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Le Christ devant les Partis
Politiques
I Si nous savons regarder avec quelque clairvoyance
la carte politique de l'Europe, telle qu'elle se présente en ce moment à
nos yeux, la conclusion paraît bien s'imposer à nous que les démocraties
glissent les unes après les autres vers le marxisme dans la forme simplifiée
et brutale que lui a donné le bolchevisme russe, tandis que les monarchies se
laissent peu à peu absorber par un fascisme dont le national socialisme allemand
offre l'expression la mieux systématisée et, en même temps, la plus
propre à réglementer tous les domaines de la pensée et de l'activité
humaines. Quoiqu'il en soit de l'avenir qui s'approche,
un fait doit maintenant retenir notre attention : c'est l'accord remarquable des
deux idéologies révolutionnaires dans leur hostilité à l'égard
du Christianisme. Si absolues que soient les divergences qui les opposent sur tous
les autres points, il en est un au moins sur lequel elles sont unanimes : l'une et
l'autre poursuivent le Christianisme d'une haine déclarée, qui ne sera
satisfaite qu'après avoir anéanti dans les âmes tout sentiment chrétien,
tout espoir chrétien, toute charité chrétienne et jusqu'au nom., même
de chrétien. Mais les raisons qui les engagent ainsi sur la voie de l'Antéchrist
sont bien différentes et pour le communisme russe et pour le national-socialisme
hitlérien. Nous allons essayer de les définir brièvement. Nous commencerons
par ce qu'il convient d'appeler le mensonge bolcheviste. II Pour nier Dieu il faut renier les principes
les plus certains et les plus évidents de la raison simplement humaine. L'athéisme
serait donc un défi à l'intelligence s'il n'était fondé sur des
raisons qui, précisément, n'ont rien à faire avec la raison. Ce n'est
pas en effet sur le plan rationnel ou philosophique, mais sur le plan politique et
social que l'idéologie bolcheviste pose le problème religieux, comme aussi
bien le problème moral. Écoutez cette déclaration de LÉNINE au
3ème Congrès panrusse de la jeunesse communiste, tenu en 1920 : «
Nous renions toute morale qui n'est pas puisée dans la notion de classe... Pour
nous la morale est entièrement soumise aux intérêts de la lutte de
classes du prolétariat... Nous disons : la morale c'est ce qui sert à la
destruction de l'ancienne société d'exploiteurs et au ralliement de tous
les travailleurs autour du prolétariat qui crée la nouvelle société
communiste. La morale communiste est la morale qui contribue à cette lutte.
» Cette conception « communiste »
de la morale n'est que l'application aux actes humains d'une thèse générale
qui vaut pour toutes les démarches de la pensée et qu'on peut définir
comme « un matérialisme dogmatique ». Pour pousser les masses à la conquête,du
pouvoir politique qui doit assurer la dictature du prolétariat, il faut créer
dans l'âme de l'ouvrier, par la « conscience de classe », la «
volonté de lutte sociale ». Or, toute doctrine qui tend à diminuer
chez l'ouvrier le sentiment de sa condition inférieure et de sa misère
présente affaiblit en même temps cette conscience et cette volonté.
On traitera par conséquent de « réactionnaire » et de «
bourgeoise », toute philosophie à tendance idéaliste ou spiritualiste.
L'idéalisme ruine la croyance en la réalité matérielle du monde
extérieur ; le spiritualisme, par l'attrait d'une vie meilleure dans un autre
monde où régneront la justice et la paix, enseigne la patience et la résignation.
Tous deux apprennent ainsi à ne plus attacher aux nécessités économiques
de la vie quotidienne une importance qu'elles n'ont pas en elles-mêmes et détournent
finalement les aspirations de l'homme vers la possession d'un bien qui n'appartient
pas à la terre. Contre l'idéalisme on affirme donc
qu'il n'y a pas d'autre réalité véritable que celle de la matière
; contre le spiritualisme on accusera de mensonge toute doctrine qui prétend
ouvrir des portes sur l'au-delà ; on condamnera, comme « superstition nuisible
au peuple », toute foi, toute espérance, qui n'ont pas pour fin un bonheur
terrestre, afin d'enfermer l'âme humaine dans le cercle de sa vie présente
où désormais doit s'accomplir tout son destin. Mais par ce matérialisme
et cet athéisme, qui bornent toute ambition et toute joie aux limites de notre
monde matériel, on rend plus douloureuse à ceux qui peinent, leur souffrance,
et comme une souffrance à laquelle le ciel est fermé ne tarde pas à
devenir intolérable, la colère gronde dans les coeurs ulcérés.
Le peuple est prêt à la lutte de classes pour le triomphe de la révolution
prolétarienne. Quelle sera l'attitude de cette idéologie
révolutionnaire à l'égard de la religion et, en particulier, du Christianisme
? Il est facile de le deviner : une hostilité totale, absolue, intransigeante.
Il ne saurait même être question de substituer aux religions confessionnelles
une religion nouvelle, fondée par exemple sur le culte de l'Humanité. Le
« camarade » LOUNATCHARSKYI avait esquissé dans « Religion et
socialisme » (St-Pétersbourg 1908) une divinisation de l'humain qui opposait
au Dieu-homme du Christianisme, l'homme-Dieu à la manière de FEUERBACH.
« Quelles que soient vos bonnes intentions, camarade LOUNATCHARSKYI, réplique
LÉNINE, vos coquetteries avec la religion appellent autre chose qu'un sourire
». (op cit., p. 217). Le communisme russe se flatte d'être «
sans Dieu ». Il professe que le sentiment religieux et le sentiment révolutionnaire
sont inconciliables. De là, non seulement la persécution
directe et systématique contre les Églises, mais encore une propagande
officielle qui s'étend méthodiquement jusqu'aux moindres campagnes et s'efforce
surtout d'atteindre l'âme de la jeunesse. Cette propagande antireligieuse revêt
les formes les plus diverses ; elle utilise le théâtre et l'image ; elle
organise des cortèges à Noël et à Pâques ; elle donne des
concerts et des représentations cinématographiques ; elle éduque dans
un séminaire, spécialement institué à cet effet à Moscou,
des conférenciers qui iront ensuite à travers le peuple vulgariser le marxisme
; elle édite des ouvrages qui ont pour objet d'établir l'opposition radicale
du communisme à toute religion, tels que « l'A. B. C. du Communisme »
de N. BOUKHARINE et E. PREOBRAJENSKY (Moscou, 1920) ou « Religion et Communisme
» de S. MININE (Moscou 1919). Jamais, dit un observateur bien informé,
les religions positives n'ont eu à subir un assaut d'aussi grand style et il
semble bien que jusqu'ici, en particulier sur la jeunesse, cette offensive ait réussi
dans une large mesure ». (1) III Avec le bolchevisme russe nous avions
affaire à un matérialisme athée qui ne tolère aucun idéal,
philosophique ou religieux ; dans le fascisme hitlérien nous retrouvons l'âme
barbare et païenne de la vieille Germanie, que Tacite avait déjà décrite
dans ses Annales, à laquelle Richard WAGNER a élevé le monument de
la Tétralogie ; que Frédéric Nietzsche a exaltée sous le nom
de Volonté de Puissance, Wille zur Macht. Le national-socialisme n'est ni athée
ni matérialiste ; est-il, pour cela, chrétien et spiritualiste ? En philosophie,
il professe un « néo-vitalisme », qui oppose l'âme à l'esprit
et ne voit dans l'âme,qu'un principe vital véhiculé par le sang. Il
est anti-intellectualiste ; il accuse l'idéalisme Kantien d'être issu de
l'esprit de dialectique et de rationalisme Gréco-judaïque ; contre «
la soi-disant intelligence », qui n'est propre qu'à dissoudre les énergies,
il enseigne le primat de la Volonté qui, mue par l'instinct, pose le fait et
crée l'Histoire. Goethe disait déjà : au commencement était,
non le Verbe, mais die That. En religion, il professe un « néo-paganisme
», qui ne veut pas seulement s'affranchir de Rome (los von Rom), mais
combat toute confession chrétienne en raison de son caractère « international
» et de son empire sur les consciences. Il y a pour le national-socialisme trois
Internationales : la rouge (communisme), la noire (catholicisme) et la jaune (finance
juive) ; ce sont précisément les trois couleurs qui composaient le drapeau
de la République allemande. Et il met sur le même rang les « rats
rouges » et les taupes noires »: « l'homme noir fait le guet pendant
que le marxiste cambriole la maison allemande » (Goering). Quant à l'ascendant
du Christianisme sur les âmes, il est traité de dictature spirituelle »
: « Une douloureuse constatation s'impose à nous, à savoir que dans
la liberté du monde antique l'apparition du Christianisme a coïncidé
avec le premier terrorisme moral. Cette dictature spirituelle règne et pèse
encore aujourd'hui sur le monde et le seul moyen de briser une dictature est d'y
substituer une autre dictature, de même que la seule réponse au terrorisme
est le terrorisme » (Mein Kampf). On conçoit dès lors quelle sera
l'attitude du national-socialisme à l'égard des Églises chrétiennes.
Si, quant à présent, pour des raisons d'opportunisme, il n'impose à
ces Églises qu'une soumission extérieure aux exigences politiques du 3ème
Reich, ce que l'on poursuit en fait, c'est la complète déchristianisation
des âmes. Il suffit, pour s'en convaincre, de considérer l'attitude des
principaux théoriciens du nouveau régime, notamment à l'égard
de la personne du Christ. On lit, par exemple, dans un ouvrage qui eut en 1933 un
gros succès en Allemagne, Une Église nationale allemande, par le
Professeur Ernst Bergmann, de l'Université de Leipzig : « Le Christianisme
ne représente pas seulement pour nous une autre époque, mais une essence
qui nous est foncièrement étrangère... maladie de races méditerranéennes,
il est une religion de mort, née dans les tombes et qui durant trois siècles
a vécu dans l'ombre humide des catacombes romaines. Mais le jour viendra où
l'humanité comprendra que depuis l'an I elle a écrit l'Histoire à
l'envers, où elle comprendra que les deux millénaires chrétiens qui
s'achèvent aujourd'hui sont le plus sombre chapitre de l'Histoire de l'Humanité
». Veut-on un autre témoignage ? Voici ce qu'écrit Alfred Rosenberg,
dans son « Mythe du 20ème siècle » : « dans les chants
nordiques se lisait le pressentiment de la chute de Wotan ; mais dans l'angoisse
de l'inévitable crépuscule des dieux, on espérait toujours l'intervention
du Fort d'en-Haut. Pour le malheur de l'Europe ce qu'on vit venir, ce fut le Yahvé
Syrien (Jésus-Christ) sous les aspects de son délégué sur la
terre, le pape romain-étrusque ». S'étonnera-t-on après cela qu'on ait poussé la haine du Christianisme jusqu'au scandale public ? Rappelons seulement le fait qui s'est passé au vendredi-Saint à Linz en Bavière et que rapporte le Linzer Volksblatt : « Vers huit heures du soir, le 13, la nuit déjà tombée, une image en couleurs, exécutée avec un soin minutieux, a été fixée par des mains inconnues à la porte principale du bâtiment de l'Association de la presse catholique. A une gigantesque Croix Gammée, dont la partie gauche a été prolongée en forme de gibet, se balance, suspendue par une corde, l'effigie du Christ, le visage convulsé, la couronne d'épines sur la tête. Pour que sur la personnalité du supplicié aucun doute ne soit possible, les auteurs ont eu le soin de reproduire l'inscription INRI. La figure du Christ a été délibérément exécutée avec des traits repoussants. L'inscription suivante accompagne l'image :
Ce n'est pas seulement par l'image qu'on
s'efforce de propager dans les esprits l'enseignement d'une culture (lui se déclare
elle-même unchristlich (achrétienne). Tous les moyens sont bons
: le théâtre, le cinéma, le livre, la parole. Cette propagande vise
surtout à atteindre l'âme de la jeunesse et elle y réussit. Lisez
les revues publiées par les jeunes ; voici, entre mille autres, une déclaration
fort nette extraite de Die Bewegung, revue d'étudiants : « L'Allemand
qui plie le genou dans le sentiment de l'humilité, dans l'abandon de son moi,
n'est plus un Allemand. L'Allemand qui attend de la mort d'un innocent sur la Croix
la libération de ses propres fautes ne trouvera point dans les voies proposées
à son salut un renforcement de son sentiment de la responsabilité ».
(N" 26). Aussi n'est-ce plus la Croix toute simple et toute nue du Golgotha qui sert d'emblème à la nouvelle culture allemande, c'est la Croix Gammée, renversement du Swastika hindou : renversement du symbole, qui exprime bien le renversement des valeurs. L'Hindou fait tourner la roue du devenir cosmique de l'Orient à l'Occident, dans le sens du soleil qui se lève sur le monde pour l'éclairer et lui donner, par sa lumière, la vie. L'Allemand fait tourner cette roue dans le sens contraire, d'Occident en Orient : c'est un signe de ténèbres et de destruction, un signe de mort, la marque de l'Antéchrist. Nous assistons à l'enfantement des événements qui annoncent et préparent les derniers Temps. Ce n'est plus la volonté de l'homme maintenant qui décide et mène le jeu. Désormais, le Destin est Maître : il faut que ces choses arrivent avant la Fin. IV Le Christianisme n'est pas un parti politique.
Si l'Église professe une doctrine sociale, que le Pontife romain a exposé
dans l'Encyclique Rerum novarum, cette doctrine n'est inféodée à
aucune idéologie, qu'elle soit de droite ou de gauche : elle est simplement
fondée sur le plus pur esprit de l'Évangile. Le Maître n'a-t-il pas
dit : Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu
ce qui appartient à Dieu » ? (Luc,
XX, 25). Fidèles à cette parole, les chrétiens
n'ont jamais manqué à leur devoir d'obéissance envers les lois de
leur patrie. Les premiers chrétiens ont servi l'Empire romain, qui pourtant
les persécutait, avec le même attachement que les autres citoyens de l'Empire,
suivant le conseil de l'Apôtre à son disciple Otite : « Rappelle aux
fidèles d'être soumis aux magistrats et aux minorités » (Épître à Otite,III, 1). La conduite du Communisme russe et du National-socialisme allemand à
l'égard du Christianisme serait donc absurde et inexplicable, si nous ne savions
déjà que ce qu'ils poursuivent et condamnent en lui, ce n'est pas une doctrine
politique, économique ou sociale, mais un idéal religieux de vie spirituelle
qui transpose dans l'Au-delà les fins dernières de l'homme. Au pouvoir politique qui s'inquiète,
le Christ répond : « je suis Roi; mais mon royaume n'est pas de ce monde....
Voici pourquoi je suis né et pourquoi je suis venu dans ce monde : c'est pour
rendre témoignage à la vérité. Quiconque est pour la Vérité
écoute ma voix » (Jean, XVIII,
33-36). Et comme Pilate, pris d'une crainte soudaine, pose
la question : « D'où es-tu ? » le Christ se tait : il a rendu à
César ce qui appartient à César, le reste n'appartient qu'à Dieu.
Mais aux juifs ses compatriotes, il dévoile la Vérité : « Vous,
vous êtes d'en-bas ; moi je suis d'en-haut. Vous êtes de ce monde ; moi
je ne suis pas de ce monde » (Jean,
VIII, 23). Les juifs n'ont pas compris ; ils reprennent
à leur tour la question de Pilate : « Qui donc es-tu ? Et le Christ de
répéter : « je suis issu de Dieu et je viens de Lui ; car je ne suis
pas venu de moi-même, mais c'est Lui qui m'a envoyé. Pourquoi ne comprenez-vous
pas mon langage ? C'est que vous ne pouvez écouter ma parole. Le père dont
vous êtes issu, c'est le Diable et vous voulez accomplir les desseins de votre
père ». (Jean, VIII, 42, 44). A ses Apôtres il tient le même langage : « Si le monde
vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le
monde aimerait ce qui est à lui ; mais, parce que vous n'êtes pas du monde
et que je vous ai choisis du milieu du monde, c'est à cause de cela que le monde
vous hait ». (Jean, XV, 18-20). Il y a, en effet, une opposition absolue
entre le Christ et Satan, entre le « Prince de la paix » et le. «
Prince de ce monde », entre la Cité de Dieu et la Cité moderne, entre
Sion et Babylone. Il ne faut pas s'y tromper : les rivalités qui, aujourd'hui,
mettent les nations aux prises ne sont pas provoquées par des ambitions territoriales
ou des nécessités économiques. Il s'agit, en vérité, d'une
lutte entre des puissances spirituelles et l'enjeu en est d'un prix infini : c'est
le salut des âmes pour l'éternité. L'issue de cette lutte ne peut
être douteuse pour nous chrétiens, qui savons que le « Prince de ce
monde est déjà jugé » (Jean,
XVI, 11). Par sa mort sur la Croix, le Christ a «
vaincu le monde » (Jean, XVI, 33) et « celui qui est dans le monde » (I-Jean,
IV, 4). Sans doute, les épreuves ne nous seront pas
épargnées ; mais qu'importe ! La victoire est certaine. Nous avons donc
le droit « de nous relever et de redresser la tête, puisque notre délivrance
est proche » (Luc. XXI 28). Ajoutons, toutefois, que pour la mériter, cette délivrance,
nous devons combattre le bon combat, unis à tous nos frères dans la même
foi, la même espérance et la même charité. Chrétiens de toutes confessions, unissez-vous Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.... Gabriel HUAN. (1) Hieromoine Lev, Les Orientations de la pensée
religieuse russe contemporaines, 1927. |