Textes appartenant au site de : livres-mystique.com © Roland Soyer - 1/05/1999
par Phaneg (Georges Descormiers)
(article paru dans "Le voile d'Isis"
N°83 de Novembre 1926)
La
mort est souvent aveugle, impitoyable, incompréhensible dans son
action; mais, parfois, elle est vraiment la Bienvenue ; elle est la grande
Libératrice qui vient finir les maux du pauvre corps humain et brise
le lien terrible qui retenait captif l'Etre réel.
La Puissance dont le
marquis de Saint-Yves louait les inégalables joies vient
de se montrer secourable à l'un des plus grands et des derniers
de cette grande phalange qui, de 1885, à 1914, combattit le bon
combat de l'Idéal et Lutta avec succès contre le matérialisme
envahissant : Le Dr Marc-Haven, après 30 années d'intolérables
douleurs, vient de mourir à la terre pour recueillir enfin cette
couronne et revêtir cette robe blanche promise aux élus et
si bien méritée.
Bien que je n'aie pas
été dans la force du terme son disciple, je ne veux pas le
laisser partir sans un au revoir ; sans le salut de l'apprenti au
Maître. Certes, je ne prétends pas avoir pénétré
cette grande âme, mais comme il me le disait lui- même, un
bref contact de coeur à coeur, l'échange d'un seul regard
font plus parfois pour se connaître qu'une longue vie passée
côte à cote, si l'on est dans un chemin spirituel différent.
je dirai donc seulement ce que je crois avoir deviné, pressenti
de cet Etre de Iumière.
Si je me rapporte à
quelques années en arrière, à l'époque où
j'ai eu en main, en classant les papiers de Papus, un certain nombre de
lettres que lui adressait Marc-Haven, j'y trouve la preuve certaine d'une
amitié fraternelle profonde, mais surtout la certitude que, dès
1889, peut-être même avant, Marc-Haven avait compris la valeur
immense de I'Évangile, la totale et définitive Puissance
du Christ. Non seulement en son coeur, mais en son intelligence aiguë,
il avait réalisé que la parole directe de jésus renferme
tous les mystères de cette Kabbale dont il avait approfondi les
secrets. Il écrivait souvent à Papus : « Sois donc
chrétien avant tout ».
Je suis bien persuadé
qu'avec Barlet, Sédir, Guaita et les frères de la R.-C. que
ce dernier avait organisés, son attitude fut la même. De bonne
heure, du reste, Marc-Haven donna sa démission de cette société,
comme aussi du Martinisme de Papus. Il voulait se consacrer à l'action
solitaire et personnelle, et c'est. dans le silence qu'il approfondit la
Kabbale, l'Alchimie, toutes les sciences.
Je voudrais dire ici
quelques mots de cet extraordinaire Cagliostro auquel Marc-Haven
travailla 20 ans après Papus. je le voudrais
parce que je considère que ce livre dépasse de beaucoup son
cadre, en ce sens qu'il touche aux plus profonds mystères des «
Amis du Christ » sur la terre et, de ces créatures incompréhensibles
que l'Evangile appelle nées de l'Esprit, et non de la volonté
de l'Homme. On a voulu prétendre que le livre était «
Une thèse » et que l'auteur avait tout sacrifié au
triomphe de son idée préconçue, niais pour ceux surtout
qui ont pu approcher même de 1oin, il y a 20
ans,
un ami de Dieu véritable entendra une parole vivante il ne peut
y avoir aucun doute en lisant ce que Cagliostro dit de lui- même,
dans son mémoire au Procureur, pour le. procès du Collier
de la Reine. Il suffira à ceux qui, sans être encore des Enfants
de Dieu en ont pris le chemin, de lire attentivement ces pages pour être
édifiés. A lui seul ce document montre que bien loin d'exàgérer
le Dr Marc-Haven est volontairement resté en dessous de la Vérité.
Mais puis-je dire ici que la plus belle oeuvre de notre Grand Ami, fut
sa vie de douleurs inouïes ? Plus que tout, n'a-t-elle pas, pour nous
levé bien des voiles ? Ne nous a-t-elle pas soutenus ? Il y a quelques
mois Marc-Haven m'écrivait : Voyez-vous, ce n'est pas seulement
au Thabor qu'il faut suivre le Christ, mais jusqu'au sommet du Calvaire,
« et là, ne pas attendre qu'un Ange vienne nous « délivrer
» . Eh bien ! il l'a péniblement monté, lui, ce Calvaire
; pendant 3o années, il a étendu ses mains et ses pieds sur
la Croix pour que les clous entrent. Seuls les rares amis à qui
il a ouvert son coeur ensanglanté pourront se douter de ce qu'il
a souffert, très probab1ement pour nous et pour la France... Et
maintenant, crions notre joie d'être sûrs de savoir qu'actuellement
tout est oublié !
Il a laissé
loin derrière lui la sombre Terre, et son Esprit glorieux, revêtu
de la robe immaculée, se repose dans le jardins de son Maître...
« Un sourire de jésus l'a payé au Centuple et essuyé
ses larmes... Que sa souffrance soit donc bénie ! et nous, pauvres
apprentis, sachons suivre le chemin qu'il nous a montré. Marc-Haven
a fait, je crois, peu de disciples, si l'on entend
par ce mot des étudiants groupés autour d'un Maître.
Il ne laisse, à ma connaissance, aucune société humaine,
mais par ses livres, sa parole et surtout son exemple, il a rayonné
sur tous ceux que le Père a choisis - et envoyés vers lui.
A cet ami, à ce maître spirituel, au résigné sublime plus fort que la douleur, nous disons " au revoir "!
Que sa puissante main nous soutienne, nous qu'il a laissés encore pour un peu de temps dans les ténèbres de ce triste monde.
G. PHANEG.