Année 1971 n °4

De cendre et de flamme
 

    La bûche qu’on plaçait le vingt-quatre décembre
    sur la grille de l’âtre, incandescent berceau,
    me livrait au pouvoir des rites ancestraux
     et toute la forêt semblait hanter ma chambre.

    Sur les braises courait un long frisson d’aurore...
    Je contemplais, pensif, immobile veilleur,
    tandis que gémissait, en proie à ses douleurs,
    la souche, délivrant une âme en mal d’éclore.

    Cendre qui fut brasier, écorce qui fut sève,
    le bois sec vagissait, emmailloté de feu,
    et la pensée en moi se prolongeait en rêve
    quand les derniers tisons noircissaient peu à peu.

    Flamme, qui fis ton jeu de végétales cibles
    et rendis à l’Ether ce qui d’Ether venait,
    la cendre te dirait, si tu l’interrogeais :
    « Je recèle en mes flancs un Sel incorruptible ! »
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

    Ainsi, Verbe divin, Feu purificateur,
    pour que cesse une fois la charnelle imposture
    tu viendras consumer ce qui ment et qui meurt,
- car ne subsisteront dans ta Gloire, ô Seigneur,
    que l’ultime Elément portant Ta signature
    et le vivant reflet de Ton cœur en nos coeurs !