté en dessous de la Vérité.
Mais puis-je dire ici que la plus belle oeuvre de notre Grand Ami, fut
sa vie de douleurs inouïes ? Plus que tout, n'a-t-elle pas, pour nous
levé bien des voiles ? Ne nous a-t-elle pas soutenus ? Il y a quelques
mois Marc-Haven m'écrivait : Voyez-vous, ce n'est pas seulement
au Thabor qu'il faut suivre le Christ, mais jusqu'au sommet du Calvaire,
« et là, ne pas attendre qu'un Ange vienne nous « délivrer
» . Eh bien ! il l'a péniblement monté, lui, ce Calvaire
; pendant 3o années, il a étendu ses mains et ses pieds sur
la Croix pour que les clous entrent. Seuls les rares amis à qui
il a ouvert son coeur ensanglanté pourront se douter de ce qu'il
a souffert, très probab1ement pour nous et pour la France... Et
maintenant, crions notre joie d'être sûrs de savoir qu'actuellement
tout est oublié !
Il a laissé loin derrière
lui la sombre Terre, et son Esprit glorieux, revêtu de la robe immaculée,
se repose dans le jardins de son Maître... « Un sourire de
jésus l'a payé au Centuple et essuyé ses larmes...
Que sa souffrance soit donc bénie ! et nous, pauvres apprentis,
sachons suivre le chemin qu'il nous a montré. Marc-Haven a fait,
je crois, peu de disciples, si l'on entend
par ce mot des étudiants groupés autour d'un Maître.
Il ne laisse, à ma connaissance, aucune société humaine,
mais par ses livres, sa parole et surtout son exemple, il a rayonné
sur tous ceux que le Père a choisis - et envoyés vers lui.
A cet ami, à ce maître spirituel, au résigné sublime plus fort que la douleur, nous disons " au revoir "!
Que sa puissante main nous soutienne, nous qu'il a laissés encore pour un peu de temps dans les ténèbres de ce triste monde.
G. PHANEG.